DES RESTITUTIONS DE MATIÈRE OPÉRÉES PAR LES CELLULES. M
encore à ces membranes secondaires une substance interposée particulière, qui paraît tirer sa source du sang par l'intermédiaire des vaisseaux des cartilages ou du périchondre. La substance fondamentale des os et du cément des dents résulte aussi en partie de la réunion d'une substance interposée avec les membranes secondaires des cellules qui interviennent dans leur formation. Dans d'autres tissus, on trouve une substance interposée, solide, gélatineuse, ou liquide, souvent en grande quantité, comme dans le corps vitré chez l'embryon, dans le tissu cellulaire lâche de l'embryon, dans les follicules des glandes vasculaires sanguines, dans le sang et le chyle, dans tous les tissus composés de fibres ; mais cette substance est en grande partie, au moins, étrangère aux cellules ou aux. tissus qui en procèdent, et elle ne doit pas être rangée ici. - - On n'a pas encore démontré avec certitude, chez les animaux, que par suite des sécrétions de cellules il se trouve entre elles des espaces intercellulaires. Cependant il est possible que la plupart des espaces glandulaires, et que les cavités du cœur et des gros vaisseaux se forment ainsi : ces cavités, en effet, paraissent se développer par sécrétion de liquide dans l'intérieur d'une masse de cellules, compacte dans l'origine.
La doctrine des deux membranes dans les cellules des plantes, c'est-à-dire de l'utricule primordiale (Mohl) et de la membrane de cellulose, cette dernière doctrine a été transportée dans les cellules des animaux en l'année 1 852, et en môme tempspar Remak [Millier s Archiv, 1 852, p. 63) et par moi (Handb. d. Geweb. , I 852, p. 1 4, 29) ; avec cette différence cependant que ce que j'énonçais comme une conjecture était émis d'une manière précise par Remak. Par une étude plus approfondie, je me trouve aujourd'hui conduit à soutenir décidément la doctrine de l'utricule primordiale dans les cellules de cartilage et dans les enveloppes des tuniciers; et pareillement, de placer sur la même ligne et de considérer comme des produits de sécrétion de i'utricule primordiale, les membranes propres des glandes simples et composées, les membranes transparentes (citées plus haut), parties que, depuis longtempsdéjà, Reconsidérais comme des produits de sécrétion des cellules. Je suis convaincu qu'un examen plus attentif de ce très important, objet conduira à reconnaître dans beaucoup d'autres cellules animales l'existencede membranes extérieures secondaires ; cependant je ne puis croire que Remak soit dans la bonne voie, quand il paraît croire dès à présent que toutes les cellules animales ont deux membranes, et lorsqu'il s'efforce de démontrer la chose dans les sphères de segmentation et dans les plus jeunes cellules embryonnaires. — Les revêtements intestinaux et glandulaires de chitine (4) chez lesanimaux, et aussi peut-être en partie la chitine de l'enveloppe externe, doivent être certainement envisagés comme des produits de sécrétion des cellules; on doit aussi envisager de même les membranes propres des glandes, et en particulier celles qui ne contiennent qu'une cellule glandulaire (Meckel). Comme exemple bien concluant d'épaississement partiel de membranes de cellules qu'on peut mettre avec certitude sur le compte d une sécrétion, nous signalerons les dents cornées des larves des Batraciens. Chaque dent se développe, ainsi que je l'ai trouvé sur la grenouille (comparez aussi Vogt. Àlytes, p. 88, pl. it, fig. 10, 1 1 , 12), de cellules rondes à jolis noyaux, dont la paroi de cellule s'épaissit d'un côté et s'allonge ainsi en pointe; enfin, il se
(1) La chitine, découverte par Odier, estime substance azotée analogue aux substances albuminoïdes. On la rencontre à la surface des intestins des crustacés, des araignées et des insectes, sous forme d'une couche sans structure apparente, transparente comme le verre. La chitine forme aussi les enveloppes extérieures solides des insectes, crustacés, etc.
[Note du traducteur.)
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forme ainsi une dent cornée, c'est-à-dire un cône brun, allongé, creux en dessous, de 0mm,04 de long, et dans la cavité duquel on retrouve encore la cellule originaire et son noyau. Plus tard, lorsque les sommets des dents de remplacement croissent vers la cavité des premières dents, l'utricule primordiale (cellule originaire) disparaît, de manière que la seconde membrane de cellule, ou la dent cornée, persiste seule, jusqu'à ce quelle tombe à son tour.
