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CHAPITRE II

LA MORALE

Ce que c’est que la morale.

Que penseriez-vous, mes enfants, du propriétaire d’un champ qui, par ignorance et par incapacité, resterait les bras croisés, ne sachant comment il faut labourer, semer, afin de faire venir une bonne récolte ?

Vous jugeriez qu’il ne lui sert de rien d’être le pos-

LA N AT L HE HUMAINE ET LA MORALE

sesseur d’un joli morceau de terre, [uiisqu’îl y laisse croître en liber té les mauvaises herbes, et vous lui conseilleriez d’apprendre au plus vite Tagriculture, c’est-àdire l’art de cultiver son champ.

Eh! bien, vous êtes, vous aussi, les propriétaires d’un champ qui est votre corps et votre àme. Je vous ai montré que vous vous apparteniez à vous-mêmes, que, par le fait de votre liberté, vous étiez maîtres d’user a votre guise des facultés de voire àme et des organes de votre corps. Mais si vous en restiez-là, si vous n’appreniez pas comment il convient d’utiliser ce que vous possédez, comment il faut faire usage de votre liberté, vous ressembleriez au propriétaire maladroit ou inactif dont je vous parlais tout à l’heure. Hàtez-vous donc d’apprendre comment vous devez diriger vos organes et vos facultés, comment vous leur ferez produire ce qui est la moisson de la vie, le plus de vertu et le plus de bonheur possible.

Cela, c'est la morale qui vous l’enseignera, la morale qui est le résumé de toutes les réflexions, de toutes les expériences que les hommes ont faites sur les meilleurs moyens de se servir de leurs corps et de cultiver leur àme.

La morale n’est pas autre chose que l’ensemble des lois que la nature a gravées dans votre àme, avant que les législateurs humains les inscrivissent dans leurs codes. Seulement pour lire ces caractères naturels, il faut un peu d’attention et de réflexion, et l’enseignement de la morale ,n’a pas d’autre but que de vous y aider.

La morale a la même étendue que la liberté. Toutes les actions qui dépendent de votre liberté sont soumises à des règles que la morale a fixées.

La morale est la même pour tous les hommes. Il n’y a pas une morale pour les pauvres, une morale pour les riches, une nmrale pour un temps, une

LA MORALE

morale pour un autre temps. Il n’j a qu’une morale, universelle, immuable, qui impose ses commandements avec la même autorité à toutes les libertés humaines.

Enfin, la morale, en vous enseignant comment vous devez vous conduire en toute circonstance, n’a pas seulement pour but de faire de vous des hommes honnêtes, elle a aussi pour objet de vous rendre heureux.

Résumé. La morale est à la nature humaine ce que l’agriculture est à la terre, l’art de diriger, de cultiver, comme il convient, les organes de notre corps et les facultés de notre âme. La morale est un Code de lois fondées sur la nature même et antérieures aux lois établies par les hommes. La morale a pour domaine toutes les actions qui dépendent de notre volonté libre. Elle impose des règles universelles et égales pour tous. Enfin, elle n’est pas seulement la science de la vertu : elle est aussi la science du bonheur.

Exercices. Qu’est- ce que nous apprend la morale ? — Les lois de la morale sont-elles antérieures aux lois écrites dans les codes des hommes? — Est-il nécessaire pour qu’une chose

soit moralement bonne que les législateurs humains l’aient prescrite ? — L’esclavage , prir exemple, était-il une institution bonne à l’époque où les lo s humaines le toléraient ?

La conscience morale.

Supposez qu’il vienne à l’esprit d'un enfant une tentation mauvaise : celle, par exemple, de prendre de beaux fruits, qui ne lui appartiennent pas, dans le jardin d’un voisin.

Qu’est-ce qui arrêtera cet enfant ? Qu’est- ce qui l’empêchera de céder à son désir ? Qu’est-ce qui le forcera de respecter la propriété d’autrui ?

no LA NATURE HUMAINE ET LA MORALE

Si ses parents sont là, je n’ai aucune crainte . la peur de leur déplaire ou d’étre puni par eux suffira pour lo retenir.

S’il fait jour, s’il y a des passants, je suis bien sûr aussi qu’il ne se hasardera pas à franchir la clôture du jardin, car on le verrait, on le dénoncerait aux gendarmes ou au propriétaire du jardin.

Mais supposons qu’il fait nuit, que tout dort dans la maison et dans le village, que la lune seule éclaire le jardin, qu’il n’y a plus là ni parents, ni passants, ni témoins^ que l’enfant est seul!... Eh bien, je suis tranquille encore. Il y a quelqu’un qui veille sur cet enfant, quelqu’un qui l’accompagne partout, quelqu’un qui l’arrêtera en lui criant : « Ce que tu vas faire est mal ! w

Ce quelqu’un, c’est la conscience morale .

Si l’enfant a de bons sentiments, il n’hésitera pas à écouter cette voix intérieure qui lui interdit de voler. S’il est mal élevé, il est possible qu’il passe outre , mais la conscience morale se vengera en le punissant, en le poursuivant par le remords, qui est le premier châtiment de toute faute.

