VAISSEAUX LYMPHATIQUES
réseaux, comme point de départ des vaisseaux {Anat. microsc. , I, p, 22, 23), ces réseaux n'ont jamais été examinés avec un grossissement suffisant, et d'ailleurs les injections n'ont encore fourni aucun résultat pour ce qui est des organes parenchymateux en général.
On a très peu étudié jusqu'ici la manière dont les capillaires lymphatiques se transforment en gros vaisseaux lymphatiques. D'après Brücke, sur des chylifères des parois intestinales qui ont 0""", 05 de diamètre, et qui sont déjà pourvus de valvules, on trouve une couche épithéliale reconnaissable à ses noyaux , couche qui fait défaut sur des vaisseaux plus petits, privés do valvules et communiquant directement avec les espaces alvéolaires que nous avons mentionnés. Ni sur les uns, ni sur les autres il n'a été possible de constater une paroi vasculaire distincte du tissu conjonctif delà membrane adventice qui entoure les lymphatiques, ceux-ci étant formés de couches de tissu conjonctif dans toute leur épaisseur, jusqu'à l'épithélium. Dans les vaisseaux pourvus de valvules qui cheminent dans le tissu sous-muqueux, il y aurait cependant des fibres musculaires lisses (Sitzungsber. der Wien. Akad., mars 1853).
Les vaisseaux les plus fins que j'ai pu examiner avaient 0mm, 2, 0nim,3, 0""",/i de largeur; abstraction faite de l'épaisseur de leurs diverses couches, leur structure ne différait en rien de celle des vaisseaux de 2 à 3 millimètres de diamètre. Ces derniers, qui sont des lymphatiques de moyenne grosseur, présentent trois tuniques : la tunique interne est constituée par une couche de cellules epitheliales allongées, mais courtes, et par une membrane réticulée simple, rarement double, dont les fibres atfectent une direction longitudinale, et qui, sous le rapport du volume de ces fibres, ainsi que sous celui de la longueur des mailles, offre de nombreuses variétés, bien qu'elle ne se compose jamais de fibres très grosses, et ne constitue jamais une véritable membrane élastique (cette membrane ferait défaut, d'après W.eyrich, dans les lymphatiques du mésentère; je l'ai toujours rencontrée sur ceux du plexus lombaire et des membres). En dehors de la tunique interne, on trouve une tunique moyenne, plus forte, composée de fibres musculaires lisses transversales, et de fibres élastiques fines, affectant la même direction ; puis vient la tunique externe, formée de faisceaux longitudinaux de tissu conjonctif, de quelques réseaux de fibres élasticjues fines, et d'un nombre plus ou moins considérable de faisceaux musculeux lisses, dont le trajet est oblique ou longitudinal. Ces derniers existent encore aux membres sur des vaisseaux de ümm,2,et me paraissent constituer un excellent caractère distinctif des vaisseaux lymphatiques et des petites veines (voy. Anatomie microsc, I, p. 236).
Le canal thoracique présente quelques particularités. En dehors de l'épithélium, qui est le même que dans les autres lymphatiques, on y rencontre plusieurs lames striées, puis une membrane élastique réticulée à fibres longitudinales ; la tunique interne tout entière mesure k peine 0mm,0U à 0mm,02. La tunique moyenne, qui a 0mm,052 d'épaisseur, présente d'abord une couche longitudinale très mince de tissu conjonctif et de fibrilles élastiques, à la-
quelle succède une couche de fibres musculaires transversales, traversée par des fibres élastiques fines. La tunique externe, enfin, est formée de tissu conjonctif longitudinal avec fibrilles élastiques, et de quelques faisceaux longitudinaux de libres musculaires anastomosées en réseau. — Les valvules du canal thoracique présentent la même structure que celles des veines.
Les vaisseaux sanguins que reçoit le canal thoracique s'y distribuent comme sur les veines. On n'y a point encore observé de nerfs.
