Eléments d'hygiène
Nous voici arrivé aux fonctions les plus nobles de l'être humain , à celles qui par leur but> leur ensemble , leur développement et leur activité, le distinguent essentiellement des animaux et font de lui une espèce à part dans la création.
Par sa vie nutritive, vie presque toute d'instinct, il a un certain nombre de désirs , de penchants , d'appétits , qui le poussent à rechercher la lumière, le calorique, un air pur, des abris , et surtout à se procurer des aliments, des boissons et autres objets , qui peuvent être en rapport avec la nature assez bornée des besoins tout physiques qui appartiennent à ce premier mode de son existence. Par sa vie affective , il est susceptible d'éprouver les sentiments de répulsion ou d'attraction pour des êtres qui l'environnent, c'est-à-dire qu'il est excité de diverses manières à les aimer ou à les haïr , à avoir pour eux ce qu'on appelle des sympathies ou des antipathies, suivant, au reste, la nature des émotions qu'il éprouve à leur aspect ou à leur souvenir. Par ce second mode d'existence , l'homme fait un premier pas dans le domaine de la nature matérielle, pour entrer dans relui delà nature morale;
mais c'est par sa vie inlellective ou rationnelle , et surtout par l'extension qu'il est capable de lui donner, qu'il entre tout-àfait dans le monde moral , qu'il peut y régner en maître, et qu'il apprend à s'y conduire en sage.
Par ce troisième mode d'existence il est soumis à des penchants différents , et parfois tout opposés à ceux dont nous venons de parler -, il est entraîné à multiplier ses perceptions, à chercher à distinguer ; il a soif de connaître , c'est le premier et le plus grand des désirs de sa vie mentale. Il faut à son principe intelleclif des faits nombreux pour servir de hase à ses opérations. Ce n'est pas assez de connaître, il faut qu'il agisse -, pour agir il faut vouloir , mais la volonté d'un être raisonnable ne peut être déterminée que par des motifs pesés , examinés. Sans cesse il éprouve donc le désir ou d'entendre ou de toucher , ou de voir , de réfléchir et de juger pour arriver à la satisfaction du besoin de connaître avant de vouloir, parce qu'il est dans son essence que ses actes soient des résultats logiques bons ou mauvais. ( ÎNous examinerons plus tard son quatrième mode d'existence , celui par lequel il est appelé à se perpétuer et à consacrer une partie de sa vie à celle de sa progéniture.) De là souvent le besoin de réfléchir, de comparer avant de se livrer a d'importantes actions ; c'est ici que le principe intelligent manifeste sa perspicacité, montre sa puissance-, il juge , il voit le bien , il voit le mal -, en réagissant sur toutes les impressions du dehors, il peut tirer de sa propre activité le principe de ses déterminations , il fait preuve de sa spontanéité.
Si notre espèce était, comme la classe la plus infime des animaux ( Voj. nos considérations d'histoire naturelle.), réduite à vivre selon ce premier mode , elle n'aurait pour se conduire que l'instinct , impulsion interne dont elle éprouverait nécessairement les effets sans en connaître la cause; si elle réunissait seulement le deuxième mode, elle serait de plus excitée par des émotions , entraînée par des sentiments; avec le troisième, s'il était prépondérant sur les autres , elle aurait pour principal guide la raison, pour loi suprême la conscience!