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Actes propres de Vâme

L’âme enfin, dans d’autres cas, semble agir toute seule, sans que le corps s’en mêle, par exemple quand vous pensez sans parler, quand vous éprouvez un sentiment sans le dire, quand vous repassez dans votre mémoire la leçon que vous allez réciter.

— L’âme est donc autre chose que le corps. Le corps n’a pas plus de connaissance et de sentiment que la. pierre ou la plante. L’âme sent, pense, veut.

L’âme se distingue surtout du corps en ce qu’elle sait ce qu’elle fait, tandis que le corps ne sait rien de ce qu’il exécute de lui-même ou pour le compte de l’âme. Elle s’en distingue aussi en ce qu’elle est invisible, impalpable. Je vois votre corps, j’entends votre voix, je touche votre main ; mais il est impossible que je voie votre pensée, que j’entende votre sentiment, que je touche votre volonté.

Résumé. Il y a dans la nature humaine trois séries de faits à observer : P d’abord le corps semble agir seul, sans que l’âme en sache rien ; 2^ dans d’autres cas, l’âme agit sur le corps ou avec le corps : elle lui impose certains mouvements, certains actes, ou bien elle agit elle-même à la suite des opérations du corps ; 3^ enfin, elle semble agir toute seule et sans le concours apparent du corps. L’àme diffère donc du corps. Elle eu diffère d’abord en ce qu’elle sait tout ce qu’elle fait, soit seule, soit avec l’aide du corps. Elle se rend compte des mouvements qu’elle impose aux membres, des connaissances (|ue les sens lui transmettent, des idées qu’elle cx))rimc par des mots, des sentiments

LA NATURE HUMAINE

qu’elle manifeste par des gestes, de tous les souvenirs, de toutes les réflexions dont elle est capable. Le corps, au contraire, agit sans savoir qu’il agit : il digère, il respire, il vit, sans avoir l’idée de tout cela. En second lieu, l’âme est invisible, impalpable ; elle échappe à tous les sens, tandis que le corps peut être vu par les yeux, touché avec les mains. C’est ce qu’on exprime d’un seul mot, en disant que l’âme est immatérielle, le corps matériel.

Exercices. Habituer Télève à trouver, en suivant la proression indiquée dans la leçon, es faits qui soient ou des propriétés spéciales au corps, ou des actes communs à Tâme et au corps, ou des actes exclus!- ‘ vement propres à l'âme. — L’âme vieillit-elle comme le corps ? — Ne rencontre-t-on pas des vieillards dont le corps est

usé par l’âge, et dont l’âme conserve sa jeunesse et sa force d’esprit? — N’arrive-t-il pas que des âmes fortes et courageuses, des âmes de fer, soient unies à des corps frêles et débiles? — et au contraire des âmes molles et paresseuses à des corps robustes et herculéens ?

La raison et la liberté.

Georges arrivait tout en colère, parce que le chien de la maison Lavait suivi et prétendait entrer avec lui dans la salle d’école. Georges voulait le battre et le punir sévèrement de sa désobéissance. Mais le maître l’en empêcha et lui dit :

■ — ■ Vous auriez tort de vous mettre en colère, et de punir votre chien : car votre chien n’est ni raisonnable, ni libre. Il n’est pas raisonnaUe^ car il n’est pas assez intelligent pour savoir ce qu’il doit faire ; il n’est pas libre, car il est poussé par son instinct à courir sur vos traces, il 7 est poussé presque aussi fatalement que la pierre qui tombe est entraînée par son poids vers la terre. Une autre fois vous attacherez votre chien dans sa niche : c’est le seul moyen d’empêcher qu’il vous suive.

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Il en serait autrement si vous aviez affaire à un être raisonnable et libre. Si par exemple une de vos sœurs voulait vous accompagner en classe, vous raisonneriez avec elle, vous lui feriez comprendre que sa place n’est pas dans une école où l’on ne reçoit que des garçons ; et si, malgré vos remontrances, elle persistait à vous suivre, comme elle le ferait volontairement et librement, vos parents auraient le droit de la punir.

Toutes les fois que vous agissez, il dépend de vous d’agir autrement que vous ne faites. Vous avez une pierre dans la main : si vous retirez votre main, la pierre tombera ; elle ne peut pas ne pas tomber. Mais vous, à votre gré, vous pouvez ou laisser tomber la pierre, ou la jeter devant vous, d’un côté ou de l’autre, ou enfin l’emporter ou la garder.

Ce pouvoir d’agir comme on le veut, de choisir entre diverses actions, est le privilège de l’homme et s’appelle la liherté.

A chaque instant de votre vie, vous êtes comme un voyageur arrêté dans un carrefour et qui hésite entredifférentes routes. Celle-ci est plus courte, mais plus dangereuse ; celle-là plus agréable, plus sûre, mais plus longue. Le voyageur réfléchit, délibère, consulte sa raison, et enfin il prend la direction qui lui paraît la meilleure.

Par le fait de votre liberté, vous dirigez votre corps,, vous gouvernez votre esprit. Vous êtes comme des* propriétaires qui usent comme ils l’entendent de ce qui leur appartient.