Dernièrement Brücke a essayé de démontrer physiologiquement que les radicules de tous les chylifères sont dépourvues de parois propres [Denkschr. der W. Akäd., VI, p. 22 et suiv.). Si, dans l'état encore peu avancé de cette partie de la physiologie, une telle entreprise doit sembler très hasardée, elle le devient encore beaucoup plus quand elle se trouve en contradiction formelle avec des faits non douteux. J'engage Brücke à examiner au point de vue des lymphatiques les têtards, qu'il est bien facile de se procurer ; il se convaincra que les radicules de certains lymphatiques sont de
vra
Fig. 293.
is canaux, a parois propres.
§ 223. Glandes lymphatiques. — De même que les capsules surrénales, toute glande lymphatique d'un certain volume se compose, à l'état normal, d'une enveloppe, d'une substance corticale et d'une substance médullaire. La membrane d'enveloppe recouvre toute la glande, à l'exception d'une ou de plusieurs régions par où pénètrent les gros vaisseaux sanguins, et par où émer-
Fig. 204.
Fig. 295.
Fig. 293. — Section transversale du canal thoracique de l'homme, à un grossissement de 30 diamètres, a, épithélium, lames striées et membrane élastique interne ; b, tissu conjonctif longitudinal de la tunique moyenne; c, fibres musculaires transversales de cette tunique; d, tunique externe avec des fibres musculaires longitudinales.
Fig. 294. — Glande lymphatique de la région inguinale de l'homme, à un grossissement de 2 diamètres a, vaisseaux afférents ; b, vaisseau efférent, émergeant du hile; c, alvéoles de la portion superficielle de la substance corticale, vus par transparence à travers la membrane d'enveloppe.
Fig. 205. — Segment de substance corticale d'une glande inguinale de Fhomme. Grossissement de 80 diamètres, a, enveloppe de la glande; 6, quatre vaisseaux afférents superficiels; c, gros alvéoles de la surface de récorec, renfermant des réseaux très fins, quelques-uns avec leur contenu; cl, alvéoles plus petits de la partie centrale de l'écorce ; e, cloison des alvéoles.
gent les vaisseaux lymphatiques efférents; j'appellerai cette dernière région le Mie de la glande. Cette membrane, plus mince sur les glandes qui se trouvent dans les grandes cavités du corps que sur celles des parties extérieures, est composée exclusivement, chez l'homme, de tissu conjonctif dans lequel sont disséminées une foule de fibres élastiques fines (fibres de noyaux), et d'éléments formateurs de ces dernières ou cellules plasmatiques; chez les animaux, tels que la souris, par exemple, on y rencontrerait aussi, d'après 0. Heyfelder, des fibres-cellules contractiles. La substance corticale se voit sur toute la surface de la glande, excepté au niveau du hile; elle constitue une couche molle, imbibée de liquides, de couleur jaunâtre, rougeâtrc ou grisâtre, et dont l'épaisseur va jusqu'à l\, 5 et même 7 millimètres, sur les grosses glandes; sa surface extérieure, et quelquefois aussi ses coupes, présentent un aspect granuleux, vésiculaire, bien connu des anciens anatomistes. Cet aspect rappelle celui d'une plaque de Peyer disséquée par sa lace externe; on y remarque, en effet, une multitude de corpuscules arrondis, de couleur grisâtre, entourés d'un liséré blanchâtre, et analogues à des follicules. Si l'on approfondit davantage la structure de la substance corticale, on reconnaît facilement que les prétendus follicules ne sont nulle ment des organes indépendants, comme les éléments d'une plaque de Peyer ou d'une tonsille, et qu'ils ne peuvent, dans aucune circonstance, être considérés comme isolés les uns des autres; qu'ils sont simplement des portions spéciales de la substance corticale, contenues dans les cavités d'un système d'alvéoles assez régulier. Ces alvéoles sont constitués de la manière suivante : De la face interne de la membrane d'enveloppe partent une foule de lames plus ou moins épaisses (0mm,009 à 0m,n,05 d'épaisseur et plus), qui s'unissent entre elles d'une manière si régulière, qu'il en résulte un réseau délicat qui occupe toute l'épaisseur de la substance corticale. Les cavités de ce réseau, que j'appellerai alvéoles des glandes lymphatiques, sont irrégulièrement polygonales, et ont (rm,25 à 0""",35 de diamètre. Chez l'homme, les alvéoles les plus réguliers se trouvent dans les couches externes de la substance corticale; ils y sont aussi séparés les uns des autres, en grande partie, si ce n'est d'une manière complète, caria chose est difficile à déterminer. Plus en dedans, les cloisons de séparation deviennent plus incomplètes, plus minces; les alvéoles sont de plus en plus petits, et moins distincts les uns des autres; d'où il résulte que la substance corticale prend un aspect plus homogène.
