MUQUEUSE STOMACALE PROPREMENT DITE
à pepsine et sécrètent un mucus ordinaire. Une troisième espèce de glandes se rencontre dans le gésier : ce sont de longs tubes à épithélium cylindrique , dont les courtes cellules sont couvertes intérieurement d'une tunique interne amorphe, et dont les conduits traversent répithélium corné de cet estomac ; ces glandes sécrètent un liquide acide très fluide qui ne contient point de pepsine. 11 suit de là que, conformément aux résultats expérimentaux de Berlin, les deux principes essentiels qui entrent dans la composition du sac gastrique sont fournis par deux espèces glandulaires complètement distinctes.
§ 155. Muqueuse stomacale proprement dite. — Les glandes , aVOHS-
nous dit, constituent la masse principale de la muqueuse stomacale; le tissu qui les sépare ne forme une couche continue, dense et rougeàtre, que vers le fond des culs-de-sac : c'est la couche musculeuse delà membrane muqueuse, qui a de ()m,n,50 à 0mm,l d'épaisseur, et qui se compose de faisceaux entrelacés de tissu conjonctif ordinaire et de fibres musculaires lisses. Ces dernières s'entrecroisent dans deux directions principales; chez le cochon, et aussi chez l'homme, comme je l'ai vu récemment, elles pénètrent même entre les glandes et dans les plis villeux. On trouve en outre, dans les intervalles des glandes, des vaisseaux et une substance conjonctive amorphe sans fibrilles élastiques, qui forme à la surface de la muqueuse une couche transparente tout à fait homogène, la membrane amorphe des auteurs. Celle-ci se continue avec la membrane propre des diverses glandules, mais ne peut être isolée comme elle.
La surface interne tout entière de l'estomac, à partir du cardia, où l'épithélium pavimenteux de l'œsophage se termine par un bord net et dentelé, est recouverte d'une simple couche de cellules cylindriques, qui ont en moyenne 0mni,02 de longueur; les cellules reposent immédiatement sur la couche externe et homogène de la muqueuse. Comme elles présentent les mêmes caractères que celles de l'intestin , nous renvoyons leur description détaillée à celle de cet organe. Les cellules de l'épithélium cylindrique de l'estomac adhèrent très solidement, pendant la vie, avec la membrane muqueuse ; cette union n'est point telle, cependant, que les influences mécaniques auxquelles est sujet l'épithélium de l'estomac, ne puissent de temps en temps en détacher quelques éléments. Après la mort la séparation est si facile que ce n'est que dans des cas excessivement favorables qu'on peut voir, chez l'homme, les cellules in situ.
Outre les glandes en tube, l'estomac contient, mais non d'une manière constante, un nombre très variable de follicules clos, appelés aussi glandes lenticulaires ; ces follicules ont tous les caractères des follicules solitaires de l'intestin grêle; c'est pourquoi nous ne les décrirons point ici. Chez les animaux (le cochon, par exemple) on trouve même dans l'estomac de petites plaques de Peyer.
Les vaisseaux sanguins de la muqueuse gastrique sont très nombreux et distribués d'une manière toute spéciale (voy. la fig. 209, représentant les vaisseaux du gros intestin, dont la disposition est presque la même). Les artères, à peine arrivées dans le tissu conjonctif sous-muqueux, se divisent de façon à n'envoyer que des ramuscules très ténus dans la muqueuse, où,
se résolvant peu à peu en capillaires , elles s'élèvent verticalement et en grand nombre entre les glandes, et forment autour d'elles des réseaux de capillaires de 0mm,005 à 0mm,007 de diamètre, réseau qui s'étend jusqu'à l'orifice des glandes. Là, les réseaux de toutes les glandes communiquent ensemble et forment dans toute l'étendue de la muqueuse un réseau superficiel de capillaires un peu plus gros (0mm,Ô09 à 0mn\018), et dont les mailles polygonales, de 0mm,05 à 0mm, 09 de largeur, circonscrivent les orifices glandulaires. Ce réseau est plus ou moins serré suivant la grandeur des intervalles entre les glandes et suivant la présence ou l'absence de saillies sur ces espaces ; mais jamais il ne semble composé de simples anneaux vasculaires. C'est de ce réseau que naissent, par des radicules multiples, des veines plus larges et plus éloignées les unes des autres que les artères ; elles traversent la couche glandulaire sans recevoir d'autres ramuscules, et se rendent à la face externe de la muqueuse, où elles s'abouchent, souvent à angle droit, avec un réseau veineux lâche, à vaisseaux horizontaux, occupant le tissu sous-muqueux. Cette disposition permet d'expliquer comment l'estomac peut être le siège à la fois d'une sécrétion abondante (par les capillaires profonds) et d'une résorption active (parles réseaux superficiels).
Les lymphatiques de l'estomac forment dans la muqueuse deux réseaux, l'un superficiel et fin, l'autre profond et large, qu'on ne peut voir que lorsqu'ils ont été injectés. Les radicules, en nombre si considérable, qui proviennent de la muqueuse, se distinguent très facilement dans le tissu sousmuqueux sur les gros mammifères tués pendant la digestion; on les voit aussi très bien se réunir en rameaux plus considérables et perforer enfin la tunique musculeuse au voisinage des courbures de l'estomac. Les nerfs de V 'estomac proviennent de la neuvième paire et du grand sympathique : ils peuvent être poursuivis jusque dans le tissu sous-muqueux et dans la couche musculeuse de la muqueuse ; plus loin ils se dérobent complètement à la vue, ce qui s'explique par cette circonstance que dans l'épaisseur de la muqueuse les nerfs ne se composent plus de fibres à bords foncés, mais seulement, très vraisemblablement, de tubes embryonnaires pâles.
