DEVOIRS DE I/HOMME EISVERS LUI-MEME
d’éviter tout ce qui m’est nuisible, et de rechercher tout ce qui m’est utile.
Le maître. Sans doute, mais quelles sont les choses véritablement utiles et les choses réellement nuisibles ?
Georges garda le silence.
Le maître. Pour le savoir il faut considérer que vous avez à la fois un corps et une âme, que le corps est l'instrument de l’âme, et que vous devez prendre soin de l’un et de l’autre tout en subordonnant le corps à l’âme. Pouvez-vous dire quelles sont les choses utiles par rapport à votre corps, quels sont les biens du corps ?
Georges. C’est évidemment la santé, la force, la souplesse.
Le maître. Et les biens de l’âme?
Georges. C’est d’être intelligent et instruit...
Le maître. C’est aussi d’être sensible, capable de tous les bons sentiments. C’est enfin d’être courageux , car dans la vie il j a des périls â affronter, des douleurs à supporter ; et pour tout cela l’intelligence ne suffit pas, la sensibilité serait plutôt un élément de faiblesse. Il faut donc dans ces occasions-là savoir montrer du courage, du caractère, de la force d’âme.
En d’autres termes, l’homme, ayant un corps et une âme, a des devoirs relatifs au corps et des devoirs envers son âme. Or l’àme comprend trois facultés, l’intelligence, la sensibilité et la volonté : de là trois séries de vertus individuelles ou personnelles, qui concernera les unes l’intelligence ou l’esprit, les autres la sensibilité ou le cœur, les autres enfin la volonté ou le caractère.
Résumé. Les devoirs de l’homme envers lui-même dérivent de ce que chacun de nous a une destinée individuelle distincte de sa destinée sociale. La destinée individuelle exige à la fois la conservation et le développement de notre corps et de notre âme. 11 y a donc des devoirs
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relatifs au corps et des devoirs envers l’âme. Ceux-ci se subdivisent en trois catégories, parce quel ’âme ellemême renferme trois facultés distinctes, l’intelligence, la sensibilité, la volonté : de là les vertus de l’esprit, du cœur et du caractère.
Exercices, Que répondriezvous à ceux qui vous diraient que rhomme n’a pas de devoirs envers lui-même, qu’il n’a de devoirs qu'envers la société et envers Dieu ? — Robinson Gru-
soe, dans son île déserte, avait- il encore des devoirs ? — L’homme qui a commencé par acauérir les vertus personnelles n est-il pas mieux préparé à acquérir les vertus sociales ?
Devoirs relatifs au corps.
On racontait dans le village que, lors du dernier tirage au sort, un mauvais sujet qui voulait échapper à la conscription s’était coupé deux doigts, afin que le conseil de révision le déclarât impropre au service militaire. Ce malheureux avait été mis en prison, ce qui était autrement désagréable que d’aller au régiment.
Le maître fit comprendre aux élèves tout ce qu’il y avait de mauvais dans un pareil acte. Le coupable n’avait pas seulement trahi ses devoirs envers la patrie : il avait gravement manqué à ses devoirs envers luimême. Par cette mutilation volontaire de son corps, il s’était rendu presque incapable de travailler, de gagner sa vie, il s’était condamné à la misère.
— Il y a des hommes, ajouta le maître, qu’une sorte de folie entraîne plus loin encore, jusqu’au suicide. Trop faibles pour supporter les charges de la vie, ils se dérobent par la fuite, par la mort volontaire, à l’accomplissement de leur devoir. Ils ressemblent à des soldats qui désertent, qui abandonnent le poste qu’on leur a donné à garder...
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Je ne crains pas que vous en veniez jamais à une pareille extrémité. Le suicide n’est que le dénouement fatal d’une vie criminelle, la faute suprême qui clôt une longue série de fautes. L’amour de la vie n’abandonne que ceux qui ont mal usé de la vie.
Mais, sans le savoir, il y a bien des hommes qui se rendent coupables ,sur eux-mêmes d’un suicide lent et involontaire •. ils compromettent leur existence par leur négligence, par leurs excès.
C’est cependant un devoir de vivre le plus longtemps possible, de devenir centenaire, si on le peut !
— Mais, s’écria Georges, cela ne dépend pas do nous!
— Vous vous trompez, reprit le maître, cela dépend en partie de votre conduite. L’expérience enseigne aux hommes par quels moyens ils peuvent éviter les maladies ou tout au moins en diminuer le nombre, par quels moyens garantir, fortifier leur santé.
— Quels sont ces moyens ? demanda Georges, tout joyeux de penser qu’un de ses devoirs était de se bien porter et décidé à observer fidèlement des vertus qui lui permettraient peut-être de vivre cent ans.
— Le premier, c'est \ hygiène ^ le second, c’est la gymnastique. L’hygiène est l’art de conserver sa santé. Ce qu’elle recommande avant tout, c'est \dL propreté et la solriété. Rien n’est salutaire comme l’habitude do tenir propres ses vêtements, son habitation, son corps. Rien n’est pernicieux comme les excès de table, l’abus du vin ou du tabac.
