‹ Éléments d'histologie humaine [electronic resource]Chapitre 9 sur 247 · FORMATION LIBRE DES CELLULES · texte numérisé non relu

FORMATION LIBRE DES CELLULES

bien le nucléole apparaît-il seulement d'une manière supplémentaire dans le noyau? Le noyau est-il homogène dans le commencement , et n'est-ce qu'en second lieu qu'une différence s'établit entre ses parties extérieures et intérieures, c'est-à-dire entre la membrane et son contenu granulé, ou bien naît-il dès le principe à l'état de vésicule? ïl est provisoirement impossible de décider ces diverses questions.

Lorsque les noyaux sont formés, les membranes de cellules apparaissent autour d'eux. Ce phénomène ne s'accomplit pas toujours de la môme manière. Tantôt la membrane se dispose directement autour du noyau, de telle sorte que les cellules naissantes sont seulement un peu plus grandes que le noyau ; tantôt le noyau s'entoure d'une masse plus ou moins grande de cytoblastème qui se solidifie, et alors seulement une membrane vient enserrer ce cumulus que j'ai désigné sous le nom de sphère enveloppante ( Umhi'dlungs Kugel). Ce dernier mode de formation libre des cellules n'a été observé avec certitude , jusqu'à présent , que dans l'œuf de quelques animaux (trématodes, cestoïdes, turbellaires). Chez eux, en effet, la vésicule germinative, c'est-à-dire le noyau de l'œuf, s'entoure de la substance vitelline avant que la membrane vitelline elle-même apparaisse. La formation de la cellule immédiatement autour du noyau se montre au contraire dans tous les autres points cités plus haut, et elle se laisse clairement reconnaître ; car partout, auprès des noyaux libres et des cellules développées, on rencontre des cellules très petites qui entourent étroitement le noyau , ou dont l'enveloppe n'en est que très peu éloignée. Il faut, en outre, remarquer encore que, peut-être même dans ce dernier cas, la membrane de cellule se trouve, au moment de son apparition, séparée déjà du noyau par une quantité minime de cytoblastème , quantité qui se trouve en dehors des limites de l'observation possible.

Tandis que Schwann considérait (en opposition directe avec ce qui a lieu dans les plantes) la formation libre des cellules comme la plus fréquente chez les animaux, et leur multiplication aux dépens d'autres cellules comme l'exception, des voix, chaque jour plus nombreuses, se sont élevées dans ces derniers temps pour soutenir que, sous ce rapport, il y a concordance entre les animaux et les plantes. En ce qui me concerne, j'ai montré depuis longtemps déjà [Entwickel. der Cephalop., 1 844, Ann. des se. nat., I 846), que chez l'embryon tous les tissusse construisentpar la descendance des sphères de segmentation, et aussi que chez les adultes, dans les tissus de cellules les plus répandus, tels que les cartilages et les tissus cornés, jamais il n'apparaît de noyaux libres, et que dès lors on ne peut invoquer quune multiplication de cellules aux dépens d'autres cellules (voyez mon Anatomie microscopique) : aussi me suis-je trouvé conduit, dans la première édition de cet ouvrage, à restreindre beaucoup la formation libre des cellules. Dans ces derniers temps, Remak a même nié absolument la formation libre des cellules {Müller s Archiv, 1852); en même temps l'anatomie pathologique a élevé la voix par l'intermédiaire de ses interprètes les plus habiles (voyez Virchow, dans Beilr. zurspec. Path. and Therapie, \ 854, p. 329), pour limiter extrêmement ce mode de formation, et même elle incline à la nier tout à fait, de sorte qu'il est prudent de montrer dans cette question une grande circonspection. Je ne puis cependant, malgré ces travaux, rejeter la formation libre des cellules, et je la considère de nouveau comme une de ces questions, dont un si Grand nombre a reparu

de nos jours à la surface, avec lesquelles on doit se tenir en garde, et qu'il faut remettre sur le métier. Les plantes et les animaux, à la vérité, ne sont pas constitués si uniformément que nous soyons contraints en aucune manière , tout au moins sous ce rapport, à établir une concordance parfaite dans la structure et le développement de leurs parties élémentaires. C'est un des caractères les plus importants des animaux, que chez eux on aperçoit sur un grand nombre de points des espaces intercellulaires (lumière des vaisseaux, canaux des glandes, etc.) contenant des liquides, et dès lors rien ne s'oppose certainement, à priori, à ce qu'il survienne dans de semblables espaces des formations de tissu qui manquent dans les plantes. D'après mes observations, j'admets une formation spontanée de cellules partout où apparaissent des noyaux libres et de petites formations de cellules se convertissant en cellules plus grandes, et partout où les cellules à plusieurs noyaux et les signes certains de leur multiplication les unes parles autres manquent ou sont rares. Cependant j'avoue volontiers que, dans beaucoup de cas, de nouvelles observations sont nécessaires pour établir solidement ce point de doctrine. La formation de l'œuf de beaucoup d'animaux me paraît être l'une des preuves les plus certaines du développement spontané des cellules ; j'y joindrai la formation des cellules dans le corpus luteum et dans le développement de la moelle des os (voyez les os). — Dans les productions pathologiques, d'après Yirchow, les cellules qui apparaissent dans les exsudations solides fibrineuses ne pourraient être rattachées à d'autres cellules préexistantes. Je suis porté à étendre cette opinion àbeaucoup d'autres formations pathologiques de cellules; mais je reconnais néanmoins que, d'après la découverte de Yirchow de la formation de cellules dans les corpuscules amplifiés du tissu cellulaire, beaucoup de faits s'expliquent ici encore, contre toute attente, sans] qu'il soit nécessaire d'invoquer une formation spontanée de cellules.

§11. Multiplication des cellules par scission. — Ce mode de multiplication est beaucoup plus répandu qu'on ne l'a supposé jusqu'à présent. Très probablement l'accroissement tout entier des tissus de cellules, aussi bien chez l'adulte que chez l'embryon, se fait (à l'exception des cartilages) uniquement et exclusivement par scission de cellules. Ce phénomène peut être facilement observé dans les cellules suspendues librement au sein des liquides, comme par exemple dans les globules colorés ou incolores du ~ sang des mammifères , des oiseaux et des am- §1 phibies. On voit, en effet, avant toute appa- | ronce de scission, deux noyaux se former dans là les cellules simples et originaires aux dépens |l desquelles vont naître les cellules nouvelles. Les cellules originaires s'allongent , puis elles s'étranglent vers leur partie moyenne ; chaque moitié contenant un noyau s'éloigne et s'isole de plus en plus; la séparation en deux s'effectue enfin, et chaque moitié devenue indépendante contient son noyau. Sur l'embryon du poulet on peut observer les cellules du sang dans toutes les phases imaginables de cette séparation, et jusqu'au moment enfin où ces cellules ne tiennent plus l'une à l'autre que par un filament délié (voyez fig. 3). Les plus légers doutes ne peuvent subsister sur la réalité de ce mode de multiplication des cellules.

Fig. 3. — Globules du sang d'un embryon de poulet au moment de la seissiou. Grossissement de 350 diamètres.

Page 1