VAISSEAUX ET NERFS DES POUMONS
tenant à d'autres artères lobulaires, et forment enfin le réseau capillaire des vésicules. Ce dernier est un des plus serrés qui existent ; vu chez l'homme et sur une pièce fraîche, il présente des mailles arrondies ou ovalaires de 0ran\005 à 0'""\01S de diamètre, formées de vaisseaux qui ont 0mm,0()7 à 0"'n\0i de largeur; il se trouve dans la paroi des vésicules, à environ 0"'m,002 au-dessous de l'épithélium, au milieu du tissu fibreux, et s'étend non-seulement à toutes les vésicules d'un même lobule, mais encore, du moins chez l'adulte, à une partie des vésicules des lobules voisins.
De ce réseau naissent les veines pulmonaires par des radicules qui, plus superficielles que les artères, plus extérieures sur les lobules primitifs, s'engagent ensuite entre les lobules, dans la profondeur, où, s'unissant à d'autres veines lobulaires, elles constituent des troncs d'un certain volume. Ces derniers traversent le parenchyme pulmonaire, soit en compagnie des artères et des bronches, soit isolément.
Les artères bronchiques se distribuent sur les grosses bronches, dont les vaisseaux sont disposés comme ceux de la trachée, sur les artères et veines pulmonaires et clans la plèvre pulmonaire. Les divisions de l'artère pulmonaire sont pourvues d'un réseau capillaire extrêmement riche, qu'on peut suivre jusque sur des branches de 0""",6 de diamètre et au-dessous. Les rameaux destinés à la plèvre se détachent en partie au niveau du hile et dans les grandes scissures qui séparent les lobules principaux du poumon; d'autres naissent des branches qui accompagnent les bronches et émergent de la profondeur en passant entre les lobes. Les ligaments du poumon et les parties avoisinantes de la plèvre reçoivent en outre de petites branches artérielles dont l'origine n'est point dans les artères bronchiques.
Les vaisseaux lymphatiques du poumon sont très nombreux. Les uns sont superficiels et rampent dans le tissu conjonctif sous-séreux qui sépare les lobules, en formant un réseau superficiel, à mailles étroites, et un réseau plus profond, à mailles plus larges; ces réseaux recouvrent toute la surface du poumon et, d'une part, émettent des troncs spéciaux, superficiels, qui accompagnent les vaisseaux sanguins de la plèvre jusqu'à la racine des poumons, d'autre part Communiquent avec les vaisseaux profonds par une foule de rameaux qui s'enfoncent entre les lobules. Les lymphatiques profonds naissent des parois des bronches et des vaisseaux sanguins, des
Fig. 242. — Réseau capillaire des vésicules pulmonaires de l'homme. Grossissement de GO diamètres.
Fig. 242.
artères pulmonaires surtout, accompagnent ces canaux clans l'épaisseur de la substance du poumon, traversent quelques petits ganglions lymphatiques (ganglions pulmonaires), et atteignent enfin la racine des poumons, où ils se jettent dans les gros ganglions bronchiques.
Les nerfs des poumons proviennent du nerf vague et du grand sympathique ; ils forment le plexus pulmonaire antérieur et le plexus pulmonaire postérieur, ce dernier beaucoup plus considérable que le premier, et accompagnent le plus souvent dans leur distribution les bronches et les divisions de l'artère pulmonaire, rarement les ramifications des veines pulmonaires et des artères bronchiques. Dans l'intérieur des poumons ces nerfs présentent sur leur trajet des ganglions microscopiques; on peut les poursuivre jusque très près des extrémités des bronches.
