‹ Élements d'instruction morale et civiqueChapitre 1 sur 47 · PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Le but de ce petit livre est de préparer, de former, dès l’école, le futur citoyen.

L’instruction civique, déjà réclamée avec énerj^ie par leF assemblées de la Révolution, mais systématiquement négligée

Ear les gouvernements monarchiques i, est un des premiers esoins d’une société républicaine. Elle a été inscrite au premier rang dans les programmes de la nouvelle loi sur l’instruction primaire.

Ce n’est pas assez de dire que l’instruction civique est utile : la vérité, c’est qu’elle est nécessaire. Elle l’est surtout, depuis <iue la liberté politique, cette conquête de la République de 18^48, s’est ajoutée à la liberté civile, cette conquête de la Révolution.

Dans un pays qui se gouverne lui-même, où chaque individu participe librement par ses votes à la direction des affaires })ubliques, comment admettre que la majorité des citoyens, ceux (lui ne fréquentent que l’école primaire, restent dans rignorance de leurs obligations politiques et sociales?

Vous leur demandez de respecter, d’aimer la Constitution, et ils ne connaissent pas la Constitution !

Vous leur demandez d’exercer des droits, de satisfaire à des devoirs, et ils ignorent le sens‘, la portée de ces droits et de ces devoirs !

Citoyens qui se parent de ce beau nom sans savoir à quoi il oblige, électeurs qui votent sans connaître l’importance de leur vote, contribuables qui payent l’impôt sans comprendre à quoi sert l’impôt, habitants d’un pays qu’on ne leur a pas appris à aimer... : tels sont nécessairement les membres d’un peuple à qui manque l’instruction civique.

Sans doute les journaux remédient en partie à ces ignorances. Mais l’enseignement de la presse n’a rien de régulier, de suivi : il est livré à mille hasards. D’ailleurs, il n’y a pas que de bons journaux ; et enfin le journal vient souvent trop tard pour guérir les préjugés politiques qu’on a laissés s’enraciner dans l’âme de l’enfant et du jeune homme.

Un écrivain distingué, Vitet, disait, il y a quelques années : « L’amour de la patrie n’est pas enseigné en France. » Si cette assertion est vraie, il importe qu’elle cesse de l’être et que les petits enfants de France apprennent à aimer non seulement leur pays, mais encore les institutions de leur pays.

« Sans l’éducation civique et politique, écrivait déjà Pestalozzi, le peuple souverain est un enfant qui joue avec le feu et qui risque à chaque instant d’incendier la maison. »

C’est pour essayer, dans la mesure de nos forces, de conjurer ces dangers, de combler une grave lacune de l’enseignement populaire, que nous présentons ici aux instituteurs et à leurs élèves un manuel de l’éducation du citoyen.

Nous n'y avons pas séparé l’éducation civique de l’éducation morale : c’est qu’il est impossible de devenir un citoyen si l’on ne commence pas p. r être un homme. Le meilleur principe des vertus civiques sera toujours la pratique des vertus individuelles et sociales

1. Nous ne connaissons que Turgot qui, avant la Révolution, ait nettement rédamé l’instruction morale et sociale. « 11 y a, disait le ministre de Louis XVI, des méthodes et des établissements pour former des géomètres, des physiciens, des peintres : il n’y en a pas pour former des citoyens. »

2. « L’enseignement civique et moral ! Je joins les deux mots avec intention ; j’en ai le droit, puisque nous parlons de l’éducation dans une démocratie et parce qu’il n’y a pas une forme de gouvernement qui les unisse aussi nettement, car seule la d'^mocratie repose sur Turuî des bases les plus solides de la morale elle-même.

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