MEMBRANE FIBREUSE DE L'OEIL
ligaments (voy. § 92), c'est-à-dire réunis en un réseau de fibres de diverses grosseurs qui, à leurs points de jonction, présentent des épaississements et des rudiments de noyaux, marquant le siège des cellules formatrices primitives ; il en résulte que leur ensemble a beaucoup d'analogie avec une réunion de cellules fusiformes et étoilées anastomosées. Pendant la vie, les éléments de ce réseau semblent être creux en partie et renfermer un liquide; du moins, après la dessiccation, voit-on de l'air dans toutes les cellules des segments de sclérotique (ce sont là les corpuscules blancs de Huschke), ce qui semblerait confirmer l'opinion de Virchow, qui considère ces canaux comme servant à la nutrition ; opinion d'autant plus vraisemblable que les vaisseaux de la sclérotique sont fort peu nombreux. Ces vaisseaux proviennent principalement des artères ciliaires et des artères musculaires; ils forment, comme l'a montré Brücke, un réseau assez lâche de capillaires du dernier ordre. — Dans ces derniers temps, Bochdalek et Rahm (sur le lapin) ont décrit des nerfs dans la sclérotique ; je n'ai pu me convaincre jusqu'ici, non plus que Arnold et Luschka, que ces nerfs sont autre chose que des filets qui cheminent à la face interne de la membrane pour gagner le ligament ciliaire.
La cornée (fi g. 304, c) est une membrane parfaitement transparente, encore plus serrée et plus difficile à dilacérer que la sclérotique ; elle se compose
de trois couches distinctes, qui sont : 1° la conjonctive (conjonctive cornéenne ) ; 2" la cornée proprement dite , et 3° la membrane de Descemet. La première et la troisième couche sont formées d'un épithélium et d'une membrane amorphe sous-jacente ; la couche moyenne est constituée par un tissu fibreux d'une nature spéciale.
La cornée proprement dite , c'est-à-dire la couche fibreuse de cette membrane (fig . 304, c), de beaucoup la plus épaisse, est formée d'une substance très voisine du tissu conjonctif, mais qui , d'après Müller, se transforme en chondrine , et non en gélatine, par l'ébulli-
tion. Les éléments dont se compose la cor- Fig. 305.
née sont des faisceaux pâles, de 0mn',005 à 0mm,009 de diamètre, dans lesquels on distingue plus ou moins nettement des fibrilles quand on les déchire; ils sont réunis en cordons aplatis, dont les faces sont constam-
Fig. 305. — Section verticale de la cornée du nouveau-né, à un grossissement de 350 diamètre, et traitée par l'acide acétique. L'épithélium a été négligé. A. Portion antérieure de la cornée ; a, lame amorphe extérieure ; b, couche serrée de granulations arrondies (probablement de petites cellules), située au-dessous de la lame amorphe et dans laquelle il y a peu de tissu ûbreux; c, tissu fibreux développé, avec des cellules plasmatiques anastomosées.
B. Portion postérieure delà cornée; c, comme précédemment ; d, lame amorphe de la membrane de Descemet.
ment parallèles à celles de la cornée, et qui sont anastomosés les uns avec les autres, aussi bien ceux d'une même couche que ceux des couches voisines, si bien qu'ils représentent un vaste réseau étendu à travers toute la cornée. Du reste, dans ce réseau on ne voit pas de vacuoles, attendu que d'un côté les mailles d'un réseau fibreux sont toujours comblées par les éléments d'un autre, et que, d'autre part, tous les faisceaux fibreux sont fortement serrés les uns contre les autres, comme le seraient, par exemple, les parois des vacuoles dans une éponge comprimée. Pour se faire une idée exacte de la structure de la cornée, il faut prendre pour point de départ la sclérotique, dont la cornée n'est qu'une modification. Les deux membranes sont constituées par des réseaux longitudinaux et transversaux; mais la disposition est moins régulière dans la cornée, attendu que les faisceaux y présentent les directions les plus variées. — Vue dans son ensemble, la cornée offre, sinon des lames distinctes, du moins une structure lamelleuse, car tous ses faisceaux sont aplatis et ont leurs faces parallèles à la surface de la membrane. Aussi est-il très difficile de déchirer la cornée ou de la traverser dans le sens de son épaisseur. L'identité des éléments de la cornée avec ceux du tissu conjonctif est démontrée encore par les faits suivants : 1° les éléments de la cornée, arrivés au bord de cette membrane, où