‹ Éléments d'histologie humaine [electronic resource]Chapitre 60 sur 247 · ACCROISSEMENT DE L'ONGLE · texte numérisé non relu

ACCROISSEMENT DE L'ONGLE

que les deux substances laissent, après l'incinération, une quantité égale de cendres (1 p. 100), ainsi que le dit Mùlder (Phys., Chimie, p. 536).

Quant à la structure lamellaire de l'ongle, il faut l'envisager à peu près de la même manière que celle de la couche cornée de lepiderme ; elle est seulement moins distincte, puisque les écailles de l'ongle sont bien plus intimement unies entre elles que les éléments de l'épidémie ; mais cette structure, qui ne se voit bien que sur certains ongles épaissis et recourbés par la maladie, devient toujours très nette sous l'influence des réactifs.

§ 55. AccroïssemeBBt de l'ongle. — Les ongles croissent indéfiniment lorsqu'on les coupe de temps en temps; dans le cas contraire, leur accroissement est limité. C'est ce qui se voit dans les maladies qui exigent un long séjour au lit et chez les peuplades de l'Asie orientale, dont les ongles atteignent une longueur d'un pouce et demi à deux pouces (de deux pouces chez les Chinois, d'après Hamilton), et se recourbent autour des extrémités des doigts et des orteils.

Pendant que l'ongle grandit, la couche muqueuse ne change pas de place ; la couche cornée, au contraire, est sans cesse poussée d'arrière en avant par un mécanisme facile à comprendre. Les éléments de cette couche résultent de la transformation en corne des cellules de la couche muqueuse; or, cette transformation a lieu sur tous les points où les deux couches sont en contact : en d'autres termes, sur toute la face inférieure de l'ongle, à l'exception de son bord antérieur ou libre ; dans beauco up d 'ongles, sur une petite port ion de la face supérieure de la racine ; enfin, le long du bord postérieur de cette dernière. Mais ce sont les diverses parties de la racine qui croissent le plus rapidement ; le corps de l'ongle se forme bien plus lentement. La preuve qu'il en est ainsi, c'est que l'ongle n'est guère plus mince au niveau de la limite entre la racine et le corps que dans le corps lui-même, et que la métamorphose des cellules de Malpigl.n en lamelles onguéales, facile à démontrer sur la racine, est, au contraire, difficile à voir sur le corps de l'ongle, où elle a même été niée complètement par Reichert; mais je suis loin de partager l'avis de cet auteur (voy. Mikr. Anat., p. 90, 91), Par suite de ce développement incessant de nouvelles cellules au niveau du bord de la racine, et aussi à sa face inférieure, comme je l'admets avec Reichert, l'ongle croît donc vers un plan antérieur ; tandis qu'il s'épaissit parce que des cellules se juxtaposent à sa face inférieure. L'accroissement en longueur l'emporte de beaucoup sur celui en épaisseur, d'abord parce que ies cellules, arrondies dans le principe, s'aplatissent et s'allongent en même temps qu'elles cheminent d'arrière en avant et de bas en haut ; et ensuite parce que la production de cellules est beaucoup plus active à la racine qu'au corps. Les lamelles de l'ongle, une fois formées, sont poussées en avant et en haut, et deviennent de plus en plus plates et dures, sans perdre néanmoins leurs noyaux. Ces changements sont les seuls que subissent les éléments de la Couche cornée de l'ongle, éléments dont les caractères an atomiques et physiologiques sont, en général, les mêmes que ceux des poils à l'état de développement complet, et que ceux de la couche cornée de l'épiderme.

