THÉORIE DE LA FORMATION DES CELLULES
d'envisager la formation des cellules comme une cristallisation de substances organiques, et de déduire de la perméabilité de ces substances les différences entre les deux ordres de phénomènes.
Dans un liquide riche en substances organiques dissoutes, il se précipite un grain ou nucléole. Une fois formée, cette molécule se revêt de cytoblastème, et devient un noyau que Schwann considère encore comme un solide. Ce noyau agit en attirant les molécules qui l'entourent, les condense de plus en plus à la surface, jusqu'à ce qu'enfin elles deviennent une membrane, laquelle, laissant passer au travers de ses pores le cytoblastème liquide, s'écarte ainsi du noyau, et la cellule se trouve constituée. — Indépendamment de l'habileté ingénieuse avec laquelle l'idée fondamentale de cette doctrine est exposée dans l'original, il faut louer son auteur, en tout état de cause, d'avoir fait intervenir dans la formation des cellules une attraction moléculaire, analogue à celle qui préside à la cristallisation. Des faits précis, dont une partie sans doute n'était pas connue de Schwann, parlent, en effet, en faveur de l'existence d'une semblable force : telle est l'influence du noyau dans la segmentation, dans la scission des cellules, dans la formation des cellules autour de portions do contenu, dans les courants du liquide contenu dans les cellules, dans la formation de précipités granuleux au sein des cellules. Cependant, ce serait manifestement aller trop loin que d'envisager simplement la formation des cellules comme une cristallisation de substances organiques susceptibles d'imbibition ; car alors il faudrait laisser à l'écart des différences importantes, et donner indûment le premier rang à ce qui est le moins essentiel. 11 ne faut pas oublier, en effet, que parmi les substances organiques, susceptibles d' Imbibition, il en est qui cristallisent. Il y a plus, Reichert le premier a observé {Müller s A rchiv, 1849), et les nouvelles recherches sur les cristaux de globuline dans le sang (voyez Sang) ont confirmé d'une manière éclatante, que les substances histogéniques d'où procèdent les tissus, telles que l'albumine, peuvent prendre la forme cristalline.
Quoi qu'il en soit, l'attraction moléculaire offre ceci de particulier dans la formation des cellules, savoir : 1° jamais il n'apparaît de corps à surfaces planes, mais la forme sphérique existe déjà dans le nucléole et le noyau ; 2° les matières qui se groupent ensemble ne sont pas chimiquement identiques, mais différentes, témoin la substance du noyau et celle de la membrane de cellule ; 3° enfin, la formation des cellules est limitée, sans exception, à la formation de la membrane de cellule, tandis que la force cristalline agit par répétition continuelle, et dépose couches sur couches.
Les deux dernières de ces différences perdent beaucoup de leur importance, si l'on admet (en ce qui concerne la seconde) que les noyaux consistent dans le principe en la même substance que les membranes de cellules, ou tout au moins que leur composition est presque semblable, et si l'on se rappelle que, pendant la cristallisation, des substances diverses peuvent se réunir en un cristal, et qu'un corps b peut cristalliser autour d'un corps a. Pour éclaircir la troisième de ces différences (cette objection, au reste, ne s'applique point à la formation endogène des cellules, ni conséquemment à
la plupart des plantes, car ici il est impossible que les cellules poissent développer autour d'elles des couches nouvelles), disons que la perméabilité des membranes organiques, qui détermine les échanges de matières entre les liquides intérieurs de la cellule et le cytoblastème lui-même, et l'utilisation des molécules attirées du cytoblastème à l'accroissement de la membrane de cellule ou à la formation de précipités intérieurs, sont peut-être la cause pour laquelle les cellules ne forment pas de nouvelles couches autour d'elles. Il n'est pas nécessaire de donner d'autres développements à cette possibilité, ni de lever les difficultés que soulève ce sujet ; le fait, entre autres, que la formation des vésicules organiques ne s'arrête pas à la formation du noyau, mais qu'elle ne s'arrête que quand la membrane de cellule est achevée, ce fait ne manque pas d'un certain poids. En tous, cas, les faits primitivement signalés sont plus que suffisants pour établir l'insuffisance de l'hypothèse de Schwann. Mettre à sa place quelque chose de meilleur ou de plus positif n'est pas possible aujourd'hui. Mais ce qui me paraît de beaucoup le plus avantageux, c'est tout simplement de résumer provisoirement les faits certains en un certain nombre de propositions, et de la manière suivante.
1. Le noyau de cellule apparaît tantôt dans le liquide susceptible d'organisation comme un précipité, lequel se solidifie ensuite de telle sorte, qu'une cavité spéciale, un contenu et un nucléole se montrent en lui. Sa formation peut, dans ce cas, être comparée à celle d'un précipité inorganique ; cependant la forme sphérique constante, et la grandeur constante aussi du noyau, révèlent l'existence d'une force spéciale encore inconnue. Tantôt les noyaux de cellules apparaissent dans d'autres noyaux par formation endogène , ou par scission aux dépens d'autres noyaux, sous l'influence d'un nucléole qui se partage pareillement. Il y a dans ce mode d'apparition quelque chose que les cristaux ne présentent jamais, savoir, la force interne en vertu de laquelle s'effectue le partage; tandis, au contraire, que l'influence du nucléole sur le noyau peut être conçue comme à peine différente d'un procédé physique. Cette influence peut être définie d'une manière générale, comme une sorte d'attraction moléculaire propre au noyau, lequel, en définitive, attire ainsi sur son domaine toute une moitié du noyau mère,
2. Dans la formation des cellules par scission, le noyau de cellule joue exactement le même rôle que le nucléole dont il vient d'être question ; et ce mode de formation des cellules prouve que les forces chimiques ne sont pas ici nécessairement en jeu.
3. Dans la formation de cellules autour de portions de contenu, et dans la segmentation, les noyaux agissent pareillement tout d'abord en attirant autour d'eux une certaine quantité de blastème ; après quoi survient à la surface de cette petite masse la formation d'une membrane, membrane qu'on peut considérer, de la manière la plus simple, comme un épaississement du blastème.
h. Dans la formation des celhdcs directement autour du noyau, l'enveloppement du noyau par le blastème manque ; la membrane se forme immédia-