ARTICLE VIII. MUQUEUSE DE i/lNTESTIN GRÊLE.
§ 156. Structure «le cette muqueuse. — La muqueuse de l'intestin grêle, quoique plus mince que celle de l'estomac , est plus complexe dans sa
Fig. 209. Vaisseaux du gros intestin dun chieû , vus sur une coupe verticale de la
muqueuse, a, artère; b, réseau capillaire de la surface et orifices des glandes; c, veine; ri réseau capillaire qui entoure, les glandes dans l'épaisseur de la muqueuse.
VILL0S1TÉS. /l55
structure, car, outre les glandes en tube ou de Lîeberkuhri, elle présente un nombre très considérable de plis permanents et de villosités, des follicules clos spéciaux , formant ce qu'on appelle les glandes solitaires et les plaques de Peyer, et enfin des glandes de Brunner, qui ont leur siège dans le tissu sous-muqueux du duodénum.
La membrane muqueuse proprement dite est formée d'un tissu conjonctif plus ou moins homogène, surtout dans ses couches profondes ; excepté les régions où se trouvent certaines glandes, elle ne possède que très peu de tissu sous-muqueux : aussi adhère-t-elle assez intimement à la tunique musculeuse. La face interne de la muqueuse est recouverte d'un épit/iélium cylindrique, sur lequel nous nous étendrons en parlant des villosités; à sa
face externe cette membrane est séparée du tissu sous-muqueux par une couche très mince de fibres musculaires lisses, disposées dans le sens longitudinal et dans le sens transversal. Cette couche, que Brücke a vue le premier, atteint à peine 0m'",35 d'épaisseur; chez l'homme elle est quelquefois si peu développée, qu'elle est très difficile à reconnaître.
§ 157. Villosités. — Les villosités de l'intestin grêle [villi intestinales) sont de petites élevures blanchâtres, visibles à l'œil nu, qu'on observe à la face interne de la muqueuse, sur les valvules conniventes et dans leurs intervalles, dans toute l'étendue de l'intestin grêle, depuis le pylore jusqu'au bord libre de la valvule iléo-cœcale, et cela en nombre si prodigieux, qu'elles donnent à la muqueuse cet aspect velouté que tout le monde connaît. C'est dans le duodénum et dans le jéjunum qu'elles sont le plus nombreuses (50 à 90 sur 1 ligne carrée); elles diminuent beaucoup dans l'iléon (60-70 Celles du duodénum sont courtes et larges, et ressemblent à des plis ou des lames : elles ont 0mm,2 à 0n"*',5 de hauteur, etOmm,3 à imm, et même ïmm,k de largeur. Les villosités du jéjunum sont en général coniques ou aplaties , quelquefois lamelleuses ou cylindriques, en massue ou filiformes ; les trois dernières formes prédominent au voisinage du cœcum. La longueur des villosités varie entre 0n,m,5 et lmm, leur
FiG. 210.
par ligne carrée)
Fig. 210. — Section des parois de ia partie inférieure de l'iléon du veau. Grossissement de 60 diamètres, a, villosités; b, glandes de Lieberkühn; c, couche musculeuse de la muqueuse; d, follicules d'une plaque de Peyer; e, tissu sous-muqueux placé au-dessous des follicules; f, fibres musculaires annulaires ; g, fibres musculaires longitudinales.
^56 ÏIISTOLOGIE SPÉCIALE.
largeur entre Qm"\U et 0ra,,,,2 ou même 0m'",09; l'épaisseur, dans celles qui sont aplaties, est de 0,n,",l.
Les villosités sont formées d'une portion centrale, dépendance de la muqueuse, et d'une enveloppe epitheliale. La première , ou viltosité proprement rfife(fig. 2 1 1), a la même forme que la villosité tout entière ; ce n'est autre chose qu'un prolongement solide de la muqueuse, pourvu de vaisseaux sanguins et lymphatiques et de muscles lisses, et dont le tissu fondamental, analogue à celui de la muqueuse en général, est formé d'une substance conjonctive homogène, rarement fibrillaire, sans mélange de tissu élastique ; dans cette substance on rencontre généralement de petites cellules arrondies et des noyaux libres; les cellules contiennent assez fréquemment, chez l'homme,
Fig. 212.
des granulations graisseuses, et, dans des cas pathologiques, un pigment brunâtre ou jaunâtre. Les vaisseaux sanguins des villosit es sont tellement nombreux, qu'une bonne injection des villosités, l'épithélium étant enlevé, les colore tout entières, et que sur les animaux vivants ou récemment tués chaque villosité apparaît comme un point rouge entouré d'une ligne claire. Chez l'homme, chaque villosité renferme un réseau fourni par une, deux ou trois petites artères de 0m,n,02 à 0n,m,03& de largeur ; ce réseau, formé de capillaires qui ont 0mn\007 à 0mm,0tl, se compose de mailles étroites, circulaires ou allongées, et se trouve situé immédiatement audessous de la couche externe et homogène de la substance fondamentale de la villosité. Le sang sort de la villosité par une veine de 0",m,05 de largeur, qui n'est pas, comme chez les animaux, la continuation directe de
Fig. 211. — Villosité intestinale d'un jeune chat, dépouillée de son épithélium et traitée par l'acide acétique. Grossissement de 350 diamètres, a, ligne de démarcation de la villosité; 6, noyau et cellules qu'on voit immédiatement au-dessous; c, noyaux des muscles lisses; d, noyaux arrondis et cellules de la partie centrale.
Fig. 212. — Vaisseaux de quelques villosités de la souris. D'après une injection de Gerlach. Grossissement de 45 diamètres.