CHAPITRE IH
Hygiène des sens externes.
Pour que notre esprit puisse connaître !e milieu dans lequel nous sommes appelés à vivre, et entrer en rapport avec les divers objets qui en font partie, nous sommes pourvus, avonsnous dit, d'appareils organiques que l'on nomme sens. Ces sens sont au nombre de cinq. Chacun d'eux a son utilité spéciale.
Du tact.
Celui qu'on désigne sous ce nom est un sens général dont les autres semblent n'être que des modifications, il est répandu sur toute la surface du corps ; il a pour siège la peau qui le recouvre , ou plutôt les papilles nerveuses dont celte membrane est pourvue. Ce sens ne peut être parfaitement exercé que par chaque extrémité supérieure et intérieure de nos doigts, non-seulement parce que c'est là que se trouve le plus de parties nerveuses , mais aussi à cause de la faculté de fléchir ces extrémités et de les appliquer sur plusieurs points de l'objet qu'on veut palper.
Ce sens, quand il est exercé par les doigts, est appelé toucher ; l'action par laquelle on touche est appelée palpation. Cette action a pour but de nous faire connaître d'une manière
8 JÉLÉMJEMXS D HYGIÈNE,
toute particulière la forme , la température , la pesanteur des corps, leur état de repos ou de mobilité , leur surface unie ou rugueuse, leur consistance , leur nombre, etc. Notre intellect peut acquérir beaucoup d'idées par le moyen de ce sens, et rectifier une partie de celles qui nous viennent par le ministère de quelques autres. Chez les aveugles de naissance, le toucher étant continuellement en exercice, acquiert, comme chacun sait , une finesse extraordinaire. C'est au point que beaucoup d'entre eux peuvent par son-moyen, non distinguer les couleurs comme on le dit , mais indiquer par l'état de la surface d'un corps qu'il doit être pour les clairvoyants coloré de telle ou telle manière. Plusieurs marchent sans se heurter, parce que le tact exercé par leur visage leur permet de reconnaître le degré de résistance de l'air , le voisinage et la nature de certains obstacles , tandis que leurs pieds leur servent à en reconnaître d'autres ; alors leur esprit, dont l'attention est toujours fixée , sait prendre , à l'aide de ces averlissemenls , les précautions nécessaires pour les éviter. C'est ce qui fait que quelques-uns sont d'une adresse qui a droit de nous surprendre. J'en ai connu qui distinguaient toutes les herbes qu'on peut manger , d'autres qui allaient cueillir des cerises et des fraises. Avec des caractères en relief, les aveugles, a? l'aide de leur faculté tactile , peuvent lire, apprendre la géographie, la musique , les mathématiques , etc.
S'il est vrai que la palpation remplace, ou plutôt supplée, sous quelques rapports seulement, la faculté visuelle, il est hors de doute qu'elle en devient l'auxiliaire dans beaucoup de cas. Aussi , pour tous ceux qui veulent bien s'enquérir des propriétés extérieures d'un objet, ce n'est point assez de le voir, ils veulent aussi le toucher. Chez les enfants , la tendance à exercer cette faculté est si grande , qu'on peut la mettre au rang des premiers besoins de leur vie intellectuelle et affective; car journellement ils sont excités et entraînés à palper tout ce qu'ils veulent connaître , comme tout ce qu'ils désirent. Satisfaire à ce besoin est une nécessité qu'il faut surveiller, sans doute, mais point contrarier, autrement ils res-