Les cloisons de la substance corticale se composent en grande partie de tissu conjonctif fibrillaire, avec quelques éléments élastiques fins; mais on y rencontre aussi une foule d'éléments que je ne puis considérer que comme du tissu conjonctif embryonnaire, bien qu'ils ressemblent beaucoup aux corpuscules de tissu conjonctif de Virchow. Ce sont : 1° des fibres fusiformes délicates, de Omm,ü5 de longueur moyenne, avec des cellules étroites, des prolongements fins et de petits noyaux allongés; 2° des éléments analogues, avec trois prolongements: les uns et les autres se comportent, à l'égard des alcalis et de l'acide acétique, comme du tissu conjonctif, et n'ont
rien de l'inaltérabilité des cellules plasmatiques. Ces éléments ne sont pas disséminés dans les cloisons; ils :-ont réunis en amas considérables, etil n'est pas rare de les voir former à eux seuls des trabécules délicates. Souvent aussi ils sont anastomosés entre eux par leurs prolongements, comme le montre parfois très distinctement la dilacération d'un fragment de la substance corticale d'un adulte : on peut donc les considérer comme une forme particulière du tissu conjonctif réticulé.
Le contenu des alvéoles de la substance corticale est une pulpe grisâtre, à réaction alcaline, qui parait être la même que celle qu'on rencontre dans les follicules des amygdales. En effet, un examen attentif, de l'aveu de tous les micrographes, n'y montre, au premier abord, qu'une certaine quantité1 de liquide et une foule d'éléments organisés. Mais en y regardant de plus près, on trouve, comme je l'ai indiqué le premier dans la lre édition de cet ouvrage, que cette pulpe est traversée par un réseau capillaire très riche, de sorte qu'il semble qu'on trouve là une structure analogue à celle que Ernst, Frei et moi avons fait connaître pour les follicules de Peyeret les vésicules de la rate. Néanmoins une étude prolongée des glandes lymphatiques m'a donné la conviction que la composition de la substance des alvéoles est toute spéciale, ainsi que l'a dit Donders. Ce que jusqu'à présent on avait considéré comme de simples cavités remplies d'une substance continue, formée de cellules et de noyaux, n'est rien moins que cela ; chaque alvéole est traversé par un grand nombre de trabécules, de fibrilles et de lamelles extrêmement fines, qui, en s'anastomosant fréquemment entre elles, figurent un vrai tissu spongieux, fort analogue à celui de la rate, mais beaucoup plus petit. La texture microscopique de ce tissu spongieux estdes plus élégantes; je ne l'ai rencontrée sur aucun autre point du corps, chez l'adulte. En effet, outre les vaisseaux du contenu, qui sont supportés par les grosses trabécules, on ne trouve absolument que les fibres-cellules fusiformes et étoilées dont nous avons parlé ; là où le tissu est très délicat, ces éléments sont simplement anastomosés entre eux; là où il est plus solide, ils se juxtaposent pour donner naissance à des trabécules d'un certain volume.
Dans les mailles de ce tissu spongieux, qui toutes communiquent ensemble, est contenu un suc qu'on peut exprimer facilement de la substance corticale d'une glande lymphatique; ce suc renferme, comme on sait, des noyaux libres, de 0n,m,0U5 à 0mm,007 de diamètre, et des eellules arrondies, de 0mn,,007 à 0mm,009, plus rarement de 0""n,01 à 0"im,15, noyaux et cellules identiques avec ceux de la lymphe et du chyle; aussi, depuis mes nouvelles recherches, ne puis-je plus considérer ce suc comme un élément spécial et stationnaire des glandes lymphatiques, ainsi que je l'avais fait dans la lrc édition de cet ouvrage; j'y vois simplement du chyle ou de la lymphe qui est constamment évacuée par les vaisseaux elîérents. Cette opinion sera développée plus loin.
