LIVRE IV, CUAl'ITRE
Mais, avec les modifications organiques que nous avons subies par l'effet d'une civilisation anti-harmonique, extra-naturelle, qui depuis si long-temps pèse sur nos pères, elle a cessé d'être pour nous un guide toujours sur. Dans beaucoup de circonstances le sentiment nous égare par ses excès ou nous vicie par sa perversion. La raison n'est qu'une lumière qui souvent éclaire peu , et la conscience une loi exposée à fléchir en face des passions , d'où il suit qu'il est d'une extrême importance de s'efforcer par une bonne éducation , commencée dès l'âge le plus tendre , à régler tous les penchants , à bien diriger les sentiments , et surtout à donner à notre vie intellective tout le développement hygiénique qu'elle comporte, à bien la coordonner dans tous ses éléments , la fortifier dans tous ses organes, l'harmoniser dans tous ses actes , la purifier dans toutes ses habitudes , afin qu'elle acquierre et conserve la puissance et la rectitude nécessaires pour servir de frein aux appétits honteux, de régulatrice à nos sentiments.
Une fois l'intellect de l'homme parvenu à ce point de développement , il lui devient facile de s'élever ensuite non-seulement à la connaissance des êtres dont les relations lui importent sous le rapport de la santé et du bonheur, à celle des lois qui les régissent , des propriétés qui les distinguent, des avantages ou des peines qu'ils peuvent lui causer , mais encore d'apprendre à réagir sur lui-même , à modifier ses anciennes idées par des idées nouvelles , à rectifier ses jugements, à méditer ses actions ., à prévoir leurs bons et mauvais résultats, et à régler ses déterminations en conséquence.
Les animaux des classes supérieures possèdent aussi, à l'instar de l'espèce humaine, des facultés inlelleclives, mais elles sont moins nombreuses, moins actives, elles ne sont pas susceptibles d'arriver au même degré de développement. Jamais, quelle que soit 1 instruction qu'on leur donne, ils ne peuvent se livrer comme nous à des travaux intellectuels , abstraits , ni se former une langue articulée- ce qui surtout complète l'énorme différence qui existe entre eux et nous , c'est que nous avons le sentiment du juste . la notion du devoir i la,
faculté de nous imposer des freins et de nous soumettre à des sacrifices , quand notre raison , la conscience ou nos affections le commandent.
Il nous paraît hors de doute , 1° que notre vie intellective est multiple , bien qu'elle soit régie par un seul principe ; 2° que plusieurs facultés qu'on en avait séparées en font partie. Telles sont celles qu'on a appelées sensoriales. En effet , ce n'est pas l'œil qui voit , l'oreille qui entend ; c'est le principe intellectif , ces organes n'en sont que les instruments. 3° Il nous paraît aussi démontré que ce principe a pour organe des principales facultés par lesquelles il manifeste sa puissance, diverses parties de notre cerveau ; 4° ({yie cest à l'aide des lobes antérieurs qu'il conçoit , raisonne et veut 5 5° que la partie antérieure de ces mêmes lobes sert aux mouvements qui constituent la parole , ou plutôt préside à l'émission régulière des sons et à l'ordre des idées que ces mêmes sons servent à peindre ( Voy. Gall.) 5 6° que la faculté du souvenir, de la mémoire, siège essentiellement à leur partie inférieure. Quant à la partie postérieure du cerveau et le cervelet, ils ont d'autres fonctions à remplir, celles, selon de célèbres physiologistes, de présider à divers sentiments , selon d'autres aux mouvements d'équilibration. La moelle épinière à son tour sert par deux ordres distincts de nerfs à transmettre la sensibilité et le mouvement aux muscles de l'extrémité du tronc. Ce qui est constant pour tous , c'est que le moi ou piincipe mental se sert de la pulpe cérébrale et médullaire pour arriver à la connaissance de ce qui se passe au dedans comme au dehors de nous , et prendre des déterminations en conséquence.
C'est par le moyen de celte même substance qui , sous la forme de nerfs , s'insinue dans les replis les plus intimes de nos viscères, entre comme partie composante dans tous leurs tissus , se ramifie à la surface de toutes leurs enveloppes internes et externes , qu'il est averti de leurs besoins , de leurs souffrances, et qu'il réagit sur eux pour y voir. Au dehors , cette même substance allant s'épanouir en réseaux sensibles sous la peau, ou en cordons nerveux ou membranes de même