§ 17. Fonctions animales des cellules. — Aux fonctions de la Vie des
cellules appartiennent encore certains mouvements, 11 est extrêmement difficile de décider si les mouvements qui se montrent dans les cellules concernent seulement le contenu ou s'il s'étend aussi à la membrane de cellule. Ces mouvements apparaissent dans leur formation la plus simple, chez les animaux inférieurs, qui n'ont que la signification de cellules simples. Ici vient se ranger tout un groupe, les Rhizopodes (Amœba, Ar ce lia, Difflugia, etc.). La substance homogène de ces animaux ne permet d'y distinguer ni membrane d'enveloppe, ni contenu ; elle est contractile et capable de prendre les formes les plus diverses. Une substance analogue, substance contractile amorphe de Ecker, qu'on peut encore désigner sous le nom de sarcode (Dujardin), se trouve aussi dans les Protozoaires, pourvus d'une membrane extérieure (membrane de cellule), et détermine ici le jeu des espaces dits contractiles, les mouvements du style des Vorticelles et probablement aussi des courants de liquides, comme cela a lieu chez le Loxodes bursaria. Chez ces animaux, l'enveloppe extérieure paraît aussi être contractile, soit dans sa totalité, soit dans ses excroissances extérieures ou cils vibratiles; cependant il est sans doute présumable encore que tous les mouvements ne dépendent que du contenu, et que l'enveloppe accompagne simplement ces mouvements comme corps élastique. Dans cette manière de voir, un cil doit être supposé constitué à peu près comme le style d'une Vorïicelle, dans l'intérieur duquel, ainsi que Czermak l'a montré, existe un filament contractile confondu avec la substance intérieure de l'animal, tandis que l'enveloppe est élastique.
Dans les animaux supérieurs, on trouve des phénomènes de contraction non-seulement dans des cellules isolées, mais aussi dans des tissus qui tirent leur origine d'une fusion de cellules. Aux premières appartiennent : 1° les cils vibratiles, excroissances extérieures des cellules, qu'il faut probablement regarder comme des prolongements, non-seulement de la membrane de cellule, mais aussi de son contenu, sans qu'il soit possible de dire si le pouvoir contractile appartient au contenu, ou à la membrane, ou à tous les deux ; 2° les cellules contractiles en forme de fibres, dans lesquelles la cellule originaire paraît s'être transformée avec sa membrane et son contenu en une fibre tendre et contractile, et où il n'est pas encore bien prouvé que l'enveloppe soit seulement élastique ; 3° les cellules qui composent le cœur de certains embryons (Alytes, Sepia, Limax, Gallus), lesquelles offrent déjà des contractions avant qu'elles se soient transformées en fibres musculaires. Il faut ranger ici, d'une manière générale, les phénomènes contractiles énergiques que Siebold a observés dans les cellules qui composent les jeunes
FONCTIONS ANIMALES DES CELLULES. do
embryons des Planaires (consultez mes dessins, dans Wieg m. Archiv, XIII, Band I). Des mouvements de même nature paraissent, d'après des observations nouvelles de Ecker (Icon. physioL, tab. XXIII, fîg. 156), survenir dans la substance transparente qui réunit les grains du jaune dans les sphères de segmentation de la grenouille, et aussi dans les globules blancs du sang (voy. Ecker, lcon. physiol. , tab. III, et Lieberkühn dans Müller s Archiv, 185^). Cependant il n'est nullement établi que dans ces derniers cas, on ait devant les yeux de véritables phénomènes de contraction, et que ce ne soit pas plutôt des changements de cellules dérivant des actions d'échange entre le contenu des cellules et les liquides qui les entourent. Remak, quia observé de pareils mouvements dans les sphères du jaune d'un œuf de poule non couvé [Entw., p. /i), les fait dépendre uniquement de la pénétration de l'eau (voy. encore Froriep, Tagesber., n°M5); cela n'est pas admissible, car Ecker et Lieberkühn les ont aperçus dans le liquide natif. — Parmi les phénomènes de contraction qui apparaissent dans les cellules fusionnées, je range ceux des Hydres, dont le parenchyme contractile du corps, d'après Ecker, ne présente plus traces de cellules lorsque l'animal est complètement développé, tandis qu'elles existent manifestement chez l'embryon. J'y range aussi les contractions des fibres musculaires animales, qui se forment par fusion de cellules; ces cellules persistent parfois comme telles, dans la peau des embryons de limaces et dans le cœur des animaux inférieurs, par exemple, ou bien elles se transforment en fibres sus-nommées. Dans les fibres musculaires striées parfaites, il est certain que les enveloppes qui représentent la membrane de cellule (ou le sarcolemme) ne sont pas la partie contractile, mais que c'est le contenu des cellules, ou les fibrilles qui lui correspondent, qui jouissent de la contractilité. Il est vraisemblable, dès lors, que toutes les fibres contractiles des animaux inférieurs, qui ont la même signification que les fibres musculaires striées et que les cellules contractiles du cœur des embryons, se comportent de la même manière.