Résumé. La conscience morale est une autorité intérieure qui défend de faire le mal et qui, au besoin, supplée à l’absence des autorités extérieures. La conscience nous avertit que nous ne devons pas faire ce qui est mal. Si nous lui désobéissons, elle nous punit en nous infligeant le châtiment* du remords.

conscience? — Quelles seraient les conséquences de notre désobéissance? — Est-ce que nous pouvons échapper au remords ?

— Distinguer le remords du repentir.

üxercicës. t^uei est le langage que nous tient la conscience ? — La conscience ne nous parle-t-elle qu'avant l’action? — Que nous dit-eiie après l’action ? — Est-ce que nous sommes libres de désobéir à la

LA MORALE

Le bien et le mal.

Quand vous étiez tout enfants, vous appeliez mal ce qui vous était défendu par vos parents, lien ce qu’ils vous ordonnaient.

Mais aujourd’hui que vous avez grandi, que vous êtes devenus des créatures libres et raisonnables, vous devez chercher et trouver en vous-mêmes, dans votre propre conscience, les motifs de la distinction du bien et du mal.

Un bon couteau est un couteau qui coupe. Un bon fusil est un fusil qui porte juste et loin. Ainsi vous appelez lom tous les instruments, tous les objets inanimés qui sont appropriés à leurs fins. Au contraire, si votre habit ne vous protège pas contre le froid, il est mauvais, parce qu’il ne sert pas au but pour lequel vous l’avez acheté.

Un chien de chasse est bon, un cheval est bon, s’ils ont les qualités qu'exigent les services que vous attendez du chien ou du cheval.

De même les actions de l’homme sont lonnes ou mauvaises selon qu’elles sont ou ne sont pas appropriées aux différentes fins de la vie humaine.

Ainsi le but de la vie individuelle étant en partie de s’instruire, la paresse est mauvaise parce qu’elle a pour résultat l’ignorance; le travail est bon parce qu’il assure les progrès de l’intelligence.

Le but de la vie sociale étant de se secourir les uns les autres, si pour aider un malade à recouvrer sa santé vous lui faites l’aumône, votre acte est bon ; si vous refusez à un pauvre le peu dont il a besoin pour ne pas mourir de faim, votre acte est mauvais.

LA NATURE HUxMAINE ET LA MORALE

lien est de même pour toute autre action, suivant que vous devez atteindre telle ou telle fin. La morale a précisément pour tâche de vous faire connaître exactement les différentes fins auxquelles la nature vous destine. Toutes ces fins, considérées dans leur ensemble, constituent ce qu’on appelle la destinée de l'homme.

De même que V agréable est l’ensemble des choses qui vous font plaisir immédiatement, le beau soleil qui vous réchauffe, l’air frais que vous respirez, la fleur qui vous embaume de son parfum ; — Viitile, l’ensemble des choses qui assurent vos plaisirs futurs, l’argent que vous mettez en réserve pour acheter ceci ou cela, les fruits que l’on recueille l’été pour les manger en hiver, — do même le bien est l’ensemble des actions conformes à la destinée humaine.

L’homme qui fait habituellement ce qui est bien e«t an homme bon, honnête, vertueux; l’homme qui fait Liabituellement ce qui est mal est un homme méchant, déshonnête, vicieux. Une vertu est la pratique ordinaire de telle ou telle série d’actions bonnes ; un vice, la pratique de telle ou telle catégorie d’actions mauvaises.

Résumé. La distinction du bien et du mal est une ■distinction naturelle, analogue à celle qui existe entre les choses agréables et désagréables, utiles et nuisibles. On appelle bon en général tout ce qui est approprié à sa fin, mauvais tout ce qui manque son but. De même, en morale, les actions bonnes sont celles qui se conforment exactement aux différentes fins de l’homme ou à sa destinée ; les actions mauvaises, celles qui ne s’y conforment pas. La vertu est la pratique constante des actions bonnes; le vice, la pratique habituelle des actions mauvaises. •

Exercices. En général quelles sont les choses que Ton appelle bonnes ou mauvaises ? — Donnez des exemples de choses agréables, de choses utiles, d’actions moralement bonnes. — Qu’est - ce que le vice ?

Qu'est-ce que la vertu ? — Les actions vicieuses ne sont pas mauvaises parce qu’elles sont défendues, mais elles sont défendues parce qu'elles sont mauvaises.

LA MORALE

Les divers degrés du bien et du mal.

Il n’y a pas seulement différence entre le bien et le mal, il y a gradation dans le mal, gradation dans la bien. Il y a des actions plus mauvaises que d’autres, et de même des actions plus belles, plus nobles, plus vertueuses que d’autres. Et si l’honnête homme doit d’abord s’efforcer d’éviter toutes les formes du mal, il doit aussi essayer de s’élever le plus possible, de degré en degré, dans ce qu’on peut appeler l’échelle du bien.

Voici quelques exemples qui correspondent aux différents degrés du mal et du bien.

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