La substance médullaire des glandes lymphatiques est blanche dans les glandes extérieures, gris rougeàtre dans celles des cavités splanchniques ;
elle occupe la partie centrale de l'organe, et ne se montre à l'extérieur qu'au niveau du hile. Contrairement à la substance corticale, dont la sépare une limite plus ou moins nette, elle ne présente aucune trace de structure alvéolaire, et se compose exclusivement de gros rameaux vasculaires sanguins et d'un plexus lymphatique serré, en communication directe avec les vaisseaux efférents delà glande. Les deux ordres de vaisseaux sont soutenus par un stroma assez riche, formé d'un tissu conjonctif serré, sans éléments élastiques, et dans lequel sont disséminés, sur laplupart des grosses glandes externes, des amas plus ou moins considérables de cellules adipeuses.
La partie la plus difficile de l'anatomie des glandes lymphatiques est celle qui a trait à la disposition des vaisseaux lymphatiques dans leur intérieur. Sous ce rapport, deux opinions opposées existent toujours dans la science, celle de Malpighi, dans laquelle ces glandes seraient formées dé larges cavités anastomosées (cellules des auteurs), et celle de Hewson, qui en lait de véritables plexus lymphatiques. Quant à moi, je trouve une grande différence, sous le rapport de la disposition des vaisseaux lymphatiques, entre la substance curticale et la substance médullaire, particularité que personne n'avait encore signalée. Dans la première, on voit facilement les vaisseaux afférents, arrivés au voisinage de la glande, se diviser un grand nombre fois, perforer l'enveloppe de l'organe, et fournir autour des alvéoles extérieurs des ramuscules très fins qui, en général, se dé'achent du tronc à angle droit ou en étoile, et pénètrent dans les cloisons de tissu conjonctif; mais leur trajet ultérieur me parait très difficile à déterminer. Après une étude répétée et soutenue de ces organes, je ne puis affirmer autre chose que ce que j'avais déjà dit précédemment (1re édition de cet ouvrage, p. 563), c'est-à-dire que les branches les plus déliées des vaisseaux afférents, ainsi que l'ont avancé récemment Ludwig et Noll, s'ouvrent dans les alvéoles de la substance corticale; en effet, dans une bonne injection par les vaisseaux afférents, on voit d'abord se remplir les alvéoles, puis seulement les vaisseaux efférents. Mais, basé sur une étude plus approfondie du contenu des alvéoles, je puis aujourd'hui compléter cette opinion en disant que l'intérieur des alvéoles ne doit point être envisagé comme une simple cavité traversée par la ly nphe, mais bien comme un corps caverneux lymphatique, si l'on peut s'exprimer ainsi. Quant au mode de communication entre les ramuscules les plus fins des vaisseaux afférents et le tissu spongieux des alvéoles^ je n'ai pu jusqu'à ce jour m'en faire une idée d'après l'observation microscopique; mais je ne crois pas que ce soit là un motif plausible qui doive engager à rejeter cette hypothèse, basée sur une foule d'autres faits, que les vaisseaux afférents s'ouvrent dans le tissu spongieux des alvéoles. Dans les corps caverneux des organes génitaux, personne n'a encore pu voir directement la communication entre les artères et les espaces veineux, et cependant les tissus y sont loin d'être aussi délicats, et toutes les dispositions y sont plus largement formulées que dans les glandes lymphatiques. Tout ce que je puis affirmer, c'est que les ramuscules les plus déliés des vaisseaux afférents, qui, à l'inspection microscopique de la substance corticale, se présentent
assez souvent aux yeux de l'observateur, et qu'il est facile de distinguer des vaisseaux sanguins, à cause des cellules incolores qui les remplissent, que ces minuscules constituent des vaisseaux de 0""",018 à ()""", 02 de largeur, et ont la même structure que les gros capillaires; que bien certainement les alvéoles ne contiennent point de vaisseaux lymphatiques, et enfin que les nombreux noyaux et cellules qu'on y rencontre existent indubitablement à l'état de liberté dans leur tissu alvéolaire. Si l'on envisage, en outre, les résultats des injections, il me sera permis, je crois, d'admettre que chez l'homme les vaisseaux afférents, après s'être subdivisés jusqu'à ce qu'ils aient le calibre mentionné, s'ouvrent librement dans le tissu spongieux des alvéoles. Ce tissu, dont les vacuoles ne sont nullement tapissées d'unépithélium, doit donc être considéré comme un véritable système de lacunes.
