LIVRE IV, CJIAPITP.TL VIII. G
plus indomptables, la volonté , les disposer à l'obéissance, et remplacer l'instinct de férocité par celui de sociabilité.
Le besoin qu'on éprouve de se livrer au sommeil est d'autant plus irrésistible , qu'il nous ôte la force de le combattre, en affaiblissant notre volonté , en nous étant la conscience du moi. Quels motifs de détermination nous reste-t-il , quand nous en sommes à cet état de langueur décrit dans ce vers ?
Ac velut in somm's oculos ubi languida pressit
Nocte (fuies. Virgile.
Tout disparaît , jusqu'au sentiment de l'existence, ce qui l'avait fait appeler, par les anciens, le frère de la mort.
Stullè quod est somnus gelidœ nisi mortis imago.
Ovide.
Les physiologistes se sont élevés contre ce rapprochement ; mais d'abord ce n'est qu'une similitude qui donne du phénomène que nous examinons une idée assez exacte. En effet , qu'arrive-t-il dans un sommeil profond ? la cessation complète et momentanée de tous les actes de la vie animale ; les sens sont insensibles aux excitants extérieurs , les muscles ne se contractent plus, le cerveau lui-même cesse tout travail intellectuel, l'univers disparaît. Il est vrai que, pendant cet anéantissement passager de la vie de relation , quelques phénomènes obscurs de la capillarité, d'imbibition, de nutrition, se passent dans le champ de la contractilité organique insensible, cette force vitale dont l'action incessante échappe à l'intuition. Mais , qu'est-ce qu'un travail mystérieux dont nous n'avons pas la perception? il reste inconnu comme toute sensation qui , se passant hors de l'être sentant , n'existe pas pour lui.
Si nous passons du sommeil profond ou de la mort de quelques heures au sommeil incomplet avec rêves ,
Somnia quœ mentes ludunt volitantibus umbris: