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CHAPITRE PREMIER

LA NATURE HUMAINE

L’homme et ranimai.

Ce que les enfants sont tout d’abord curieux de connaître et capables de comprendre, ce sont les objets extérieurs et les personnes qui les entourent ; voilà pourquoi j’ai commencé par vous parler de votre famille et de votre école, de la société dont vous êtes membres, de la patrie qui réclame vos services en échange de ses bienfaits.

Mais quand on a bien regardé autour de soi, il est nécessaire de se considérer soi-même. Sinon on ressemblerait à un voyageur qui, après avoir visité le monde entier, négligerait de parcourir son village et sa propre maison.

Vous savez ce que vous êtes comme fils, comme écolier, comme citoyen. Fils, écolier, citoyen, vous êtes

LA NATURE HUMAINE ET LA MORALE

tout cela parce que vous vivez avec d’autres hommes, et que vous avez certains rapports avec eux. Mais en vous même, qui êtes-vous? Un homme aussi, comme tous les autres. Il reste donc à savoir ce qui constitue votre qualité d'homme.

S’il se trouvait quelqu’un pour vous dire : « L’homme n’est qu’un animal », vous ne seriez pas en peine pour le réfuter.

Vous diriez : Je n’ai jamais entendu parler mon chat, ni mon chien, et û le perroquet de Robinson Crusoé prononçait quelques mots, c’était sans j attacher le moindre sens. L’homme parle, et cela suffit déjà pour le distinguer des autres êtres vivants.

Vous diriez encore : je n’ai jamais su que l’animal allât à l’école, ni qu’il fût capable de s’instruire, d’apprendre à compter, à dessiner. L’homme est intelligent d’une tout autre façon que l’animal Même les plus industrieux des animaux, les abeilles, par exemple, répètent uniformément les mêmes actions : l’homme apprend tous les jours des choses nouvelles.

Vous diriez enfin : je n’ai jamais remarqué que l'animal eût une patrie, une religion, qu’il fût capable d’aimer, comme moi, les choses qu’il ne voit pas. Mon chien souffre quand on le bat, mais, moi, je souffre quand, à l’autre extrémité de la France, on maltraite mes concitoyens. L’homme est donc sensible autrement que l’animal.

Et si vous cherchiez bien, vous trouveriez encore un grand nombre de qualités qui distinguent l’homme des animaux : de telle sorte que l’homme, bien qu’il ressemble à tous les êtres vivants par certains caractères, bien qu’il marche, mange, boive, dorme, vive et meure comme eux, leur est supérieur à tous en dignité et ne saurait être confondu avec eux.

Résumé Après avoir étudié les rapports qui unissent le fils à ses parents l’écolier à ses camarades et à ses maîtres,

LA NATURE HUMAINE

le citoyen à la société et à la patrie, il faut considérer rhomme en lui-même, dans sa nature et ses qualités propres. Il y a sur la terre quatre grandes catégories d’êtres : les choses ou les minéraux, les plantes, les animaux, les hommes. La plante se distingue du minéral en ce qu’elle grandit et se développe. L’animal dijffère de la plante en ce qu’il se meut, se déplace et est capable de jouir ou de soufifrir. L’homme enfin est supérieur aux autres animaux, en ce qu’il parle un langage distinct, tandis que les animaux sont muets, ou ne disposent que de cris inarticulés, ou ne prononcent que des mots dépourvus de sens ; il leur est supérieur encore parce qu’il est intelligent et sensible autrement qu’eux.

Exercices. Quelles sont les principales ressemblances de l’homme et des autres animaux ? — Quelles sont les prin-

cipales différences? — Qu’appelle-t-on une chose? — une plante? — un animal? — un homme ?

lies portes et les fenêtres de notre maison.

L’homme ressemble à une maison et à une maison habitée.

Les murs de la maison, c’est ce qu’on appelle votre corps. L’habitant, c’est votre âme. Mais votre âme n’est pas enfermée dans votre corps comme un prisonnier le serait dans une haute tour murée de toutes parts. La maison que vous habitez a des portes et des fenêtres, des ouvertures par où votre âme regarde, entend, et connaît ce qui se passe autour de la maison. Les portes et les fenêtres de la maison sont ce qu’on appelle les cinq senSj la vue, l’ouïe, le toucher, le goût, l’odorat : la vue, qui a pour organe les yeux; l’ouïe, qui réside dans vos oreilles; le toucher, qui est situé dans vos doigts et sur toute la surface de votre corps ; l’odorat, qui a son siège dans le nez, dans les fosses nasales ; enfin le goût, qui est placé dans la langue et le palais.

LA iVATURE HUMAINE ET LA MORALE

Si VOUS n’aviez pas les sens à votre service, votre corps serait une véritable prison : vous ne verriez aucune lumière, vous n’entendriez aucun bruit, vous ne pourriez rien sentir, rien toucher ; vous seriez isolés d u monde et comme séquestrés. Quand une seule des ouvertures de la maison est fermée, quand par exemple la vue ou l’ouïe fait défaut à quelqu’un de façon à le rendre aveugle ou sourd, voyez déjà comme l’habitanl de la maison est malheureux et digne de pitié. Que serail-ce donc si toutes les ouvertures étaient supprimées à la fois ? Un pareil état serait pire que la mort!