Au sujet des connexions entre le tissu alvéolaire de la substance corticale et les vaisseaux lymphatiques afférents, je ferai remarquer encore que, somme toute, les alvéoles externes, ceux qui sont le plus nettement délimités, ont des rapports moins fréquents et moins directs avec les vaisseaux afférents que ceux qui se trouvent plus en dedans, vers la substance médullaire; du moins voit-on sur les glandes mésentériques, au moment de l'absorption, les alvéoles extérieurs conserver leur couleur grisâtre, chez l'homme et chez les animaux, tandis que les vaisseaux afférents, qui charrient un suc laiteux, et les portions internes, sont souvent blancs dans toute leur épaisseur. 11 y a cependant des exceptions à cette règle, comme Font prouvé des observations récentes. J'ai vu sur l'homme deux cas où' beaucoup de glandes mésentériques présentaient, dans leurs portions superlicielles, des régions plus ou moins étendues qui étaient d'une couleur blanche uniforme. Si l'on considère de plus que, dans l'injection des vaisseaux afférents, les alvéoles extérieurs se remplissent également, on ne pourra s'empêcher d'admettre qu'ils communiquent, comme les autres, avec les vaisseaux.
Le trajet des lymphatiques dans la substance médullaire est beaucoup plus facile à suivre. Déjà à l'œil nu on reconnaît, sur des coupes de cette substance, outre les vaisseaux sanguins, un tissu spongieux dont on fait sourdre, par une légère pression, de fines gouttelettes d'un liquide laiteux ou séreux, suivant que la glande renferme du chyle ou de la lymphe; mais les injections, par les vaisseaux efférents surtout, et l'examen microscopique de tranches fines de la substance médullaire, montrent de la manière la plus certaine qu'en dehors cette substance est formée, en grande partie, d'un plexus serré de lymphatiques de différents calibres, plexus qui, par le nombre des anastomoses, rappelle les corps caverneux de la verge. Une particularité, cependant, établit une différence entre ce tissu spongieux et celui des organes génitaux, c'est que, dans le premier, tous les vaisseaux sont pourvus de parois qui leur appartiennent en propre et qu'on peut même isoler partiellement du stroma qui les enveloppe. Voici donc quelle est la véritable disposition des plexus lymphatiques de la substance médullaire : De nombreux vaisseaux lymphatiques d'un faible calibre émergent de
toutes parts des parties internes de la substance corticale et entrent dans la substance médullaire; ils communiquent aussitôt les uns avec les autres par de nombreuses anastomoses. A mesure qu'ils approchent du centre de la glande, et en même temps du bile, ils s'élargissent graduellement; puis ils convergent peu à peu vers un ou plusieurs troncs volumineux, qui constituent les vaisseaux êffêrefits. Le vaisseau efîërerït, conséquemment, a une tout autre disposition que le vaisseau allèrent, contrairement à ce qu'on avait admis jusqu'à ce jour; il n'a
aucun rapport avec la substance corti- xj^^^-^-^" cale, et, dans toutes les glandes un peu considérables et pourvues d'un bile
Fig. 296.
distinct, il émerge directement par ce dernier, sans toucher à la substance corticale. Ainsi, les vaisseaux afférents viennent en général de points multiples de la périphérie de la glande, gagnent la face convexe de l'organe et se jettent dans les alvéoles de la substance corticale, qu'on peut considérer comme leur continuation ; de là ils passent dans la substance médullaire, où ils sont de nouveau pourvus de parois propres, et y forment un plexus très riche, d'où naissent un ou plusieurs vaisseaux efférents qui sortent directement de la glande par le bile. Quant à la structure et au calibre des vaisseaux de la substance médullaire, il est à remarquer que ces vaisseaux sont tous pourvus d'un épit hélium à cellules allongées, et qu'ils présentent, en outre, une tuniquè interne très distincte, formée de tissu conjonctif avec des noyaux (ou des cellules plasmatiques?), et une tuniqut moyenne composée de libres musculaires lisses très évidentes qui paraissent toutes se diriger transversalement. Sur des coupes microscopiques, ces vaisseaux, dont la tunique externe est remplacée par le stroma de la substance médullaire, se distinguent tacitement des artères de la même substance par l'absence de tunique élastique interne et par le moindre développement des libres musculaires; ils se distinguent non moins aisément des veines, dont les ramifications les plus fines se font encore remarquer par leur richesse en fibres élastiques fines. Ces dernières font complètement défaut, même dans les lymphatiques les plus volumineux de la substance médullaire. Le diamètre des vaisseaux lymphatiques de la substance médullaire est très variable ; de 0"mi,07 à 1 millimètre qu'il mesure près cle l'origine des vaisseaux efférents, il descend à 0,,"",2, 0n"V, et même 0n,m,0/i au voisinage de la substance corticale.
