DU FOIE
§162. structure générale. — Le foie est une glande volumineuse qui se distingue des glandes composées décrites jusqu'à présent (des glandes salivaires, par exemple), par l'union intime des divers segments qui la constituent. Eu égard à la structure de son parenchyme sécréteur, le l'oie mérite une place toute spéciale. Les parties qui le composent, ou qui lui appartiennent, sont : 1" le parenchyme sécréteur, représenté parles lobules ou îlots du foie, et par les réseaux de cellules hépatiques, 2° les conduits biliaires qui procèdent de ces réseaux, et les canaux excréteurs du foie qui leur font suite ; 3° des vaisseaux sanguins très nombreux; h° des vaisseaux lymphatiques assez nombreux et des nerfs; 5° enfin, une enveloppe péritonéale.
§ 163. Parenchyme sécréteur, lobules et substance du foie. — Lorsqu'on observe la surface du foie de l'homme, ou celle d'une coupe pratiquée dans cet organe, on constate qu'elles présentent un aspect moucheté. On voit de petites taches rouges ou brunes, de forme étoilée, entourées par une substance d'un jaune rougeâtre (substance médullaire, et substance corticale de Ferrein). Cette différence de coloration dépend uniquement de la distribution inégale du sang dans les vaisseaux de petit calibre et dans les capillaires, et chez l'individu tout à fait sain on observe généralement une coloration rouge brun uniforme. L'aspect régulièrement moucheté du parenchyme hépatique a souvent fait admettre dans cette glande l'existence de lobules, d'autant mieux que cette disposition existe manifestement dans un animal souvent étudié sous ce rapport (le cochon) ; mais le foie humain ne présente rien de semblable, ainsi que E.-H. Weber l'a montré le premier en 18^2. Dans le foie humain, l'appareil sécréteur se trouve, dans toute l'étendue de la glande, en connexions intimes avec les parties les plus im-
PARENCHYME SÉCRÉTEUR, LOBULES ET SUBSTANCE DU FOIE. /l71
portantes du système vasculaire, c'est-à-dire avec le réseau capillaire intermédiaire à la veine porte et aux veines hépatiques. On serait dans l'erreur, toutefois, si l'on envisageait le parenchyme sécréteur du foie comme présentant une structure uniforme dans tous ses points. Cette glande se compose d'une foule de petits départements qui, bien que n'étant nullement séparés les uns des autres, possèdent néanmoins une certaine individualité. Les lobules hépatiques (si l'on peut continuer à les appeler ainsi), ou les îlots hépatiques (Arnold) résultent : 1° de ce que les plus petits rameaux des vaisseaux sanguins afférents et efférents (veines interlobulaires et intralobulaires de Kiernan)sont situés, dans toute l'étendue du foie, à une distance à peu près égale les uns des autres, de telle sorte qu'un petit fragment de la masse du foie de 0m'",7 à 1 ou 2 millimètres de diamètre donne naissance, dans sa partie centrale, à une radicule de la veine hépatique , et reçoit à sa surface un certain nombre de ramifications très fines de la veine porte et de l'artère hépatique; 2° de ce que les origines des canaux hépatiques, ou canaux excréteurs du foie, ne sont pas disséminées irrégulièrement dans le parenchyme, mais tellement disposées qu'elles ne se montrent qu'à une distance de 0n,m,3 à 1 millimètre des origines des veines hépatiques et qu'elles cheminent avec les rameaux les plus déliés de la veine porte. De là résultent dans le foie de petites masses formées exclusivement par le parenchyme sécréteur, des capillaires et les origines des veines hépatiques , tandis que dans leurs intervalles on trouve, outre le parenchyme et les capillaires, les origines des canaux hépatiques et les dernières divisions de la veine porte et de l'artère hépatique. Ces branches vasculaires arrivent vers les masses lohn la ires non pas d'un seul côté, mais de divers côtés à la fois; elles se trouvent renforcées et réunies entre elles par du tissu conjonctif, formant ainsi autour des masses lobulaires une écorce, interrompue, il est vrai, par places, mais cependant parfaitement continue.
