STRUCTURE DE L'ONGLE
te lit de l'ongle, sont ici pourvus de petites dépressions servant à loger les papilles. De cette pénétration réciproque des éminences et dépressions de l'ongle et du derme sous-onguéal résulte une adhérence intime de ces parties entre elles, adhérence qui devient plus solide encore parce que la face inférieure du pli sus-onguéal s'applique sur les bords du corps de l'ongle et sur sa racine.
Tant que l'ongle occupe sa position normale, il est blanc et transparent dans sa partie libre, rougeâtre au niveau de son corps, à l'exception d'un petit liséré blanc situé immédiatement derrière le commencement du bord libre, et blanchâtre sur la lunule ; ces deux dernières colorations sont dues, en grande partie, au derme et à ses vaisseaux sanguins qu'on voit par transparence. Séparé de l'épiderme et du derme, l'ongle est assez régulièrement blanchâtre et translucide dans toutes ses parties; toutefois, la racine est un peu plus blanche que le corps.
§ 53. structure de l'ongle. — La partie la plus profonde de l'ongle est constituée par une couche muqueuse molle et blanchâtre, séparée de la couche cornée ou de l'ongle proprement dit par une limite encore plus nette que celle qui existe entre les deux couches de l'épiderme ordinaire. Cette couche muqueuse recouvre toute la face inférieure de la racine et du corps de l'ongle, quelquefois aussi une petite portion de la face supérieure de la racine ; les lames que nous avons décrites plus haut sur la face inférieure de l'ongle, en sont une dépendance. Elle a une épaisseur de 0mm,27 sur la face inférieure de la racine, tout en arrière ; de 0""",31 sur sa face supérieure ; de 0mm,54 à 0mm60 , à la partie antérieure delà racine; de ()""", 09 à 0'"m,ll, sous le corps de l'ongle, au niveau des lames, en arrière et sur ses bords; de ümm,lZi. ou 0min,18 à 0lum,21, à son milieu ; et de 0lllm,07 à 0mn,,09 entre les lames.
La couche muqueuse de l'ongle est composée, dans toute son épais seur, de cellules à noyau, de même que celle de l'épiderme, dont elle ne diffère, du reste, que parce qu'elle renferme, dans sa partie profonde, plusieurs couches de cel-
Fig. 63. — Section transversale à travers le corps de l'ongle, grossie 350 fois. A, derme du lit de l'ongle. B, couche muqueuse de l'ongle. C, sa couche cornée ou substance de l'ongle proprement dit: a, lames du lit de l'ongle ; b, lames du corps de Malpighi; c, crêtes de la substance onguéale proprement dite; d, cellules verticales et profondes de la couche muqueuse de l'ongle; c, cellules superficielles et aplaties; f, noyaux de la substance onguéale proprement dite.
Iules allongées, placées verticalement, ayant 0m"\09 à ()""", 015 de hauteur; ce sont ces cellules qui lui donnent une certaine apparence fibreuse, et qui ont conduit Günther à admettre l'existence de glandes particulières au-dessous de l'ongle. D'après Béclard, la couche muqueuse de l'ongle du nègre est noire (Anat. gériév., p. 359), et suivant Krause , ses cellules verticales contiennent des noyaux d'une couleur brun foncé chez les nègres, d'un jaune brunâtre chez les Européens bruns. Hassall (p. 252) assure que les jeunes cellules de l'ongle, c'est-à-dire celles de la couche muqueuse, contiennent généralement du pigment; c'est aussi ce que j'ai vu, au moins dans quelques cas isolés. Les cellules superficielles de la portion de couche muqueuse recouverte par le corps de l'ongle sont considérées par Reichert, je ne sais trop pourquoi , comme la couche cornée de l'épiderme , qui se réfléchirait d'avant en arrière en passant au-dessous de l'ongle ; mais les cellules en question contiennent toutes des noyaux, et sont conformées tout à fait comme les cellules du reste de la couche muqueuse. Dans certains cas, cependant, il arrive que des groupes arrondis de cellules de la couche muqueuse sous onguéale se transforment en lamelles cornées (Arnmon) qui peuvent même être situées dans l'épaisseur du derme (Virchow) ; c'est ce qui a conduit à admettre des follicules particuliers existant au-dessous du lit de l'ongle (Rainey).