Les artères des glandes lymphatiques sont en général multiples. La plus grosse pénètre toujours dans la glande par le bile; d'autres, plus petites,
Fig. 29Ü. — Coupe transversale d'une glande mésentérique du bœuf. Grossissement de 8 diamètres, a, hile de la glande; b, substance médullaire avec des réseaux lymphatiques très fins; c, substance corticale avec dès alvéoles plus distincts; d, enveloppe dé l'organe.
se rendent souvent dans la substance médullaire par divers points de la périphérie, soit isolément, soit accompagnées de petits vaisseaux efférents. Il n'est pas rare de voir à ce niveau de petites dépressions en forme de bile. Les branches principales qui partent de ces artères vont se distribuer dans les diverses régions de la substance corticale, tandis que des rameaux accessoires forment un réseau très lâche autour des vaisseaux lymphatiques. C'est aussi dans la substance corticale que se font véritablement les ramifications ultimes des artères : les petits vaisseaux qui émanent de la substance médullaire cheminent d'abord dans les cloisons celluleuses des alvéoles, pour produire ensuite dans la substance corticale un réseau à mailles assez larges, contenu dans les trabécules déliées des alvéoles mêmes. A la formation de ce réseau viennent concourir également, dans les grosses glandes du moins, de nombreuses petites artérioles venues directement de l'extérieur vers la substance corticale. Les veines offrent la même distribution générale que les artères ; mais elles sont d'ordinaire moins nombreuses. Souvent elles sont réduites à un vaisseau unique qui sort de la glande par le hile. Ces veines sont remarquables par leur volume, souvent double de celui des artères correspondantes.
D'après mes observations, toutes les glandes lymphatiques d'un certain volume reçoivent plusieurs petits filets nerveux, composés de fibres primitives fines. Ces nerfs pénètrent dans l'organe avec les artères; arrivés dans la substance médullaire, ils cessent d'être visibles. Il m'a été impossible de voir les petits ganglions nerveux que Schaffner [Zeitschr. /'. rat. Med.yiX, 177) prétend avoir trouvés dans les glandes lymphatiques. D'ailleurs, la description qu'en adonnée cet auteur n'est point de nature à inspirer une grande confiance dans ses recherches.
Si nous rapprochons maintenant les uns des autres les caractères anatoiniques des glandes lymphatiques, nous trouvons que ces glandes ne peuvent nullement être envisagées comme de simples plexus lymphatiques. En considérant seulement les contours précis de ces organes, leur enveloppe spéciale, l'abondant stroma de tissu conjonctif qui les traverse et leurs nombreux vaisseaux, on sera porté à leur assigner une place spéciale parmi les organes, même dans le cas où les vaisseaux lymphatiques constitueraient dans leur intérieur un véritable réseau admirable bipolaire. Mais comme ces vaisseaux, bien que disposés en véritables plexus dans la substance médullaire, affectent cependant un arrangement tout spécial, qu'on ne retrouve nullement dans les pelotons vasculaires indépendants, même les plus compliqués, il en résulte certainement que l'on est autorisé à considérer les glandes lymphatiques comme des organes sut generis, et non comme de simples plexus lymphatiques. Un caractère propre à la substance corticale, c'est, d'une part, que les vaisseaux lymphatiques y perdent leurs parois propres, et qu'ils y sont remplacés par un système de lacunes toutes en communication entre elles ; et, d'autre part, que le tissu de fibres et de trabécules qui forme ces lacunes est traversé par de nombreux capillaires sanguins; en d'autres termes, le chyle et la lymphe fluent librement dans
las alvéoles de la substance corticale, à travers un lacis formé par des vaisseaux et par du tissu conjonctif qui les soutient; de là résulte un contact plus intime entre ces liquides et le sang, ce qui permet entre eux un échange de substances des plus faciles. De plus, comme la marche du chyle est nécessairement très lente dans ce labyrinthe d'alvéoles de la substance corticale, et que les diverses substances sécrétées par les vaisseaux sanguins peuvent déjà subir une certaine élaboration dans l'intérieur de l'écorce, il me semble que l'épithète de glandulaire s'applique parfaitement à cette structure, et que le nom de glandes lymphatiques convient aux organes en question.