Mais, d'un autre côté, il ne servirait de rien que votre maison eût toutes ses ouvertures à leur place et en bon état, des yeux et des oreilles bien conformés, s’il n’y avait pas derrière les murs de la maison un habitant attentif et aux aguets.

Un jour vient où l’habitant invisible de la maison la quitte, où il ne reste plus que la façade. Ce jour-là l’homme n’est plus : l’âme s’est envolée, le corps seul reste, inerte et inanimé.

La vie, c’est l’union de l’âme et du corps, l’association de l’habitant et de la maison ; la mort, c’est leur séparation.

Résumé. L'homme peut être comparé à une maison habitée. La maison elle-même, les murs dont elle est faite, c’est le corps. L’habitant invisible qui occupe cette maison, qui est caché derrière ces murs, c’est l’âme. La maison de l’âme a comme des ouvertures pratiquées en divers endroits qu’on appelle les sens, et par lesquelles l’âme prend connaissance de tout ce qui l’entoure. Si les sens n’existaient pas, l’âme serait dans le corps comme un prisonnier muré dans un cachot. Si l’âme n’existait pas, le corps serait comme une maison déserte.

Exercices. Qu’appelle- t-ou les cinq sens ? — A quoi peuton les compaier? — Que deviendrait l’homme s’il était privé de ses sens ? — Quelle est la

condition de l’aveugle? — du sourd ? — Quels sont les sens les plus utiles à l’homme ? — Qu’est-ce que Tâme ?

LA NATUBF HUMAINE

Les outils naturels de Thomme.

Quand un agriculteur veut s’installer dans une ferme, il se procure tous les instruments dont il a besoin, une charrue pour labourer, une faux pour moissonner, des bêches, des pioches et un grand nombre d’autres instruments. Autant il a de travaux à exécuter, autant il lui faut d’outils particuliers.

Quand un charpentier veut s’établir, il achète une scie, une équerre, un compas, un fil à plomb, et divers autres outils.

Et de même chaque métier, chaque profession, exige un certain nombre d’outils et d’instruments appropriés à l’ouvrage de chaque travailleur.

Mais avant de s’engager dans une profession spéciale, chacun de vous, mes enfants, a une profession générale à exercer : celle qui consiste à être un homme.

Eh bien I pour cette profession-là, comme pour toutes les autres, il vous faut des outils. Ces outils, vous les avez reçus de la nature ; vous les possédez depuis votre naissance; vous les utilisez tous les jours. Seulement il dépend de vous de les perfectionner par le soin que vous en prenez, de les rendre sans cesse plus propres au but pour lequel ils vous ont été donnés.

Ces outils naturels de l’homme, ce sont d’abord vos membres, vos organes : les bras et les mains avec lesquels vous saisissez les objets dont vous avez besoin ; les jambes et les pieds qui vous permettent de vous mouvoir, de vous déplacer ; les divers organes par lesquels vous vous nourrissez, ou par lesquels vous respirez 1 air nécessaire à la vie.

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Mais à côté de ces outils matériels dont l’ensemble constitue votre corps, il y a les outils non moins précieux que Tâme vous fournit. C’est ce qu’on appelle vos^ facultés morales : V intelligence qui vous donne le moyen d’apprendre ce que vous devez savoir, de vous rappeler ce que vous avez appris ; la sensibilité qui vous permet d’aimer tout ce qui est bon, tout ce qui est beau, qui vous inspire des sentiments d’affection pour tout ce que vous devez chérir, votre famille, votre patrie; la volonté, enfin, qui est comme l’outil essentiel avec lequel vous pouvez vous servir de tous les autres, qui vous donne le pouvoir de diriger vos membres, de commander à toutes les autres facultés.

L'homme ressemble donc à un ouvrier qui a une tâche — toutes les actions quç comporte la vie — et qui, pour remplir cette tâche, a été pourvu par la nature de tous les instruments nécessaires.

Résumé. L’homme apporte avec lui en naissant des instruments, des outils naturels, qu’il utilise et emploie tous lesjours pour accomplir les diverses actions qui constituent la vie. Ces outils, ce sont d’abord les membres du corps, lesorganes qui permettent à l’homme de se nourrir, de respirer, etc. ; ce sont ensuite les facultés de l’âme, l’intelligence, la sensibilité, la volonté. Les instruments naturels de l’homme ont ceci de particulier qu’ils se développent â mesure que l’homme grandit, et qu’ils se perfectionnent si l’on en prend soin.

Exercices. Quels sont les différents outils naturels dont l’homme dispose? — Qu’appelle-

t-on facultés de Pâme? — Définissez l’intelligence, la sensibilité, la volonté.

ÏV.

L’âme et le corps.

Il est temps que vous compreniez nettement la diflfé-

LA NATURE HUITAINE

rence qui existe entre Tâme et le corps, entre l’intérieui et l’extérieur de l’homme.

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