La couche cornée de l'ongle, substance onguéale proprement dite (fig. CO f ; (52 k, l, m; 63 e) est cette partie dure et rigide qui forme le bord libre et la portion superficielle de l'ongle; la face inférieure de cette couche est plane dans sa partie la plus reculée, près de la racine; plus en avant, elle offre de petites crêtes aiguës que séparent de larges sillons, et qui pénètrent dans les sillons de la couche muqueuse de l'ongle; sur des coupes transversales, ces crêtes de la substance onguéale se voient ( fig. 60 et 63) sous l'apparence de dents aiguës, ayant 0""n,022 à 0mm,0/i5 de largeur ; c'est près des bords de l'ongle qu'elles sont le plus développées, en général ; elles y atteignent jusqu'à 0nim,09 à 0""",1A, et leur nombre répond exactement à celui des lamelles de la face inférieure du corps de Malpighi. Vue dans son ensemble, la face supérieure de la substance onguéale est plane ; mais là encore se présentent des stries longitudinales et parallèles, souvent très distinctes, ou bien de petites crêtes, dernières traces fort légères des inégalités du lit de l'ongle.
V épaisseur du corps de l'ongle augmente, en général, d'arrière en avant, de manière que la partie antérieure du corps de l'ongle est au moins trois fois plus épaisse que la racine ; elle diminue ensuite un peu vers le bord libre (0""",67 à 0""",9). Des sections transversales de l'ongle n'offrent pas non plus une épaisseur uniforme, si ce n'est au bord postérieur de la racine ; l'ongle s'amincit considérablement sur les côtés, si bien que la portion contenue dans la rainure n'a plus que 0""", 14 à()'""\27, et se termine parmi bord tranchant.
Quant à la structure de la substance onguéale proprement dite , elle est difficile a reconnaître si l'on n'emploie aucun réactif; sur des coupes ver-
RAPPORTS DE L'ONGLE AVEC i/ÉPIDERME. 139
ticales, principalement sur celles du corps de l'ongle, on ne voit que des lignes fines, serrées, droites ou courbes, dirigées horizontalement, et qu'on a de la tendance à regarder comme produites par des lamelles minces, placées les unes au-dessus des autres ; entre ces lignes il y a un grand nombre de corpuscules allongés, horizontaux et opaques, ou plutôt rougcâtres par transparence ; ce sont évidemment des noyaux. Ce n'est quo dans la partie la plus reculée de la racine, et à la face inférieure, près du réseau de Malpighi, que se montrent plus ou moins distinctement des cellules à noyaux aplaties, disposées par couches. Les sections horizontales sont encore moins instructives que les sections verticales ; elles ne font voir qu'une substance pâle, translucide, granulée ça et là, généralement sans trace de structure, et offrant quelquefois une vague apparence de lamelles analogues à celles de la couche cornée de l'épidémie. L'aspect devient tout autre sous l'influence des alcalis et des acides minéraux; lorsqu'on fait bouillir l'ongle, pendant quelques instants, dans la potasse caustique, ou quand on humecte avec ce réactif une tranche fine de l'ongle, toutes les lamelles se montrent formées de cellules à noyau ; celles des couches profondes, de cellules assez rondes; celles de la superficie, de cellules aplaties, De ces faits, et de ceux que montre l'examen de l'ongle intact, il résulte que la couche cornée se compose de lamelles unies solidement entre elles et n'offrant aucune limite distincte; que chaque lamelle est formée d'une ou de plusieurs couches de squames ou écailles aplaties, polygonales, munies de noyaux; enfin que ces squames, abstraction faite des noyaux, ressemblent assez bien à celles de la couche cornée de lepiderme, et sont un peu plus épaisses et moins larges dans les couches inférieures que dans les couches supérieures. Comme diamètre moyen de ces écailles, on peut admettre 0""",027 à 0,nm,036; c'est celui qu'elles présentent lorsqu'elles ont été traitées par l'acide sulfurique , qui , du reste , les altère très peu , ou quand la potasse ou la soude commencent à agir sur elles.