Il est très remarquable que les divisions de l'artère pulmonaire fournissent nonseulement aux vésicules pulmonaires, mais encore à quelques autres parties du poumon, telles que la surface du poumon et les bronches très fines. Même sur des pièces non injectées, on voit, en différents points, de petits rameaux de l'artère pulmonaire devenir superficiels et se diviser sous la plèvre. Déjà Reisseisen (p. 4 7) avait décrit ces vaisseaux, qu'il a très bien figurés (pl. IV, V) Adriani vient de les suivre sur des poumons injectés; il prétend qu'ils ont un trajet flexueux et s'anastomosent fréquemment entre eux, mais qu'ils sont notablement plus larges et forment des réseaux plus lâches que ceux des vésicules. Le sang de ces réseaux peut s'écouler, d'une part, par les radicules superficielles des veines pulmonaires, d'autre part, par les anastomoses avec les divisions des artères bronchiques dans la plèvre pulmonaire. L'ar tère pulmonaire donne également des rameaux aux bronches : ce fait était connu déjà d'Arnold (Anal., p. 171), mais c'est à Adriani que nous devons des détails précis sur cette particularité importante. D'après cet observateur, le réseau capillaire superficiel des bronches est fourni principalement par l'artère et la veine pulmonaire ; ce réseau se fait remarquer par la forme allongée de ses mailles et l'étroitesse de ses vaisseaux, qui ne sont guère plus larges que ceux des vésicules (ils ont 0""",009 à 0"'m,0l 4 chezl'homme); les vaisseaux de la tunique musculeuse et de la tunique fibreuse, au contraire, proviennent des artères bronchiques. On comprend que là encore les deux systèmes vasculaires communiquent l'un avec l'autre : c'est donc avec raison que les anatomistes qui nous ont précédés, tels que Haller, Sömmering et Reisseisen, ont parlé de connexions entre les deux systèmes vasculaires du poumon. Suivant Adriani et Rossignol, les artères et veines bronchiques s'injectent par les veines pulmonaires, et réciproquement les veines pulmonaires peuvent s'injecter par les artères bronchiques ; mais les vaisseaux bronchiques ne s'injectent point par les artères pulmonaires.
Ces faits autorisent à attribuer aux dernières ramifications bronchiques une certaine part dans l'échange de gaz dont le poumon est le siège; mais en raison de leur épithélium plus épais et de leur réseau capillaire plus lâche, cette part doit être bien au-dessous de celle des vésicules pulmonaires. — Rappelons encore le grand calibre que prennent les artères bronchiques et l'élargissement du cercle dans lequel elles se distribuent, dans les cas d'obstacles à la circulation du sang dans l'artère pulmonaire (voy. Virchow, dans ses Archives, III, 3, p. 456); dans ces circonstances on voit souvent les artères bronchiques remplacer complètement une des branches de l'artère pulmonaire et se changer en vaisseaux respiratoires, fait qu'il est facile de concevoir en présence des nombreuses anastomoses normales entre les deux systèmes de vaisseaux. Dernièrement Reau a prétendu que la muqueuse de toutes les bronches, jusqu'à la trachée, reçoit ses vaisseaux de l'artère pulmonaire.
§ 183. Développement des poumons. — Les poumons apparaissent, chez les mammifères, peu de temps après le foie, sous la forme de deux excroissances creuses de la paroi antérieure du pharynx ; ces excroissances, très rapprochées l'une de l'autre, se munissent bientôt d'un pédicule commun, qui formera plus tard le larynx et la trachée. L'épithéliura et la tunique fibreuse du pharynx participent également à cette formation. Plus tard, de nouveaux bourgeons naissent successivement au sommet de ces premières excroissances, et de là résulte un arbre aérien de plus en plus rameux, qui, contrairement à ce qui se voit dans les autres glandes, est creux dès l'origine; au sixième mois, les extrémités en cul-de-sac s'élargissent un peu et forment les vésicules pulmonaires. Pendant cet accroissement des éléments glandulaires, la couche épithéliale interne s'étend par multiplication de ses cellules cylindriques (par voie de scission, probablement), tandis que la couche fibreuse qui l'entoure se développe également pour donner naissance, en définitive, aux membranes fibreuses des bronches et des vésicules pulmonaires, aux vaisseaux et aux nerfs. — Sur des embryons humains de deux mois, on trouve déjà les grands lobes pulmonaires et même des segments de poumons plus petits, ayant 0"'n,,3^ de largeur et provenant des extrémités élargies de bronches notablement ramifiées. Au fur et à mesure qu'on se rapproche de la naissance, on voit les ramifications bronchiques devenir plus nombreuses, et ces granulations glandulaires , comme je les ai appelées, se multiplier de plus en plus; au cinquième mois elles se réunissent en petits lobules de 0mm,52 à 1 millimètre de largeur, dont chacun procède vraisemblablement d'une granulation glandulaire ou d'une extrémité bronchique du deuxième mois. Les granulations glandulaires ont de 0"'n\ 0 ! 8 à üm'",027 de diamètre, et composent des lobules qui correspondent aux lobules secondaires du poumon développé ; elles forment enfin chacune un lobule primitif, par suite du développement de nouveaux bourgeons à leur surface. Les vésicules pulmonaires commencent à se montrer dans le courant du sixième mois ; elles ont alors de 0,m",052 à 0""",07 de diamètre, mais elles ne cessent de se multiplier que vers l'époque de la naissance (voy. mon Anat. microscop., II, 2, p. 323). Chez le nouveau-né, les lobules secondaires ont5,7et même 9 millimètres de largeur, etles alvéoles, 0""",()7, avant d'être distendus par de l'air: après la première inspiration, ces derniers mesurent 0""n,07, 0n,m,09 à0""",13; ils ne semblent plus se multiplier dorénavant, et le développement ultérieur du poumon paraît dépendre d'un simple grossissement de tous les éléments qui le composent.