Dans les chromatophores des Céphalopodes et de quelques Ptéropodes, les changements de forme ne dépendent pas des cellules elles-mêmes, mais des fibres musculaires appliquées à leur extérieur ; tandis que dans les chromatophores découverts par Brücke dans la peau des amphibies, les changements de forme paraissent dépendre des cellules elles-mêmes.
Dans un degré plus élevé encore que le mouvement des cellules animales (qui, dans de certaines limites se montrent aussi dans les plantes ; exemple, les cils des spores), les phénomènes tout à fait spéciaux que nous sommes obligé de rattacher aux cellules nerveuses méritent le titre de fonctions animales. Comme ces phénomènes ne seraient rien autre chose que ce que la physiologie comprend sous le nom de fonctions de la substance nerveuse grise, nous ne pouvons naturellement les approfondir ici, d'autant plus que ces fonctions sont tout à fait inaccessibles à l'observation microscopique.
Donders le premier a émis l'opinion que le contenu seul des cellules est contractile à l'exclusion des membranes de cellules. Je dois avouer que plus j'envisage cetto
kk HISTOLOGIE GÉNÉRALE.
question, plus j'accepte l'idée de Donders ; cependant, dans l'état actuel de la science, il me paraît difficile de déposséder complètement les membranes de cellules du pouvoir contractile, car, à priori, rien ne peut être allégué contre cette manière devoir, et d'un autre côté, dans beaucoup de cas, il ne nous est pas donné de prononcer à cet égard de jugement motivé.
§ 18. Métamorphoses des cellules. Diverses sortes de cellules. — Les
cellules qui apparaissent dans l'organisme à des époques variées ont une destinée très diverse. Une très grande partie d'entre elles ne demeurent à leur état originaire que pendant un court espace de temps, et se fondent ensuite les unes avec les autres pour former des parties élémentaires plus élevées. Une autre partie des cellules n'éprouve point de combinaisons de ce genre, mais ces cellules modifient plus ou moins leur nature première, comme les lamelles cornées de l'épiderme et des ongles. Beaucoup de cellules, enfin, n'éprouvent jamais de métamorphoses, persistent au contraire à l'état de cellules, jusqu'à ce que, tantôt plus tôt, tantôt plus tard, souvent même seulement avec la mort de l'organisme, elles disparaissent accidentellement ou suivant un mode déterminé, comme les épithéliums, les parenchymes des glandes, les cellules de sécrétion glandulaire, etc,
Les cellules persistantes peuvent être rangées dans les catégories suivantes :
1, Cellules vraies, dont la nature de cellule n'éprouve aucun changement essentiel. On les trouve dans l'épiderme (couche de Malpighi), dans les épithéliums, dans le sang, dans le chyle, dans la lymphe, dans les produits de sécrétion, dans le tissu adipeux, dans la substance nerveuse grise, dans la moelle rose des os, dans les glandes (foie, rate, capsules surrénales, follicules glandulaires clos), dans les cartilages. — D'après leur forme, ces cellules se partagent en : rondes, discoïdes, cylindriques, coniques, vibrât iles , et étoilées. D'après leur contenu, elles se divisent en : graisseuses, protéiques, séreuses, en cellules contenant de l'hématine, de la biline, de la pepsine, du mucus, du pigment. Quant à ce qui concerne leur manière d'être, les unes sont isolées, soit dans des liquides, soit dans des tissus solides, les autres sont réunies en parenchymes simples des cellules ; d'autres, enfin, sont reliées entre elles, de manière ou d'autre, par une substance intercellulaire.
2. Cellules métamorphosées . Dans celles-ci, la structure originaire est plus ou moins changée. Ici appartiennent :
a. Les lamelles cornées, cellules aplaties, polygonales ou fusi formes, dont la membrane et le contenu sont fondus ensemble. On les trouve dans l'épiderme cutané , dans l'épithélium pavimenteux stratifié, dans les ongles et les poils.
h. Les cellules contractiles en forme de fibres , cellules fusiformes, légèrement aplaties, remarquablement allongées, et dont la membrane et le contenu demi-solide sont transformés en une substance douée de contractilité. Elles existent dans les muscles lisses.
c. Les fibres du cristallin , cellules très allongées avec un contenu visqueux plus ou moins solide et riche en albumine.