Mais votre liberté n’est pas illimitée ; votre pouvoir n’est pas absolu. Il ne dépend pas de vous que vo& jambes soient courtes ou longues ; mais il dépend de vous de les remuer plus ou moins vite quand vous marchez. Ce n’est pas votre faute si vous n’êtes pas aussi intelligent que d’autres ; mais c’est votre faute si vous n’étes pas aussi attentif.

LA NATURE HUMAINE

En résumé, — malgré toutes les choses fatales auxquelles vous ne pouvez rien, — ce que vous êtes, ce que vous serez, dépend en partie de votre volonté, de votre liberté. Combien de leçons vous auriez apprises plus vite, si vous l’aviez voulu ! Que de fautes vous auriez évitées, que de qualités vous auriez acquises, si von^ aviez fait un bon usage de votre liberté !

Résumé. L’homme est raisonnable et libre. L’animal ne l’est pas. La raison, c’est la faculté dejiig:er, entre plusieurs actions possibles, celle qu’il convient de faire. La liberté ou la volonté libre, c’est le pouvoir de se déterminer pour cette action. La raison réfléchit, délibère, juge ; la liberté se décide et agit. La liberté de l’homme n’est pas illimitée : il y a bien des choses soit dans notre âme, soit dans notre corps, sur lesquelles nous ne pouvons rien. Mais l’homme n’en est pas moins, en grande partie, par le fait de sa liberté, l’ouvrier responsable de sa destinée.

Exercices. Pourquoi ne fautil pas nous courroucer contre la pierre qui nous frappe? — Pourquoi au contraire est-il permis de s’irriter contre l’homme qui nous a jeté cette pierre ? — Quels sont les êtres qu’il est lé-

gitime de punir? — Quelles sont les limites de notre liberté ? — Quelle est l’étendue de son pouvoir? — Est-ce qu'il dépend de nous d’être plus attentif, plus instruit, plus vertueux que .nous ne sommes?

La passion e" l’habitude.

Tout irait bien, tout marcherait à souhait dans la vie humaine, si l’homme n’avait pour guide que la raison et la liberté. Mais la raison a une ennemie, qui est la passion, et la liberté a aussi la sienne, qui est l'habitude.

La passion nous empêche d’être aussi raisonnables, l’habitude d’être aussi libres que nous pourrions l’être.

La passion, c’est tantôt l’envie, la jalousie, tantôt la

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colère, la haine, la vengeance, tantôt la cupidité, la convoitise, tantôt la gourmandise, l’intempérance, tous sentiments violents et mauvais qui nous aveuglent, qui nous empêchent de bien voir les choses parce qu’ils nous empêchent de réfléchir, qui enfln gênent l’exercice de notre raison.

L'habitude, l’habitude mauvaise, c’est la passion invétérée, devenue irrésistible, toute-puissante, pour n’avoir pas été combattue. C’est comme une seconde nature qui peu à peu se substitue à notre caractère primitif. C’est comme un lien qui nous enlace peu à peu, et qui finit par être si fort que notre liberté est incapable de le rompre.

Voulez-vous, mes enfants, apprendre à défendre votre raison et votre liberté contre la passion et l’habitude? Ecoutez l’apologue suivant :

Un père se promenait avec ses enfants dans son jardin, « Je voudrais savoir, dit l’un d’eux, comment on peut combattre les passions et extirper les habitudes. »

Le père lui répondit : « Voici un tout jeune arbre, arrache-le. » L’enfant s’approcha de l’arbre et d’une seule main l’arracha sans effort.

— (( Voici un arbre un peu plus grand », reprit le père. L’enfant eut beaucoup de peine à l’arracher, mais il y parvint cependant après quelques efforts.

Le père en indiqua alors un troisième qui était planté depuis plusieurs années. Pour arracher celui-là, il fallut que l’enfant appelât ses frères à son aide.

Enfin, le père désigna un arbre beaucoup plus grand et déjà vieux. Mais l’enfant eut beau unir ses 'efforts à ceux de ses frères, il ne parvint pas à le déraciner. Il fallut aller chercher des outils et travailler longtemps avant de réussir.

Eh bien, mes enfants, leur dit le père, il en est ainsi ies passions et des habitudes. Au début, quand elles

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éclatent pour la première fois, quand elles commencent à peine, il est aisé de s’en débarrasser. Plus tard céia devient difficile, parce qu’elles ont pris racine dans le cœur : mais cela ne dovient jamais impossible.

Résumé. La raison et la liberté devraient être les seuls guides de l’homme : mais la passion et l’habitude viennent à chaque instant gêner notre marche. Le meilleur moyen de combattre les passions et les habitudes mauvaises, c’est de les empêcher au début de s’établir dans notre âme. Il ne faut pourtant pas désespérer de les déloger, même quand nous avons commis l’imprudence de les laisser s’installer chez nous.

Exercices. Il est plus aisé d’étouffer le premier désir que de satisfaire tous ceux ,qui le suivent (Franklin). — Énumérer les principales passions hu-

maines. — Que faut -il faire quand on ressent les premières atteintes d’une passion ? — Y a-t-il des habitudes invincibles ?

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