TISSU CARTILAGINEUX
double presque partout, à sa face externe, d'une seconde couche, qui a les mêmes relations avec elle que la membrane de cellulose des cellules végétales avec leur utricule primordiale. 11 faut donc distinguer deux parties dans les cellules de cartilage : 1° la cellule proprement dite, ou Y utricule primordiale (le corpuscule du cartilage des auteurs), cellule à parois extrêmement minces, à contenu tantôt transparent et fluide, tantôt ferme et opaque, avec un noyau ; et 2° la membrane externe et secondaire, ou la capsule de cartilage (cavité de cartilage des auteurs), couche dure, transparente ou jaunâtre, formée par une sécrétion de l'utricule primordiale, Fig, 20.
qui enveloppe étroitement la cellule interne, et qui peut prendre une apparence stratifiée et une épaisseur considérable, de nouveaux produits de sécrétion s'apposant toujours à sa face interne Sous l'influence de plusieurs réactifs, même sous celle de l'eau, le contenu de la cellule délicate du cartilage se coagule, et ratatine cette membrane de manière à produire un intervalle entre elle et la capsule cle cartilage (fig. 16, 1 et 2), et à prendre l'aspect d'un corpuscule foncé, un peu dentelé, sans noyau distinct, corpuscule dont la signification n'est pas facile à déterminer, — Très souvent il se fait dans les cellules de cartilage une multiplication des cellules dont le premier phénomène paraît être une division de l'utricule primordiale dans l'intérieur de la capsule de cartilage. Autour des cellules filles se forment ensuite de nouvelles capsules de cartilage, pendant que les capsules des cellules mères se confondent peu à peu avec la substance intermédiaire; celle-ci doit donc être rattachée aux cellules, au moins en partie. La substance intermédiaire est homogène, ou finement granulée, ou fibreuse, même avec des fibres distinctes et isolables.
Les caractères chimiques du tissu cartilagineux sont en partie encore peu connus. Ce qui est certain, c'est que les cellules et la substance fondamen taie ne sont pas faites de la même matière. Les membranes des cellules de cartilage proprement dites ne se dissolvent pas par la coction, et résistent longtemps aux alcalis et aux acides , caractères qui les éloignent des substances donnant de la gélatine, en les rapprochant, au contraire, des éléments élastiques. Mais les capsules de cartilage, ou membranes secondaires des cellules de cartilage, semblent se convertir peu à peu en une substance qui se réduit en gélatine; c'est ce qu'on peut conclure des modifications que la coction leur fait éprouver, et du fait spécial de la dissolution des
Fig. 20. — Trois cellules de cartilage de l'homme, grossies 350 fois.
1. Cellule de cartilage de l'épiglotte, facile à isoler, avec une utricule primordiale un peu ratatinée.
2. Cellule de capsule d'un cartilage articulaire, avec une utricule primordiale fortement ratatinée.
3. Cellule d'un cartilage d'ossification, avec utricule primordiale non altérée. Les deux dernières cellules ont une capsule de cartilage très mince: la première, une capsule épaisse, a, capsule de cartilage; b, utricule primordiale, avec contenu de cellule et noyau. Celui-ci est caché dans la cellule 2. .
capsules des cellules mères, confondues dans la substance fondamentale. Le contenu des cellules se coagule dans l'eau et dans les acides végétaux étendus, et se dissout facilement dans les alcalis. La substance fondamentale de la plupart des cartilages est formée de chondrine ; dans les cartilages réticulés seulement , c'est une matière qui se rapproche beaucoup de la substance du tissu élastique. Il s'ensuit que les cartilages composés uniquement de cellules de cartilage et les cartilages réticulés ne donnent, par la coction dans l'eau , que peu ou point de gélatine, et que la présence de celle-ci n'est point un caractère du tissu cartilagineux.
Sous le rapport physiologique , nous devons mentionner surtout la dureté et r élasticité des cartilages, propriétés qui donnent au cartilage plusieurs genres d'utilité. Dans les cartilages en voie de croissance, le mouvement moléculaire est très énergique; ils contiennent alors constamment, en certains points, dans des canalicules cartilagineux particuliers, de nombreux vaisseaux sanguins, voire même des nerfs, comme je l'ai démontré sur la cloison des narines du veau.
Les cartilages se développent aux dépens des masses celluleuses primitives de l'embryon ; les cellules de ces masses se transforment en cellules de cartilage, pendant qu'une substance intermédiaire, qu'on peut faire dériver d'une exsudation de principes constituants du sang, s'interpose entre elles dans la plupart des régions. L'accroissement du cartilage a lieu tantôt par multiplication endogène des cellules, phénomène dont les traces sont toujours facilement reconnaissables, même sur des cartilages complètement développés; tantôt par dépôt d'une substance intermédiaire provenant du plasma du sang, entre les cellules de cartilage, qui sont, au début, les seuls éléments du cartilage. Cette substance , d'après les recherches de Schwann, ne donne pas d'abord de chondrine, même dans les vrais cartilages; plus tard elle augmente de plus en plus en quantité. On n'a jamais constaté avec certitude un mode d'accroissement des cartilages par apposition de nouvelles couches cartilagineuses à la face externe du cartilage complètement développé, comme l'admet Gerlach. Dans le cartilage complet, en tout cas, le mouvement moléculaire est peu énergique et manque d'agents particuliers, abstraction faite des vaisseaux du périchondre qui revêt beaucoup de cartilages , et de ceux de l'os voisin. 11 faut excepter les cartilages de quelques mammifères (cloison des narines) et des plagiostomes ; dans ces derniers , d'après Leydig, il y a, même chez les vieux animaux , soit des canaux vasculaires (raie) , soit des cellules de cartilage fusiformes ou étoilées, anastomosées (requin, chimère, esturgeon). Dans un âge avancé, la substance fondamentale de certains cartilages vrais a de la tendance à devenir fibreuse et à se rapprocher beaucoup , par ses caractères chimiques, de celle des cartilages réticulés. Rapprochez de ce fait celui delà transition graduelle qui existe en certains endroits (surtout dans le cartilage aryténoïde des mammifères) entre le cartilage vrai et le cartilage réticulé , et vous aurez la preuve que ces deux variétés de cartilage ne sont pas séparées l'une de Vautre par des limites précises. De plus, il n'est pas rare de voir les vrais cartilages s'ossifier
Fig. 21.