CHAPITRE H
Des maisons ou logements.
L'homme est, de tous les êtres vivants, celui qui a le plus besoin d'être préservé de l'influence trop vive des agents qui l'environnent. Dans les saisons chaudes, l'action solaire, l'insolation , quand elle est trop active ou trop prolongée , enflamme , brûle les organes $ elle raréfie les humeurs et l'air qui l'environne, au point de le rendre impropre à sa respiration ; elle va jusqu'à le tuer par l'apoplexie. L'ombre devient, dans ces cas, une nécessité première.
Le froid ne lui nuit pas moins que les excès de la chaleur, quoique d'une autre manière. On peut en dire autant de la rosée , des brouillards, de la pluie et des autres météores, etc. La conséquence de tout ceci, c'est qu'il lui faut un abri, une maison, qui soit pour lui et les siens tout à la fois commode, agréable, et surtout salubre. Cette dernière condition ne peut être bien remplie qu'autant qu'elle sera bâtie d'une manière convenable , élevée de quatre à cinq pieds au-dessus du niveau du sol , assez loin des rivières , surtout des marais et de tout autre foyer d'humidité et de mauvais air , et boisée, quand on en a la possibilité, exposée au levant dans les pays chauds , et au sud dans ceux qui sont froids , partagée dans son intérieur en plusieurs pièces assez vastes pour fournir à toute la consommation d'air nécessaire au nombre d'individus qui doivent l'habiter ( au moins six mètres cubes par indi-
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vidu pour vingt-quatre heures). Il faut, de plus, que cetle maison ait un nombre suffisant de fenêtres pour que l'air puisse y être renouvelé à volonté, et que ceux qui l'habitent y reçoivent , en outre , la stimulation agréable de la lumière, fluide tout aussi nécessaire que l'air et le calorique. Il faut aussi que les chambres en soient tenues proprement, et suffisamment chauffées, suivant ce système de cheminée qui permet à l'air extérieur de s'y répandre , après avoir été tamisé, chauffé et brûlé, en passant par des tuyaux chenets contournés sur eux-mêmes. L'air brûlé est plus pur que celui qui ne l'est pas , parce que les émanations végétales ou animales qu'il pouvait contenir ont été désorganisées et décomposées par le feu ou par de petites cases ou chambrettes qui environnent le foyer de la combustion. Si l'on veut qu'une chambre se maintienne chaude long-temps et à peu de frais, on applique contre ses murs un enduit ou mortier non conducteur du calorique, dans lequel entre la poussière du charbon, de la brique pilée ou des matières bitumineuses, ou l'on garnit de tapis de laine ses planchers et ses murs latéraux. Pour la rendre tout à la fois plus solide et plus facile à chauffer , et surtout pour la mettre a l'abri des eaux pluviales et du feu, qui ruine tant de propriétaires de maisons, et expose à tant de dangers ceux qui les habitent , on emploiera partout, au lieu de planches et de couvertures en bois, le système des voûtes semi-plates, soit en briques ou pots creux, soit en pierres auxquelles l'on donne pour appui des poutres solides ( pour éviter l'écartement des murs), et qu'on lie l'une avec l'autre par de solides traverses en bois ou en fer. Le bois, à quelques exceptions près, se trouve alors banni de toute construction. L'on y gagne sous tous les rapport; au moins, l'on est assuré d'en retirer le plus grand des avantages , celui d'être à l'abri des incendies.
Si nos affaires , nos habitudes et nos plaisirs , et surtout notre fortune , laissaient la liberté de choisir une habitation saine , nous dirions que c'est loin des grandes villes qu'il faut faire ce choix j qu'il faudrait donner la préférence à celle qui