ils sont presque tous radiés, se continuent directement et sans interruption avec les libres de la sclérotique, de sorte qu'il est impossible d'admettre une séparation naturelle des deux organes ; '2° ainsi que Virchow l'a démontré le premier, on trouve entre les faisceaux de la cornée un nombre infini de cellules à noyau fusiformes ou étoilées, anastomosées entre elles, semblables à colles qui appartiennent en propre au tissu con jonctif {corpuscules de tissu conjonctif de Virchow) ; ces mêmes cellules se rencontrent également dans la sclérotique, où elles sont, il est vrai, plus rameuses. Il paraît certain que le fluide nourricier dont la cornée est constamment et si abondamment abreuvée, et que sur les grands yeux d'animaux on peut démontrer directement parla pression, est distribué dans la cornée en grande partie par ces cellules plasmatiques; un fait qui vient à l'appui de cette opinion, c'est que très souvent, dans les cas de maladie de cette membrane, on trouve dans ces cellules des gouttelettes de graisse, et quelquefois même, suivant Donders, des granulations pigmentaires. — Les canaux (corneal tubes) injectés par Bowman sur l'œil du bœuf et sur celui de l'homme ne doivent pas être confondus avec ce réseau de cellules; on peut les considérer comme n'étant probablement que des élargissements artificiels des petits espaces qui existent normalement entre les éléments histologiques de la cornée, et qu'on croit parfois reconnaître également à l'inspection microscopique.
La conjonctive cornéenne (fig. 30/i, ab) est formée principalement d'un èpithélium stratifié et mou, de 0mm,05 à 0""n,l d'épaisseur; les couches profondes de cet èpithélium sont composées de cellules allongées, placées perpendiculairement à la surface de la cornée; les cellules des couches moyennes ont une forme plus arrondie; celles de la superficie, enfin, sont de véritables lamelles aplaties, molles, munies d'un noyau, et mesurant
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de 0mM,02 à 0muj,03 de largeur; leur ensemble constitue une couche de 0mm,018 à 0m"',02 d'épaisseur, analogue à la couche cornée de l'épidémie. Cet épithélium se trouble rapidement après la mort, et sous l'influence de l'eau ou de l'acide acétique ; il repose sur une lame amorphe que Reichert, le premier, a signalée {lame élastique antérieure de Bovvman) et qui a 0""'\007 à 0n"",009 d'épaisseur. Cette lame se voit très bien sur des coupes verticales ou sur un pli d'une section horizontale, après addition d'un alcali ; mais elle est beaucoup moins nettement limitée du côté de la cornée proprement dite que la membrane de Descemet; elle paraît aussi avoir une autre signification que cette dernière, et n'être qu'un reste de la couche vasculaire qui existait sur la conjonctive cornéenne dans les premiers temps. — De cette couche on voit souvent partir des fibres recourbées qui ressemblent à de petits faisceaux de tissu conjonctif ou à des fibres élastiques, et qui pénètrent à une petite profondeur clans l'épaisseur de la cornée, pour se perdre ensuite.
La membrane de Descemet ou de Demours, appelée aussi membrane de l'humeur aqueuse (fig. 306, </), se compose de deux parties, d'une membrane élastique, assez lâchement unie au tissu cornéal, c'est la membrane de Descemet proprement dite, et d'un épithélium appliqué sur la face interne de cette dernière. La membrane élastique est transparente comme du verre, brillante, complètement amorphe, facile à déchirer et cependant assez solide, et tellement élastique, qu'elle s'enroule fortement sur elle-même, et toujours d'arrière en avant, lorsqu'elle a été séparée de la cornée par la coctîon ou la macération dans les alcalis; ces opérations, non plus que les réactifs en général, ne troublent en rien sa transparence. La membrane de Descemet a 0m,",01/i à 0""",015 d'épaisseur ; ses caractères chimiques la rapprochent de la capsule cristalline (voy. plus bas). Vers le bord de la cornée elle se continue avec un système spécial de fibres, sur lequel Reichert a le premier attiré l'attention, et dont Bowman a donné une description plus précise Ces fibres commencent à une petite distance de la circonférence de la cornée, près de la face antérieure de la membrane de Deseemet(fig. 304, g), sous la forme d'un réseau allongé, composé de fibrilles très fines, analogues