Un seul point présente des difficultés dans Yélude des poumons, celui qui a trait au mode de terminaison des bronches et à leurs connexions avec les vésicules pulmonaires; mais ces difficultés, il faut l'avouer, sont très grandes. Sur des pièces fraîches, on voit très bien que les cellules pulmonaires communiquent fréquemment ensemble et qu'elles ne sont pas toutes terminales. Pour étudier la question à fond, on se servira avec beaucoup d'avantage de poumons insufflés ou desséchés; il est plus expéditif de placer une ligature sur la base d'un lobe insufflé et de le faire sécher à part. On peut aussi employer des pièces corrodées, ou bien des poumons dans lesquels on aüra injecté une matière incolore (cire, térébenthine); il est rare qu'une
série d'explorations de ce genre ne conduise point à un résultat certain. Avant d'injecter les bronches, on y fera le vide au moyen de la machine pneumatique, ou, à défaut de cette dernière, avec une bonne seringue. L'injection des vaisseaux sanguins réussit le plus souvent ; il est préférable de se servir de pièces conservées dans les liquides, qu'on ait injecté soit des substances opaques, soit des substances transparentes, telles que le bleu de Prusse, d'après le procédé de Schröder et Harting. — Les vésicules pulmonaires, les bronches, le larynx et la trachée sont faciles à étudier. Les cellules épithéliales des vésicules se trouvent en quantité sur chaque section des poumons; il en est de môme des cellules vibratiles. — Pour étudier les alvéoles, il faut avant tout les débarrasser de l'air qu'ils contiennent. Le poumon humain les présente d'une manière admirable, comme aussi tous les autres éléments, tels que cartilages, fibres élastiques, muscles; glandes.
Bibliographie des poumons. — M, Malpighi, De pulmonibus eputolœ II ad Bbrellum. Bonon., '1661 . — ■ F.-D. Reisseisen, Ueber den Bau der Lungen, eine gekrönte Preisschrift. Berlin, 1 822. — J. Moleschott, De Malpighianis pulmonum vesiculis. Heidelb., 1845, Diss., et Ueber die letzten Endigungen der feinsten Bronchien, dans Holländischen Beitragen, I, p. 7. — Rossignol, Recherches sur la structure intime du poumon. Bruxelles, 1 836. — A. Adriani, De subliliori pulmonum structura. Trajecti ad Rhen , 1 847. Diss. — H. Cramer, De penitiori pulmonum hominis structura. Berol., 1 847, Diss. — Kostlin, Zur normalen und patholog. Anatomie der Lungen, dans Gries. Archiv., 1 848, 4C cah., p. 292, et 1 849, 2e cah ., p. 167. — E. Schultz, Disquisitiones de structura et textura canalium aeriferorum, c. tab. Dorpati Liv., 1 850, Diss. — Rheiner, Die Ausbreit, der Epithelien im Kehlkopf, dans Würzburg Verh., III ; Beitr. z. Hislol. des Kehlkopfes. Würzb., 1852, Diss. — Beale, On the Bloodvessels of the Lungs, dans Mon Ihly Jour n , 1852, p. 454.
SECTION II