§ 56. Rapports de l'ongle avec l'épiderme. — Avant tout, je prierai le lecteur de se reporter aux sections verticales et transversales représentées par les figures 60 et 62. On y voit que l'épiderme s'applique sur la racine, sur la portion postérieure du corps, et sur les bords de l'ongle, et qu'il
Fig. 64.
Fig. 64. — Lamelles d'un ongle qu'on a fait bouillir dans la soude; grossies 350 fois. A, lamelles vues de profil. B, vues de face : a, membrane des éléments de l'ongle gonflés ; b, noyaux vus de face; c, id. de profd.
IAO HISTOLOGIE SPÉCIALE v
arrive aussi au contact de l'ongle sous le bord libre et à la partie antérieure de ce dernier. Les connexions entre l'ongle et l'épidémie sont les suivantes: la couche muqueuse de l'épiderme se continue directement avec celle de l'ongle, sans qu'on puisse trouver une ligne de démarcation entre les deux ; la couche cornée, au contraire, ne se trouve nulle part en continuité directe avec la substance de l'ongle proprement dit ; bien plus, on voit ses lamelles s'appliquer tantôt parallèlement à celles de l'ongle, et tantôt former avec elles un angle plus ou moins aigu. Sur la racine de l'ongle, la couche cornée pénètre plus ou moins profondément dans la rainure onguéale; elle s'avance aussi sur la face supérieure ou libre de l'ongle, jusque vers la limite antérieure de la lunule ou le commencement du corps de l'ongle, sous forme d'une couche mince qui devient excessivement fine en avant. Dans ses parties antérieure et postérieure, cette couche se compose ass^z souvent de cellules disposées parallèlement à la face supérieure de l'ongle; en arrière, il n'est pas rare de la voir atteindre le bord postérieur de la racine; à la partie moyenne, au contraire, les cellules sont plus volumineuses (fig. 62 i) et placées obliquement ou perpendiculairement par rapport à la surface de l'ongle. Les mêmes relations existent au niveau du bord libre de l'ongle; la couche cornée atteint l'extrémité antérieure de la face inférieure du corps de l'ongle, où ses lamelles sont disposées tantôt verticalement et tantôt obliquement ; elle paraît se prolonger aussi sur le commencement du bord libre. Sur les côtés, enfin, la couche cornée , composée de lamelles horizontales, passe au-dessous de l'ongle à la partie antérieure, tandis que plus en arrière elle se comporte comme sur la racine, ou bien arrive simplement jusqu'au bord de l'ongle. Ainsi, la couche cornée forme à l'ongle une espèce de gaine qui rappelle en quelque sorte celle des cheveux, mais qui est beaucoup plus incomplète que cette dernière.
Si nous comparons l'ongle avec l'épiderme, nous ne trouverons aucune différence importante dans la structure de leurs couches muqueuses ; la couche cornée de l'ongle, au contraire, se distingue de celle de l'épiderme par des cellules à noyau plus dures, plus aplaties, plus intimement unies entre elles et jouissant d'ailleurs de propriétés chimiques différentes. Quoi qu'il en soit, l'analogie entre l'ongle et l'épiderme est si grande, même dans leurs couches cornées, qu'on peut considérer parfaitement l'ongle, ainsi qu'on l'a fait depuis longtemps, comme une modification de la couche cornée de la dernière phalange des doigts et des orteils.
Les recherches de Scherer et de Mulder ont montré une grande analogie chimique entre les ongles et l'épiderme. Mulder a trouvé que les premiers renferment une plus grande proportion de soufre et de carbonates ; dans son dernier écrit, il regarde la substance de l'ongle comme de la protéine combinée à 6 ou 8 pour «I 00 de sulfamide. Cette composition s'accorde avec les réactions mentionnées ci-dessus, et qui sont presque les mêmes que celles des lamelles cornées ; la seule différence, c'est que les lamelles de l'ongle sont attaquées plus difficilement par les réactifs et qu'elles contiennent, des noyaux. D'après Lauth, l'ongle renfermerait une proportion plus forte de phosphate calcaire, sel auquel il devrait sa dureté; cela peut être vrai, bien