à des fibrilles élastiques. Peu à peu ce réseau s'élargit ; au bord de la cornée il occupe toute l'épaisseur de la membrane de Descemet, transformée en un lacis de grosses fibres etdetrabécules. Une partie de ces fibres, sur toute la périphérie de la chambre antérieure, traversent l'humeur aqueuse, se réfléchissent sur la face antérieure de l'iris, en formant le ligament pectiné de Hueck, et se perdent dans les portions antérieures de ce diaphragme ; d'autres se rendent au ligament ciliaire ou mieux au muscle ciliaire ; d'autres, enfin, se perdent sur la paroi interne du canal de Schlemm (voy. plus loin ce qui est dit à propos de la choroïde). Ainsi, la membrane de Descemet ne se termine point par un bord tranchant, comme on ledit communément; elle semble se continuer tout entière, comme Reichert l'a indiqué le premier avec un tissu fibreux spécial. Les avis sont partagés relativement à la nature de ce lissu. Reichert le range avec le tissu conjonctif; Brücke le regarde
comme un tissu spécial ; Luschka le croit composé de ce qu'il a appelé fibres séreuses (c'est-à-dire fibres élastiques); Bowman (Lectures, p. 21) et Henle (Jahresb., 1852, p. 20) admettent qu'il est formé en partie de tissu élastique et en partie de tissu conjonctif. Quant à moi, je le tiens pour une forme intermédiaire entre ces deux tissus. — La vérité, c'est que ces fibres, au moment où elles naissent de la membrane de Descemet et dans leurs prolongements qui vont de la paroi interne du canal de Schlemm au muscle ciliaire, ressemblent plutôt à des fibres élastiques par leurs contours foncés, leur grosseur moyenne et leur aspect homogène ; tandis que celles qui se portent sur l'iris rappellent si bien le tissu conjonctif par leur forme, leur largeur (de 0mm,009 à 0mm,027), leur pâleur, et leur aspect souvent nettement strié, qu'autrefois (Zeitschr. f. wiss.Zool., I, p. 5k) je les classais avec le tissu conjonctif réticulé. Néanmoins, contrairement à Henle, qui veut que le ligament pectiné de l'iris soit formé de véritable tissu conjonctif, je dois soutenir ici, comme dans la première édition de ce livre, que chez l'homme ces fibres s'éloignent du tissu conjonctif par leur rigidité, leurs réactions avec les alcalis et les acides, leur insolubilité dans l'eau bouillante, et qu'elles sont les analogues des éléments de la zone de Zinn, que Henle lui-même ne considère point comme du tissu conjonctif. — Je dois faire remarquer, du reste, que chez les animaux ces fibres présentent parfois d'autres caractères que chez l'homme : c'est ainsi que, chez le lapin, je trouve à leur place de forts faisceaux de tissu conjonctif avec des cellules plasmatiques ou éléments du tissu élastique embryonnaire; ces faisceaux naissent en pointe de la membrane de Descemet, et vont, en s'élargissant, se perdre sur la portion périphérique de l'iris ; chez les oiseaux, au contraire, on trouve là du tissu élastique très évident.
Vépithélium de la membrane de Demours (fig. 30£i, e), souvent altéré chez l'homme, consiste en une simple couche de très belles cellules polygonales, de 0""n,01/i à 0""",02 de largeur, renfermant une substance pâle et très finement granulée, avec un noyau arrondi, de 0""",007 à 0,01 de diamètre. Cet épithélium, dont l'épaisseur est de 0"'m,005 à 0""",007, présente des cellules plus petites vers la circonférence de la cornée, et se termine ensuite par une couche continue. Mais des séries de cellules epitheliales, en général allongées ou même fusiformes, se prolongent sur le réseau fibreux du ligament pectiné, dont elles enveloppent les éléments, puis sur le bord de l'iris, où la couche épithéliale redevient complète.
Chez l'adulte, la cornée est presque entièrement dépourvue de vaisseaux; chez l'embryon, au contraire, J. Mülleret Henle {De Membr. pupill.,p. t\U) ont observé les premiers, dans la conjonctive cornéenne de l'homme et du mouton, un riche réseau vasculaire qui paraît cependant ne pas s'étendre jusqu'au centre de la membrane. Vers la fin de la vie fœtale et après la naissance, ce réseau s'atrophie, plus complètement chez l'homme que chez les animaux; de sorte que chez les premiers on ne trouve plus sur le bord de la cornée qu'une zone de 1 ou 2 millimètres de largeur dans laquelle existent des vaisseaux sanguins. Ce sont, en général, des capillaires très
Fig. 306.