Pour ce qui est des divers étal$ pathologiques de l'ongle, je ferai remarquer ce qui suit : Les ongles se régénèrent facilement , lorsque leur chute a été provoquée par un écrasement , une brûlure , la congélation , par certaines maladies de la peau ( scarlatine , par exemple ) , ou quand elle a eu lieu à la suite d'inflammations, d'exsudations ou d'épanchements sanguins du lit de l'ongle. 11 est des cas où l'ongle se renouvelle ainsi d'une manière périodique, comme dans le fait de Pechlin ; il s'agit d'un garçon qui perdait ses ongles chaque année, en automne ; ils devenaient d'abord d'un noir bleuâtre , tombaient en même temps que l'épi— derme, et repoussaient ensuite. Lauth et Hyrtl soutiennent que, dans ces circonstances , tout le lit de l'ongle se recouvre de lamelles cornées très molles, qui durcissent peu à peu pour former un ongle véritable, dont le bord libre finit par déborder l'extrémité digitale. Lorsque toute la phalange onguéale a été enlevée , il n'est pas très rare de rencontrer un ongle rudimentaire sur la seconde phalange ; on a môme vu se produire une apparence d'ongle sur la première phalange, après l'ablation des deux autres. — Comme la formation de la substance onguéale dépend des vaisseaux du lit de l'ongle, on peut admettre avec Henle que, lorsque ces derniers subissent des modifications fréquentes, il en résulte que l'ongle croît irrégulièrement, qu'il s'épaissit ou s'amincit par place, ou même qu'il cesse de se développer ; c'est ainsi qu'il faudrait expliquer la déformation des ongles dans la cyanose et dans la phthisie. Mais, d'après mes observations, ces altérations dépendent très souvent d'oblitérations partielles des capillaires du lit de l'ongle (voy. Mikr. Anal., II, 1, p, 93). Après avoir coupé le nerf sciatique sur des lapins, Steinrück a observé la chute des poils et des ongles, fait qui trouve son explication dans l'action des nerfs sur les vaisseaux. Enfin, l'état du derme sous-unguéal exerce aussi une certaine influence sur la production de l'ongle : c'est ce qui explique pourquoi, après une inflammation suivie de cicatrisation de la rainure onguéale, l'ongle cesse de croître par son bord postérieur, pourquoi , dans ce cas , il ne grandit plus en avant, et pourquoi il se borne à couvrir le lit de l'ongle, sans jamais le dépasser en aucun point.

§ 56. Développement de l'ongle. — C'est au troisième mois de la vie intra-utérine que commence le développement de l'ongle ; à cette époque, le lit de l'ongle et la rainure onguéale se distinguent du reste du derme par suite d'une hypertrophie locale de ce dernier, d'où résulte le pli sus-onguéal. Au début, le lit de l'ongle est recouvert de cellules analogues à celles qui forment l'épiderme dans les autres régions (voy. § hU)\ mais dès le troisième mois, les cellules de la couche de Malpighi se font remarquer par leur forme allongée et polygonale (longueur, 0mra,009; largeur, 0n"",002 à 0""",003); la couche cornée se montre alors sous l'apparence d'une simple couche de cellules polygonales, à noyau très évident; entre elle et le corps muqueux apparaît, au quatrième mois, une couche simple de cellules pâles, aplaties, mais néanmoins polygonales, et contenant également un noyau ; elles ont un diamètre de 0m"',020 et adhèrent intimement ensemble : ce sont elles qu'on doit regarder comme la première trace de la véritable substance onguéale. En même temps, la couche de Malpighi placée au-dessous d'elle s'épaissit de manière à être constituée au moins par deux couches de cellules ; d'où il suit qu'au début l'ongle est complètement enveloppé par l'épiderme et qu'il se développe sur le lit de V ongle tout entier, sous la forme d'une lamelle quadrilatère située entre la couche muqueuse et la couche cornée, et résultant, sans aucun doute, d'une métamorphose des cellules de la première ; les

DÉVELOPPEMENT DE l'üNGLE. 143

faibles dimensions des cellules primitives de l'ongle plaident en laveur de ce mode de développement. Plus tard, l'ongle gagne en épaisseur par l'addition de nouvelles cellules à sa face inférieure ; son épaisseur est do 0,n,n, 054 au cinquième mois, de 0""", 090 au sixième, époque à laquelle la substance de l'ongle proprement dit mesure 0""",055 ; il s'étend et gagne eu surface parce que ses éléments grandissent, et que de nouvelles cellules s'apposent à ses bords ; mais jusqu'à la fin du sixième mois il reste toujours caché sous la couche cornée de l'épiderme ; dans le courant du septième mois, enfin, il se dégage et commence à croître en longueur ; alors, à part sa mollesse et la petitesse de ses dimensions , il ne diffère plus en rien de l'ongle complètement développé. — Quant au lit de l'ongle, ses crêtes commencent à poindre vers la fin du quatrième mois ; au cinquième mois , elles sont déjà très nettes et mesurent 0""",045 à ()"'m,055 de hauteur, 0""",009 à

()'""!, 011 de largeur; l'intervalle qui les sépare est de 0""", 01 8 à 0 ,031,

chiffre qui marque, par conséquent, la largeur des lames du corps muqueux. Au sixième mois, ces lames sont encore un peu plus grandes et un peu plus écartées les unes des autres.

