LIVRE VI, CHAPITRE II r
ou avec des plumes, ou avec des peaux garnies de fin duvet, et l'on a pu se tenir très chaudement , sans se surcharger de vêtements lourds. C'est aussi par la propriété non-conductrice des résines , que les toiles, dites gommées , cirées , sont si chaudes. Les ré.-ines liquéfiées par lYbullition peuvent , après avoir été mélangées avec suffisante quantité de sables fins, de poudre de chaux , d'argile ou d'oxides métalliques , être poussées par une forte compression dans tous les interstices de vieux tissus ou de cartons, et faire par là des tapis de pieds très-chauds et des couvertures de toutes espèces.
Mais dans l'usage des vêtements il ne faut pas oublier que la peau n'est pas seulement un organe sensible, mais qu'elle est aussi un organe absorbant , épurateur et excréteur. Comme organe qui doit absorber l'oxigène de l'air atmosphérique, ainsi qu'une partie de l'eau qui y est contenue ^ il ne faut pas que la peau soit trop isolée , trop surchargée de tissus, etc.
Comme organe exhalant, dépur'ateur, la peau, ainsi que l'appareil de la sécrétion urinaire, a mission d'enlever à nos humeurs ce qu'elles ont de trop , soit sous le rapport de la quantité, soit celui de la qualité. Ce superflu peut aller jusqu'aux 5/8 des aliments liquides et solides pris dans les vingt-quatre heures-, cette déperdition se fait principalement en parties aqueuses et en calorique , particulièrement celui qui excède les besoins de l'économie, plus en matières acides, salines et autres qui sont devenues étrangères à nos organes , ou qui étant retenues leur deviendraient nuisibles. Ainsi donc les vêtements doivent être de nature à ne point gêner ces fonctions épuratoires de la peau, il faut au contraire qu'ils les facilitent sans pourtant trop les exciter. Tout vêtement qui ne serait pas assez chaud nuirait, non-seulement parce qu'il serait cause qu'il y aurait suspension des courants de chaleur qui ont lieu du centre à la circonférence, qu'on éprouverait une sensation pénible et pernicieuse de froid, et d'autant plus qu'elle se prolongerait trop long-temps*, mais aussi parce que cette sensa-
tion de froid serait accompagnée du resserrement de la peau, du refoulement des humeurs à l'intérieur et d'une diminution notable dans la respiration : de là des rhumes.
Tout vêtement qui aurait au contraire la propriété de trop retenir la chaleur, augmenterait la sensibilité de cet organe, activerait plus qu'il ne convient la perspiralion dont il est le siège ; par là il affaiblirait et échaufferait outre mesure. De là de mauvais effets sympathiques sur les organes digestifs, pareils à ceux que nous avons décrits à l'article Calorique ou Température chaude et Climats chauds.
Il faut donc que les vêtements ne soient ni trop chauds ni trop froids ; pour tous ceux qui doivent se livrer à des exercices actifs, qui sont confortablement nourris, il vaut mieux qu'ils fassent éprouver la sensation du froid que celle du chaud j chez les vieillards et les enfants très-jeunes ou très-faibles , la sensation d'une douce chaleur est à préférer. Ceux de laine, etc., leur conviennent donc plus particulièrement que ceux de coton , surtout pour les saisons froides ; cependant il est à remarquer que par la raison que ces sortes de vêtements ne laissent point échapper le calorique qui s'exhale du corps , il ne laisse pas non plus rentrer celui du dehors ; c'est pourquoi les Espagnols et les Orientaux portent , l'été comme l'hiver , des vêtements de laine. Si, pour l'été , ces vêtements étaient plus amples , plus légers et faits avec des fils très-serrés , ils seraient beaucoup plus frais. Dans nos pays nous avons l'habitude d'en porter qui sont de fil de chanvre , de lin ou de colon , ils sont plus propres à absorber les matières de la transpiration cutanée , et la céder à l'air ; ils sont meilleurs conducteurs du calorique et moins chauds.
Nous dirons cependant , en général , qu'il nous a paru , d'après notre expérience , qu'il y avait de graves inconvénients à s'habiller de trop bonne heure, à donner à la peau une enveloppe immédiate d'étoffe de laine , de flanelle \ on rend par là cet organe trop impressionnable aux vicissitudes