STRUCTURE INTIME DES CAPSULES SURRENALES
surrénales, ont porté Ecker à prendre, mais à tort, pour des utricules spéciaux les amas compactes de cellules dont nous venons de parler, et qui ont de 0n,m,05 à 0m,",06 de longueur. En effet, les cellules corticales, qui sont en quelque sorte indépendantes les unes des autres aux deux faces de la substance corticale, sont unies entre elles, dans la portion moyenne de cette substance, en masses cylindriques ou ovalaires, dans lesquelles les contours des différentes cellules paraissent se confondre et former une ligne de contour commune. Jamais, néanmoins, je n'ai pu trouver autour de ces masses cellulaires d'autre enveloppe que celle qui est constituée par les cloisons des alvéoles, et presque toujours j'ai réussi, au moyen de la pression ou sous l'action des alcalis, à isoler ces cellules sans qu'un utricule spécial se présentât à mon observation. Jusqu'ici je n'ai rencontré de véritables utricules que dans les portions internes delà substance corticale ; ils s'y présentaient sous la forme de vésicules sphériques ou ovalaires, de 0,nm,05 à 0,r"",07 de diamètre, dans lesquelles on ne voyait point de cellules, mais seulement, des amas de gouttelettes graisseuses ; je suis porté à considérer ces utricules comme des cellules très développées. Le contenu des cellules corticales se compose normalement de fines granulations de nature azotée; mais presque toujours il s'y ajoute des granulations graisseuses, dont le nombre est quelquefois tellement considérable (la substance corticale offre alors une
couleur jaune) qu'elles remplissent complètement les cellules; ces dernières ressemblent parfaitement dans ces cas à des cellules hépatiques pathologiques. Dans la couche colorée de la substance corticale, les cellules sont remplies de granulations pigmentaires brunes.
La substance médullaire possède également un stroma de tissu conjonctif,
Fig. 256. — Fragment d'une coupe verticale à travers la substance corticale des capsules surrénales de l'homme, a, cloisons formées par le tissu conjonctif ; &, cylindres de l'écorce, dont la composition cellulaire est plus ou moins distincte. Grossissement de 300 diamètres.
Fig. 257. — Cellules des capsules surrénales de l'homme, a, cinq cellules du sommet d'un cylindre de l'écorce, remplies d'une substance pâle; b, cellules colorées des couches internes de la substance corticale; c, cellule à contenu graisseux de la substance corticale colorée en jaune; d, vésicule plus grosse remplie de graisse, provenant d'une capsule semblable (utricule glandulaire, Ecker); e, cellules de la substance médullaire, dont quelquesunes sont pourvues de prolongements. Grossissement de 350 diamètres. '
Fig. 256.
Fig. 257.
dépendant des lames de la substance corticale et composé de faisceaux délicats qui traversent en tous sens l'intérieur de l'organe, en y formant un réseau à mailles arrondies et assez étroites. Dans ce réseau est déposée une substance finement granulée, au sein de laquelle j'ai toujours trouvé, chez l'homme, et à un examen minutieux, des cellules pâles de 0""",018 à 0mm,035 de diamètre, qui rappellent jusqu'à un certain point les cellules nerveuses des organes centraux, sans qu'on puisse néanmoins les identifier avec elles; elles présentent, en effet, un contenu finement granulé avec quelques rares granulations graisseuses ou pigmentaires, un noyau souvent fort distinct et muni d'un nucléole, une forme anguleuse, et parfois des prolongements simples ou multiples, ou même ramifiés.
