CHAPITRE IL
Acte qui intéresse nos quatre modes d'existence. — Mariage. — Ce qu'on devrait exiger des époux. — Iieurs devoirs.
Le mariage est un acte qui touche aux plus hautes considérations morales , et qui tient aux principes mêmes de la société et au bonheur des familles. Sous le rapport physique , le mariage est la vie de l'espèce , il a pour but naturel et essentiel sa perpétuité. La vie des individus n'y est consacrée qu'à des époques à peu près fixes , et pour des temps déterminés par la nature. Il n'est soumis qu'aux lois qui président à l'accroissement , au tempérament, aux climats, au régime alimentaire et aux affections sympathiques.
En étudiant cette sorte de mariage dans les diverses familles d'êtres à sexes distincts et séparés , l'on reconnaît , dans celles qui s'éloignent le plus de la nôtre par leur organisation , qu'il a peu de durée , et que cette durée est limitée chez le plus grand nombre au temps nécessaire pour allumer lejlamheau de la vie. Ce moment passé , ces époux d'un instant se séparent à jamais , et cette séparation , qu'on pourrait appeler un divorce naturel , a lieu sans efforts et sans regrets.
Il existe une classe d'êtres , ou plutôt une partie de cette classe , où les époux ne se doutent pas de leur existence , et n'apprennent jamais à se connaître comme tels. Ici aucun
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rapport entre le père et la mère n'est possible. Le mariage , dans chacune de ces moitiés, est solitaire 5 par conséquent, la séparation ou le divorce est ignoré chez ces êtres.
Il en est d'autres où la rupture du mariage ne s'opère que par la mort prompte , inévitable, de l'un des conjoints ; et cette mort arrive à l'époux paternel immédiatement après ses noces. Pour lui, transmettre la vie, c'est la perdre. C'est là, il faut en convenir, un cruel divorce 5 il l'est beaucoup moins cependant que celui qui a lieu par l'ordre de ces reines polygames qui , peu après leurs mariages multiples , ordonnent sans pitié et sans exception Je massacre de tous leurs maris 5 et cet ordre , malgré sa rigueur, est toujours exécuté avec autant de promptitude que de fidélité , tant la loi des sacrifices individuels au profit de la société est chère et sacrée pour ces familles!
Dans quelques espèces plus rapprochées de la nôtre , le mariage se prolonge plus ou moins de temps. Cette prolongation ne dépasse jamais la mesure du besoin qu'éprouvent les enfants du secours de leurs père et mère. Aussitôt que ces besoins cessent , l'union qu'ils rendaient nécessaire cesse à son tour. Mais, chez le plus grand nombre des animaux , la mère suffit à l'entretien de la famille. Il n'y a point de société entre elle et son époux , entre celui-ci et sa progéniture; la patriarchie leur est inconnue.
De cet aperçu rapide du mariage dans quelques espèces animales , il ne faudrait pas en conclure que cet acte dans l'homme n'en diffère pas. Il doit subir nécessairement les influences plus ou moins prépondérantes de ses trois premiers modes d'existence , il devient un lien procréateur' et sympathique.
Le premier de ces liens est , par sa nature , plus instable que les autres. Cependant , comme les penchants et les besoins qui le rendent nécessaire renaissent souvent chez l'homme, et se prolongent assez avant dans le cours de sa vie , il en résulte qu'il peut avoir un caractère de durée qui ne se remarque dans aucune espèce , surtout quand il se
combine avec le lien ou mariage sympathique : c'est ce qu'on remarque souvent chez les sauvages. Presque tous , en effet , restent associés à la compagne de leur choix , non-seulement pendant les époques successives de gestation et de lactation , mais encore pendant tout le temps nécessaire pour élever les enfants , jusqu'au moment où ils peuvent se passer des soins de leurs père et mère. Dans l'état de monogamie , ces mariages se prolongent souvent jusqu'au tombeau ; sous le rapport sensuel seulement , ils peuvent durer les trois quarts de la vie de l'homme.
Dans le mariage sympathique , le but est principalement d'associer tout ce qu'il y a de bon , d'aimant , d'affectueux , dans deux êtres qui éprouvent une tendre attraction l'un pour l'autre. Aux penchants et aux affections qui président à l'union de ces êtres , se trouvent généralement réunis le sentiment religieux , le dévouaient , l'amour du devoir qui est l'apanage des cœurs sensibles et délicats. L'on conçoit qu'avec ces sentiments, le lien qui unit ces êtres soit formé dans une pensée d'avenir , et qu'il doive avoir pour effet d'assurer à l'époux devenu faible, infirme ou malheureux, l'appui, les secours et les consolations de son conjoint. Celte assistance réciproque d'époux qui se dévouent de cœur et de conscience l'un à l'autre , est surtout nécessaire à l'âge où la vie extérieure a perdu ses attraits , à cette époque où les forces affaiblies ne permettent plus d'autres jouissances que celles qu'on rencontre au foyer domestique. La condition essentielle pour que le mariage sympathique remplisse complètement son but est donc qu'il ait de la durée -, sa moralité et ses avantages ne peuvent s'isoler de l'idée de sa perpétuité.
Le mariage exige un âge convenable , un certain développement de la constitution , des forces suffisantes. Il réclame des sentiments plus durables que celui de l'amour; l'amitié et l'estime doivent le précéder ou au moins l'accompagner ; c'est dans une pareille union qu'on pourra faire succéder aux plaisirs du jeune âge , ceux de l'esprit , de la confiance, et tirer tout le parti possible de sa raison et de ses affections ,