VUE VI, Cil AUTRE X
tique bien rationnellement coordonné , suppose non-seulement un but utile et profitable à chaque particulier sociétaire , et surtout à l'association en général , mais aussi la direction la plus courte , la plus praticable et la plus sure pour arriver à ce double but d'intérêts individuels et collectifs ; or, cette direction froissera nécessairement dans plus d'une circonstance des intérêts individuels. Nous voulons conclure de ce qui précède , que l'usage de nos droits particuliers doit avoir pour frein et pour limite : i° Le respect des lois de notre conservation , car nous ne devons ni ne pouvons abdiquer le premier droit de tous , celui de vivre, excepté dans les cas très-rares où la société combat pour son salut 5 a0 celui des droits des autres , soit qu'on les considère isolément comme individus , soit qu'on les considère collectivement , comme unité sociétaire ou corps politique; 3° Qu'alors qu'il y a conflit entre tous ces droits , le devoir et le dévoûment exigent que les intérêts les plus importants et les plus nombreux l'emportent sur les autres -, ainsi donc le devoir doit toujours être posé à côté du droit , non-seulement pour en prévenir l'abus dans l'intérêt de chacun pris isolément , mais aussi pour en régler l'usage d'une manière qui réponde aux besoins et aux droits de la patrie commune. C'est cette large idée que nous nous sommes faite du devoir qui nous a porté à le définir : V obligation de jouir avec une consciencieuse réserve de nos droits et d'aider nos semblables à jouir eux-mêmes de tous ceux qui leur appartiennent au même titre qui fait que les nôtres sont à nous. C'est à la religion du devoir et à une bonne constitution sociale qu'est réservée la puissance d'arrêter les combats de l'intérêt individuel contre ceux de la société en général , ou plutôt de les prévenir en les conciliant , en leur donnant aux uns et aux autres une juste satisfaction, c'est-à-dire en l'appuyant sur l'immortel et divin principe de l'égalité chrétienne.
Le droit naturel f ou primordial, est dû aux inspirations du sentiment moral. Ce sont ces mêmes inspirations, formulées en préceptes ou établies en règles de conduite par la raison des
législateurs, ou en lois de conscience par la puissance des fondateurs des religions , qui forment toute la science et composent tout le système de ce qu'on entend par droit naturel. C'est à ces mêmes inspirations de notre instinct moral qu'est due la première idée de nos devoirs envers l'ordonnateur de toutes choses, envers nous-mêmes et nos semblables.
Nous avons pris pour synonymes du mot droit les mots équité, égalité, justice 5 leur étymologie justifie parfaitement cette commune acception. C'est encore par suite de la faculté que nous avons de faire dériver d'une idée physique une idée morale, que nous avons représenté la divinité qui préside à la justice une balance à la main , dont les plateaux sont en équilibre, ne penchant d'aucun côté, par conséquent en ligne horizontale droite; en effet, avoir une mesure égale pour tous Ses humains, peser chacun de leurs actes dans la même balance avec les mêmes poids, sans avoir égard à leur origine , à leur nom , leur fortune et leur puissance , c'est suivre les régies de l'équité, c'est être juste , c'est se tenir dans le droit 5 car telle est la signification du mot juste ; c'est se conformer à la loi primordiale, la loi naturelle, loi de Dieu qui nous proclame tous égaux et veut que nous soyons appréciés et jugés selon nos œuvres, et non selon le mérite de ce qui n'est paszzoa^, ni à nous. Ainsi, équité, justice, égalité, droit, sont des mots qui se correspondent, qui représentent des idées de la même famille ou de même nature. C'est pour avoir prêché la loi d'égalité , celte loi qui finira par affranchir le genre humain, cette loi sans laquelle nulle société ne peut avoir de base solide, que Jésus a été reconnu pour le plus juste, le plus équitable, le plus divin des législateurs. Droit est encore employé comme annonçant , comme exprimant que ce qui est selon la loi de notre organisation ou celle de la droite raison , recta ratio, nous est dû, nous appartient et fait partie de nos justes prétentions. Ainsi l'on dit : Il est de mon droit d'être maître de ma personne, de ma liberté, de jouir sans entraves des facultés de mon esprit, de vivre librement de mon travail, etc.
Le droit veut que les avantages sociaux soient partagés par