§ 198. Waisseaux et nerfs des capsules surrénales. — Les vaisseaux
sanguins des capsules surrénales sont fort nombreux et ont leur siège dans le stroma de l'organe, où ils forment deux réseaux capillaires distincts : celui de la substance corticale, dont les mailles sont allongées, et celui de la substance médullaire, composé de mailles plus arrondies. Les artères proviennent des gros troncs voisins (phrénique, cœliaque, aorte, rénale) : ce sont des branches dont le nombre est de vingt environ ; les unes pénètrent directement dans la substance médullaire, tandis que les autres se distribuent dans la substance corticale. Ces dernières sont les plus nombreuses; elles se ramifient et s'anastomosent fréquemment entre elles à la surface de la capsule, en formant dans son enveloppe un premier réseau capillaire à larges mailles ; elles plongent ensuite dans la profondeur de l'organe en se divisant en ramuscules très fins, cheminent dans les cloisons de la substance corticale, où elles deviennent de plus en plus ténues, et se dirigent vers la substance médullaire; pendant ce trajet, elles s'envoient mutuellement des branches transversales assez nombreuses qui les font communiquer ensemble , de sorte que les cylindres de l'écorce sont baignés de sang de tout côté. Les extrémités de ces vaisseaux atteignent la substance médullaire et concourent avec ceux qui y sont arrivés directement à former un réseau très riche dont les capillaires sont un peu plus larges. Chez le mouton, d'après Nagel, quelques artéaprès avoir pénétré directement dans la substance médullaire,
Fi G. 258.
rioles
vont ensuite gagner la substance corticale.
Fig. 258. — Section transversale de la capsule surrénale du veau, traitée par la soude. Grossissement d'environ 15 diamètres, a, substance corticale; b, substance médullaire; g, veine centrale entourée d'un peu de substance corticale; d, trois rameaux nerveux qui pénètrent dans l'organe; e, distribution des nerfs dans son intérieur.
CONSIDÉRATIONS PHYSIOLOGIQUES. 55l
Les veines naissent principalement du réseau capillaire de la substance médullaire, et se réunissent dans l'intérieur de cette substance pour constituer la veine principale de l'organe ou veine surrénale, qui émerge par le lnle pour se jeter, à droite, dans la veine cave, à gauche, dans les veines rénales. On trouve, en outre, dans la substance corticale, un nombre assez considérable de petites veines, dont quelques-unes accompagnent les artères et se jettent dans les veines rénales et diaphragmatiques, et dans la veine cave inférieure. Jusqu'à ce jour, je n'ai vu sur la capsule surrénale que quelques ramuscules lymphatiques superficiels; il m'a été impossible d'en rencontrer dans l'intérieur de l'organe ou qui parussent venir de la profondeur.
Les nerfs des capsules surrénales sont extrêmement nombreux, ainsi que Bergmann l'a fait remarquer avec juste raison ; ils proviennent du ganglion semi-lunaire et du plexus rénal; suivant Bergmann, le nerf vague et le nerf pbrénique leur donneraient aussi quelques filets. J'ai compté sur la capsule surrénale droite de l'homme, trente-trois petites branches nerveuses, dont huit avaient 0""n,5 à 0""",25 de largeur; cinq, 0m,",13 à 0,1, sept, üm'",08 à 0mm,07, et treize, 0"1,n,06 à ()";m,05. Tous ces nerfs étaient composés exclusivement, ou du moins en grande partie, de tubes à bords foncés de tous les calibres, y compris le plus fort ; ils étaient blanchâtres ou blancs et portaient quelques ganglions de différents volumes. Les nerfs de la capsule surrénale vont presque tous gagner la moitié inférieure et le bord interne de l'organe, et paraissent destinés spécialement à la substance médullaire. Chez les mammifères, en effet, on trouve dans cette substance et enfermé dans les trabécules du tissu conjonctif un réseau extrêmement riche de tubes nerveux fins, à contours foncés, dans lequel on ne reconnaît aucune extrémité terminale. Chez l'homme, la substance médullaire est généralement trop altérée pour qu'il soit possible de poursuivre les filets nerveux dans son épaisseur.
