LIVRE VI, CHAPITRE X
moraux, soit physiques , soit intellectuels ; si nous parvenons à faire cette démonstration , nous aurons donné aux droits de l'homme une base inattaquable , aussi solide que les lois physiologiques de son être. Dans un ouvrage où nous traitons de l'homme social , de son évolution intellectuelle et morale, de ses besoins, de son bonheur , nous devons exposer, pour servir de base au droit politique futur , une nouvelle théorie de ses droits ; mais pour arriver à la connaissance la plus rationnelle et la plus complète en même temps de la triple série de nos droits , il nous faudrait, par une analyse logique trèsdétaillée, remonter à tous les divers besoins dérivant de notre triple mode d'existence, et étudier ceux-ci dans chaque fonction de notre organisme *, c'est ce que nous avons fait. ( Voir Besoins attractifs et répulsifs. )
Nous ne séparerons jamais dans cette étude les devoirs des droits. Il est pour nous d'une évidence mathématique que les uns et les autres sont intimement liés , qu'ils ne peuvent et ne doivent jamais être séparés , excepté par la pensée , que là où le devoir ne paraîtrait pas, ce qu'on appelle droit serait bientôt un abus , donc il ne serait plus un droit, donc il n'y a pas de droit sans devoir qui lui corresponde-, l'un est le cortège obligé de l'autre... Le devoir est la limite nécessaire , la règle suprême du droit : sa condition sine quâ non.
La vie , pour notre espèce , c'est sentir , se mouvoir, désirer, connaître , aimer , jouir ou souffrir, penser, croire , espérer et vouloir. Ce mode compliqué d'existence est le résultat de fonctions diverses qui ont été désignées sous les noms de sensoriales, motrices, affectives, réparatrices et intellectuelles, et reproductives ou génératrices. Toutes ces fonctions ont chacune leurs organes spéciaux, liés plus ou moins entre eux et vivant sous la dépendance commune d'un organe central . (le cerveau et ses dépendances) qui, lui-même, a pour moteur et régulateur un principe d'animation et d'intelligence connu par ses effets et non dans sa nature. Nous n'avons de santé et de bien-être ou plaisir à exister , qu'autant qu'il y a liberté, activité et harmonie dans le jeu des organes char-
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gés d'exécuter, chacun dans leur sphère, toutes les fonctions que nous venons d'énumérer. Cette liberté , cette activité et cette harmonie , ont , comme tout ce qui dérive d'un ordre ou d'un arrangement quelconque, leurs conditions essentielles de durée , d'énergie et de régularité. Quand ces conditions manquent ou ne sont point remplies d'une manière convenable ou à temps opportun , alors nous en sommes avertis par un sentiment plus ou moins vif, plus ou moins pénible j ce sentiment, qui varie selon la nature , le siège, l'intensité de la cause à laquelle il est dû , est l'expression , le vœu ou la plainte de nos organes en état de pénurie , de mal-ètre , d'apathie ou de souffrance. C'est l'avertissement, le cri ou le langage de ce qu'on a appelé en termes génériques et vulgaires nos besoins.
Toutefois , ne confondons pas, en poussant trop loin les conséquences de ces besoins , la liberté ou le droit que nous avons, comme simple individu, de satisfaire aux exigences de notre nature, avec le droit pris dans un sens social, sympathique et religieux. Considéré sous ces derniers points de vue, le droit ne peut s'isoler entièrement de la loi de charité ou d'affection pour nos frères , et d'obligation sociale de se résigner à quelques sacrifices quand ils sont commandés par l'utilité qu'en doit retirer l'association dont nous sommes membres ; dans beaucoup de circonstances , le dévoûment devient un devoir qui ne détruit pas le droit sans doute , mais qui le restreint alors qu'un grand besoin sociétaire le commande. La liberté ne serait donc que l'abus d'une faculté physique , si d'une part elle allait au delà dun besoin normal de notre nature , si de l'autre elle était préjudiciable à nos semblables , si elle n'était enfin tout à la fois réglée , dirigée par le sentiment, par la raison hygiénique de notre conservation, et l'intérêt social. Répétons-le en d'autres termes : celte liberté , quand même elle ne serait mise en action que pour satisfaire aux plus impérieuses exigences de notre bonheur , ne pourrait dans tous les cas se confondre et s'identifier avec le droit sociétaire; car celui-ci, dans un état poli-