L'étude du foie lobule de certains animaux (cochon , ours blanc, d'après J. Müller) est d'une haute importance pour la connaissance de la structure de cet organe chez l'homme. Je joins ici, pour cette raison , le tableau de la structure du foie de cochon. Lorsqu'on examine ce foie sur des coupes, ou autrement, on s'aperçoit qu'il est divisé en petites circonscriptions d'une dimension assez uniforme de 1 millimètre à 2 millimètres 1/2, non complètement régulières, polygonales. Ces lobules, formés par le parenchyme propre du foie, sont limités par une paroi blanchâtre, très visible à l'œil nu. En raclant la tranche du foie avec le manche d'un scalpel, les lobules dont nous parlons se détachent sous la forme de petites masses égales et anguleuses, et les capsules qui les entourent restent sur la tranche comme de petites cases vicies, ou comme les alvéoles d'une ruche d'abeilles. Les capsules d'enveloppe deviennent plus évidentes encore lorsqu'on malaxe doucement sous l'eau , avec les doigts, un petit fragment du foie , qu'on le nettoie complètement et qu'on l'examine ensuite sur un fond noir : de cette manière quelques-unes des cases sont à peine déchirées , demeurent presque complètement closes, et se montrent clairement comme de véritables capsules. Il ne faudrait pas croire cependant que chaque lobule du foie est entouré d'une capsule propre; toujours la membrane de ces capsules est commune à plusieurs lobules. 11 résulte de cette disposition une sorte de réseau étendu dans toute l'épaisseur du foie, dont les cloisons sont simples et
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no se laissent nullement diviser en plusieurs lamelles. Lorsqu'on examine de plus près les capsules (ou plutôt, comme il est préférable de les nommer, les cloisons de séparation des lobules), on trouve qu'elles sont constituées principalement par les prolongements de la couche de tissu conjonctif qui accompagne la veine porte et l'artère hépatique, c'est-à-dire par la capsule de Glisson elle-même; qu'elles adhèrent également, a la surface du foie, à l'enveloppe séreuse de cet organe, et quelles se continuent, dans la profondeur, avec les gaines des grosses veines.
C'est Kiernan qui, le premier, a bien saisi les rapports des lobules avec les vaisseaux du foie, lorsqu'il a dit que ces lobules reposent sur les rameaux des veines hépatiques comme les feuilles sur leur pétiole. Lorsqu'on ouvre une petite branche de la veine hépatique, on trouve, en effet, qu'elle est entourée de toutes parts de lobules, et qu'elle reçoit de chaque lobule une petite veinule, de manière que les lobules paraissent se fixer sur le vaisseau comme par de courts pédicules (voy. fig. 222. i», b,i>). Or, comme cette disposition se rencontre depuis les veines d'un diamètre moyen
Fig. 222. Fig. 223.
jusqu'aux veines intralobulaires, on peut, non sans raison, comparer les veines hépa tiques et les lobules du foie à un arbre dont les rameaux seraient couverts de feuilles polygonales appliquées les unes contre les autres, et si nombreuses que l'ensemble du feuillage ne formerait en quelque sorte qu'une seule masse. Si l'on suppose maintenant, par la pensée, que dans cet arbre veineux hépatique vienne s'insinuer un autre système vasculaire ramifié, tellement enchevêtré avec lui que les plus gros rameaux de ce système cheminent dans les intervalles qui séparent les principaux groupes de lobules, et que les plus petits s'insinuent dans les espaces secondaires de ces groupes et entre les lobules eux-mêmes ( si bien que chaque lobule se trouve en relation avec les minuscules les plus fins de cet autre système vasculaire
Fig. 222. — D'après Kiernan, fragment d'un foie de cochon avec une veine hépatique ouverte. Faible grossissement, a, grosse veine dans laquelle ne s'ouvrent point encore de veines intralobulaires. b, rameau de cette veine et ouvertures des veines intralobulaires. On aperçoit au travers des parois les bases des lobules.
Fig. 223.— Rameau ouvert de la veine porte du cochon, avec les ramusculcs de l'artère hépatique et des conduits hépatiques qui l'accompagnent. D'après Kiernan.