§ 199. Considérations physiologiques. — Les capsules surrénales se développent en même temps que les reins, mais indépendamment de ces organes, aux dépens d'un blastème issu du feuillet moyen de blastoderme (Remak); les premières phases d'évolution de ce blastème nous sont encore inconnues. Dans l'origine, la capsule surrénale est plus grosse que le rein; au troisième mois, les deux organes ont le même volume. Chez le fœtus de six mois, le poids de la capsule surrénale est à celui du rein comme 2:5; chez le fœtus à terme, comme 1 : 3, et chez l'adulte, comme 1 : 8 (Meckel). Chez les mammifères, les capsules surrénales sont toujours plus petites que les reins, quelle que soit l'époque à laquelle on les examine. — Nous ne savons que très peu de chose sur le développement histologique de l'organe. Jusqu'ici je n'ai étudié ce développement que sur un fœtus de trois mois; de même que Ecker> j'y ai trouvé la substance cor^ ticale blanche, la substance médullaire de couleur rougeàtre, toutes deux composées de cellules et de fibres. Les cellules mesuraient 0mm, 027 à 0mm,05 en diamètre, et présentaient des noyaux très nets, quelquefois énormes, et munis d'un fort beau nucléole; celles de la substance corticale renier-
maient aussi des molécules graisseuses. Je n'ai rien vu qui ressemblât à des nerfs. Sur un lapin nouveau-né, Ecker n'a trouvé encore aucune trace des utricules, qu'il a vus très distinctement, au contraire, sur un embryon de bœuf de 0mm,50 de longueur ; ils étaient petits néanmoins, car ils n'avaient que 0mm,05 à 0""n,15.
Quant aux fonctions des capsules surrénales, en l'absence de toute donnée physiologique et à défaut d'une connaissance exacte du trajet des nerfs dans l'intérieur de ces organes, on est obligé de s'en tenir à des propositions très générales. La substance corticale et la substance médullaire me paraissent avoir des fonctions différentes : on peut ranger provisoirement la première dans la classe des glandes vasculaires sanguines, et lui assigner un rôle dans les fonctions de sécrétion ; la seconde, au contraire, eu égard à sa grande richesse nerveuse, doit être considérée comme un appareil qui fait partie du système nerveux, et dans lequel les éléments celluleux et les plexus nerveux agissent les uns sur les autres comme dans la substance nerveuse grise ; peutêtre ces éléments ont-ils là des connexions encore complètement inconnues. (Voyez mon Anat. micr., II, 2, p. 38^.)
Pour étudier les capsules surrénales, on se servira d'abord de celles des grands mammifères, avant de recourir à celles de l'homme. La substance corticale ne présente aucune difficulté, quand ses éléments contiennent peu de graisse; on emploiera de préférence des coupes verticales très fines, faites sur des pièces fraîches ou durcies dans l'alcool ou l'acide chromique, et rendues transparentes par un peu de soude. La substance médullaire s'altère très rapidement, même chez les animaux, de sorte que les éléments qui la composent ne présentent plus ou ne présentent qu'en partie leurs connexions normales; quelquefois, cependant, on les rencontre d'une manière très nette sur des pièces qui n'ont subi aucune préparation; des pièces conservées dans l'acide chromique remplissent le même but. Les nerfs se voient très facilement, chez les animaux, sur des tranches fines traitées par la soude; si la section a porté sur le point d'entrée d'un nerf, on peut suivre facilement ce dernier à travers la substance corticale. Tour étudier les vaisseaux, il est nécessaire de les injecter ; les injections réussissent également bien par les artères et par les veines, qui sont dépourvues de valvules; on choisira de préférence, dans ce but., les capsules surrénales du mouton ou du cochon de lait.
Bibliographie. — Nagel, Diss. sistens ren. suce, mammal. descript. Berol. , 1838, et Müll. Arck., '1836. — C. Bergmann, Diss.de glandulis suprarenal., c. lab. Gött., 1839. — A. Ecker, Der feinere Bau der Nebennieren beim Menschen und den 4 JJVrbelthierldassen. Braunschweig, 1 846, et art. Blutgefassdrüsen, dans Wagn. Handw. d. Phys., IV, 1 849. — H. Frey, art. Supuarenal capsules, dans Todd's Cyclop. of Anat., oct. 1 849. — Leydig, dans Beilr. z. Anat. d. Bochen, etc. , l 852, et dans Anat. Unt. v. Fischen und Bept., 1853.