Chez le nouveau-né, l'épaisseur totale du corps de l'ongle est de 0""",6 à 0,nm,8, sur lesquels 0mm,36 reviennent à l'ongle proprement dit, et 0""",30 à 0mm,37 à la couche de Malpighi ; ses éléments sont encore à peu près ce qu'ils étaient au sixième mois, et on les voit encore assez nettement en l'absence de tout réactif, sous forme de lamelles polygonales contenant un noyau et mesurant 0mm,,045 à 0""",063; ces faits ont déjà été observés en partie par Schwann. Chose digne de remarque! sur tous les ongles le bord libre dépasse considérablement l'extrémité des doigts et se trouve notablement plus mince et plus étroit que le reste de l'ongle, dont il est séparé par une ligne semi-lunaire ; ce bord est arrondi, large quelquefois de 4 millimètres, et évidemment constitué par l'ongle d'une époque antérieure qui a été poussé en avant par suite des progrès du développement. En fait, cette portion libre représente assez bien, par ses dimensions, un ongle au sixième mois de la vie fœtale.

Peu après la naissance, ce bord libre si^ considérable tombe au moins une fois, plusieurs fois suivant Weber, probablement par suite d'une action mécanique extérieure à laquelle son peu d'épaisseur ne lui permet pas de résister. Mes observations m'ont montré qu'au sixième ou au septième mois après la naissance , l'ongle du nouveau-né est remplacé complètement par un ongle nouveau; à l'âge de deux ou trois ans, les lamelles de l'ongle ne diffèrent nullement de celles de l'adulte, d'où il ressort que l'ongle, de même que l'épiderme, s'accroît et s'épaissit plutôt par la juxtaposition d'éléments nouveaux à ses bords et à sa face inférieure, que par le grossissement des éléments existants.

Pour étudier les cellules et les lamelles de l'ongle, on se servira de préférence de tranches fines d'un ongle frais, traité ou non par des réactifs. Parmi ces derniers, les plus utiles sont la soude et l'acide sulfurique, dont l'effet est de gonfler les lamelles

1/^ Histologie spéciale.

onguéales. Si l'on veut examiner les rapports des diverses parties de l'ongle entre elles et avec 1 epiderme, l'ongle sera séparé du derme par la macération ou par la coction dans l'eau; on verra alors qu'il s'enlève avec 1 epiderme, et des coupes transversales et longitudinales permettront de déterminer les rapports de ces deux parties ; la même préparation servira à faire voir très nettement le lit de l'ongle, ses lames et ses crêtes, la rainure unguéale, ainsi que les lames de la couche de Malpighi. Comme sur un ongle ainsi détaché il serait difficile de faire des coupes très fines à travers les parties les plus importantes, c'est-à-dire les bords et la racine, il sera nécessaire d'avoir sous la main des ongles frais et des ongles enlevés avec le derme et desséchés ; ces derniers pourront servir à éclaircir tous les détails de structure, car on peut en détacher des portions qui se gonflent très facilement dans l'eau, et qui , traitées par l'acide acétique et la soude, montrent très nettement la structure des diverses couches.

Bibliographie des ongles. — A. Lauth, Sur la disposition des ongles et des poils, Mém. de la Soc. d'hist. nat. de Strasbourg, 1 830-3 4. — Gurlt, lieber die hornigen

Gebilde des Menschen und der Haussaügelhiere. Midi. Ar ch. , 1836, p. 262. — Reichert, dans Müll. Ar ch., 1 8 41, 1 851 et 1852 Jahresbericht. — 0. Kohlrausch, Recension von Benies allgem. Anatomie, dans Göttinger Anzeigen, 1843, p. 24. — Hainey, On the structure and formation of the nails of the fingers and toes, dans

Transact. of the microsc. society, mars 1 849. — Berthold., Beobachtungen über das quantitative Verhällniss der Nagel-und Haarbildung beim Metischen, dans Müll. Arch-,

l 850. — R. Wagner, dans Müll. Arch., 1852, p. 500, pl. XIII, fig. 1 .

SECTION III

Page 1