LIVRE VI, CHAl'IIRE II
se trouverait placée sur le penchant peu rapide d'une colline, qui aurait en face une saine exposition du sud-est dans notre climat, pour point de vue , une belle prairie, une petite forêt bien percée , dont le sol ne serait pas trop humide , encore moins marécageux , ou une rivière à eaux limpides et courantes , à travers celte prairie ou en-deçà de celte forêt.
Il faudrait en outre , pas loin de la maison , des eaux bonnes à boire ; mais comme il est impossible pour les quatrevingt-dix-neuf centièmes des hommes de faire ce choix , bornons-nous à leur conseiller d'éviter autant qu'ils le pourront de choisir leur demeure dans les rues humides , étroites , sales , mal pavées , dans celles où le sol est dépourvu de pentes suffisantes, qui manquent de fontaines, d'égoiits, etc. ; surtout il faut craindre d'y habiter les rez-de-ehaussée , et tous les autres appartements peu élevés , où il n'y aurait pas assez de lumière , ni assez d'espace pour avoir la facilité de respirer un air pur , souvent renouvelé. Conseillons-leur en outre d'avoir bien soin d'enlever ou faire enlever autour d'eux et de leur maison tout ce qui peut se gâter, se pourrir et infecter l'air, et particulièrement toutes les matières excrémentielles et eaux de cuisine , de relavures , celles de savonnages, etc. , qui , en se corrompant , empoisonnent l'atmosphère et deviennent une cause des maladies.
Dans les campagnes, où l'air est généralement plus pur que dans les villes , on ne profite pas , ou mal , de cet important avantage :
ie Parce qu'on bâtit mal les maisons. On ne les exhausse pas assez au-dessus du sol -, on les place trop près de la rue , ce qui fait qu'on est incommodé du bruit , de la poussière , et privé du plaisir si utile d'avoir devant ses fenêlres un petit jardin. L/air pur qui les entoure fait éviter la dépense d'y faire des caves. Les chambres y sont trop étroites ; les fenêtres pas assez grandes ni assez multipliées -, les écuries sont trop près de l'habitation des hommes , ainsi que les fumiers et les mares d'eau croupissante , etc.
a0 Parce qu'on néglige trop les soins de propreté au des
dans et au dehors des habitations ; celles-ei ne sont pas assez souvent balayées, ni aérées; les rues ne sont ni assez espacées , ni disposées en pente convenable , ni pavées , ni arrosées et balayées, du moins pas aussi souvent qu'il le faudrait. Ajoutez à toutes ces causes qui vicient l'air, qui tendent à troubler, à pervertir l'importante l'onction respiratoire, et à faire incorporer à nos humeurs une multitude de miasmes dangereux , celles non moins pernicieuses qui résultent de l'exercice de certains métiers , comme ceux de tanneurs , de corroyeurs , de maçons, de plâtriers , de fabricants de chaux, de ceux aussi qui ont pour but le rouissage du chanvre , la fabrication de la filasse qui fournit une poussière méphitique.