On trouvera dans mon Anatomie microscopique (II, 2e partie, p. 530 et 544) un résumé critique des nouvelles recherches de Ludwig, Noll , Gerlach , Brücke et Donders, relatives aux glandes lymphatiques.
Quant aux fondions des glandes lymphatiques, voici ce que j'en pense. De même que les glandes vasculaires sanguines, les glandes lymphatiques appartiennent à ce groupe d'organes dont les fonctions ont reçu des interprétations si nombreuses, sans qu'on puisse en dire encore quelque chose de certain, qu'on doit hésiter à ajouter une nouvelle opinion à celles de nos prédécesseurs. Il est à remarquer, cependant, qu'avant ces derniers temps la structure de ces glandes était complètement inconnue: d'un autre côté, le petit nombre de données physiologiques que l'on possédait ne permettait point d'établir, relativement aux fonctions de ces glandes, des hypothèses iDasées sur des faits d'observation. Aujourd'hui que les recherches de Ludwig et Noll, de moi, de Brücke et Donders, ont jeté un jour satisfaisant, on peut le dire, sur l'anatomie des organes en question, il sera sans doute permis de tenter aussi une solution physiologique; j'exposerai donc en peu de mots les principaux points du problème. La fonction principale des glandes lymphatiques, à mon avis, consiste à former la grande majorité des corpuscules du chyle et de la lymphe. C'est un fait connu depuis longtemps que le chyle qui a traversé les glandes lymphatiques est plus riche en éléments celluleux que celui qui est recueilli en avant de ces glandes ; aussi divers auteurs ont-ils supposé que les glandes exercent une certaine influence dans la production de ces cellules ; personne cependant n'avait osé exprimer une opinion plus précise, puisqu'il était impossible d'expliquer le mécanisme de cette production. Dans ces dernières années, cependant, Yirchow, dans ses remarquables travaux sur la leucémie, s'appuyant sur les cas où avec une simple hypertrophie des glandes lymphatiques coïncidait une augmentation de nombre extraordinaire des globules blancs du sang, posa en principe (Arch., I, p. 571) que les glandes lymphatiques jouent un certain rôle dans l'hématose. Les hypothèses mentionnées plus haut gagnèrent alors plus de partisans ; elles furent en môme temps développées et fortifiées par divers auteurs (Bennett et autres). Mais la preuve physiologique faisait toujours défaut, si bien que l'hypothèse de Virchow, quelque ingénieuse qu'elle pût être, manquait encore de preuves expérimentales. Aujourd'hui ces preuves ont été fournies, et basées sur elles; Brücke et Donders, et moi, nous nous sommes prononcés à l'unanimité dans ce sens que les éléments des glandes lymphatiques passent dans le chyle et dans la lymphe. En m'appuyant sur les faits anatomiques développés dans ce paragraphe, je crois que le tissu de la substance corticale doit être considéré comme le principal foyer où se forment les corpuscules lymphatiques, sans prétendre néanmoins que des éléments semblables ne puissent se produire également dans la substance médullaire. La structure des alvéoles de la substance corticale est telle qu'elle produit un contact intime entre la lymphe et les nombreux vaisseaux sanguins de cette substance. Comme la pression sous laquelle circule le sang est plus considérable que celle qui pèse sur la lymphe, beaucoup d'éléments constituants du sang doivent s'épancher dans les espaces lymphatiques et se mêler
à la lymphe; comme d'ailleurs cette dernière se meut très lentement dans ce système de lacunes, on trouve là réunies toutes les conditions favorables à une production de cellules. Dans ce phénomène, la transsudation qui se fait à travers les vaisseaux sanguins joue évidemment un rôle bien plus important que la lenteur de la circulation lymphatique; je suis d'avis que si cette transsudation était supprimée, la multiplication des corpuscules lymphatiques dans la glande serait très restreinte. Si Ton considère, en effet, que prise dans des vaisseaux qui n'ont point encore traversé de glandes, la lymphe se montre toujours très pauvre en corpuscules, qu'elle ait ou non franchi déjà un espace assez considérable; qu'en second lieu la lymphe présente très peu de cellules chez les animaux vertébrés qui n'ont point ou qui n'ont qu'un petit nombre de glandes lymphatiques, on acquerra la conviction que la lymphe est très peu susceptible d'organisation par elle-même, quelle que soit l'étendue du trajet qu'elle a parcouru, et que la formation des cellules incolores dans les glandes lymphatiques dépend principalement de l'exsudation des éléments constituants du sang. On peut donc dire avec raison qu'il se fait constamment dans les lacunes lymphatiques une exhalation de matériaux sanguins, d'où naissent une foule de cellules qui remplissent lesdits espaces. A ces cellules vient se joindre la lymphe des vaisseaux afférents, très pauvre en cellules, et qui, en traversant la substance corticale, entraîne avec elle une portion de ces éléments nouveaux dans la substance médullaire et puis dans les vaisseaux efférents. Cette manière de concevoir les phénomènes est encore confirmée par cette circonstance qu'il est impossible de supposer que loute la substance celluleuse des alvéoles se meut avec la même vitesse que le chyle des vaisseaux afférents, car dans ce cas les vaisseaux efférents devraient contenir beaucoup plus de cellules. Je conclus de là que le contenu des alvéoles est en grande partie indépendant, quant à son mode de formation, de la lymphe afférente, et s'il n'est pas complètement fixe, il est du moins beaucoup moins rapidement variable dans ses caractères que cette dernière ; d'où il suit qu'au point de vue physiologique comme au point de vue anotomique, il serait peu rationnel de considérer les glandes lymphatiques comme de simples plexus lymphatiques.
Indépendamment de la formation des corpuscules lymphatiques, on peut considérer comme fonction importante des lymphatiques l'influence qu'elles exercent sur la composition chimique du sang et de la lymphe. La production non interrompue de cellules qui a lieu dans les espaces lymphatiques, ne peut être sans action sur la lymphe qui traverse ces espaces; cet échange de principes entre la lymphe et le sang ne doit pas moins intéresser que le passage d'éléments constituants du sang dans la lymphe. Si nous possédions des analyses exactes de la lymphe ou du chyle avant et après leur passage à travers les glandes, chez un même animal, il serait possible d apprécier plus exactement ce second mode d'action des glandes lymphatiques; mais en 1 absence de ces analyses, et comme nous n'avons que quelques données sur la lymphe et le chyle des radicules des vaisseaux lymphatiques et du canal thoracique, il faut s'en tenir à quelques généralités, et dire simplement que dans les glandes lymphatiques la lymphe devient plus riche en fibrine et plus pauvre en eau ; ce dernier liquide est absorbé par les vaisseaux, dont le contenu est plus concentré, et qui laissent passer la fibrine à travers leurs parois.
Telles seraient, d'après les faits constatés jusqu'à ce jour, les fonctions des glandes lymphatiques; elles se résumeraient, comme on voit, en une participation à la formation des globules blancs du sang, et en une action sur la composition chimique du chyle. Si, comme il est vraisemblable, les glandes lymphatiques sont les principaux centres de production des cellules lymphatiques, elles devront évidemment être rangées parmi les organes les plus importants pour l'hématose et la vie végétative en général; car il est certain qu'une partie au moins des corpuscules lymphatiques se transforment en corpuscules sanguins, et même dans le cas où ils persisteraient dans le sang à l'état de corpuscules incolores, ils ne seraient pas sans influence sur ce liquide. Ces considérations viennent à l'appui de cette opinion exprimée par Virchow dans une des séances delà Société médicale de Wurzboiirg [Verhandl,, III,