Quant à la gymnastique, elle est l’art de développer les forces physiques. Aujourd’hui, dans les écoles des villes, il y a presque partout à côté de la classe et de la salle d’études une salle de gymnastique, où les enfarxts s’exercent. La gymnastique fait partie de l’éducation. Il faut blâmer et plaindre ceux qui négligent les exercices du corps. Ces exercices, en raidissant vos muscles,
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contribuent à fortifier votre âme, et ont d ailleurs ce premier avantage qu’ils accroissent votre agilité, votre force physique, ce qui est déjà un grand bien.
Résumé. Le premier devoir de l’homme envers lui-môme, c’est de conserver sa vie. De là la condamnation du suicide et aussi de toute mutilation du corps. Mais il ne faut pas seulement vivre, il faut vivre en bonne santé et le plus longtemps possible : de là l’obligation de suivre les préceptes de l’hygiène et de pratiquer les exercices de la gymnastique. L’hygiène nous apprend quel est le meilleur régime à suivre pour éviter les maladies, et nous recommande avant tout d’être propres et sobres La gymnastique, en exerçant nos membres les développe, 1l*s fortifie et consolide notre santé .
Exercices. Quelles sont les diverses raisons qui font du suicide un ciime? — L’homme qui se tue est-il véritablement courageux ? — A quoi peut' on comparer l’acte du suicide — La conservation de la santé estelle un bien en elle môme ? — L'homme qui se porte mal peutil rendre de grands services à sa
famille, à son pays ? — Quels sont les défauts opposés à la vertu de la propreté et à la vertu de la sobriété ? — Est-ce seulement parce qu’elle est répugnante que la malpropreté est condamnable? — Expliquer ce vieil adage : « L’homme ne meurt pas, il se tue. »
La sobriété.
Voulez-vous connaître un exemple de sobriété parfaite et juger par là de son utilité ? Ecoutez l’histoire du Vénitien Cornaro.
Cornaro naquit en 1466, il mourut en 1565, à quatrevingt-dix-neuf ans- •
Et cependant, vers sa trente-cinquième année, i] était si faible, si maladif que les médecins le considéraient comme perdu, s’il ne changeait pas de régime.
11 en changea sans hésiter , « L’idée de mourir, ditil, m’était particulièrement désagréable. »
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Et voici quel fut son régime. A partir de ce moment il ne prit par jour qu’une petite quantité de nourriture, sans varier jamais, douze onces d’aliments, pain, potage, œufs^. viande ou poissons, et quatorze onces de vin. On raconte même qu’il avait toujours à côté de lui sur sa table des balances pour peser exactement ce qu’il mangeait et buvait.
C’est grâce à ce régime qu’il vécut de trente-cinq à quatre-vingt-dix-neuf ans, sans maladies, sans infirmités. A quatre-vingt-onze ans, il écrivait encore huit heures par jour et passait le reste de son temps à se promener, à chanter de sa voix nonagénaire.
Il ne peut être question d’imposer le même régime à tout le monde. Il serait absurbe, par exemple, de prescrire la même sobriété à des tempéraments vigoureux et forts qui ont besoin d’une nourriture plus copieuse. Mais riiistoire de Cornaro prouve au moins ce que peut la régularité^ ce que peut la frugalité, pour maintenir, pour rétablir même la santé.
Résumé. L’exemple de Cornaro prouve que, même doué d’une faible constitution, un individu, s’il mène une vie réglée et sobre, est plus sûr d’arriver à la vieillesse qu’un homme parfaitement constitué qui vit dans le désordre.
Exercices. Que faut-il retenir de l’exemple de sobriété donné par Cornaro ? — Qu’estce qui mérite d’être loué dans sou régime ? — Commenter ce
mot de Mirabeau : f Pour faire quelque chose ici- bas, et surtout le bien, la santé est le premier des outils. »
Les vertus du genre de la prudence.
De tous les devoirs de l’homme envers son âme le plus essentiel est la culture de l’intelligence. Parla vou j
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acquérez des vertus qu’on peut appeler d’un seul mot la prudence ou la sagesse.
Nous ne sommes plus au temps où l’ignorance était permise, presque recommandée, où l’on avait le tort de croire qu’elle était la condition de la vertu, où l’on savait trop .bien qu’elle peut être un instrument de sujétion et d’asservissement. L’instruction émancipe et affranchit. L’ignorantestcommeun aveugle à la merci de tous ceux qui veulent le conduire et l’égarer. Cultivez donc votre intelligence, puisque par là vous accroîtrez votre liberté
Un second avantage de l’instruction, c’est qu’elle vous débarrasse des préjugés et des superstitions, ces deux fléaux de la vie humaine. L’ignorant accepte avec crédulité tout ce qu’on lui dit: il est la victime d’une multitude d’erreurs qui troublent son existence. Il croit aux sorciers et se laisse diriger par des charlatans. Il se met à trembler parce qu’il a aperçu une comète dans le ciel, il croit à des malheurs prochains, parce qu’il a vu le soleil se coucher dans des flots de nuages rouges et que cela présage, selon lui, qu’il j aura avant peu du sang versé !...
En outre, l’instruction moralise. Une intelligence cultivée est plus en état qu’une autre de résister aux habitudes vicieuses. La plupart des vices dérivent en effet du besoin d’échapper à l'ennui dans les moments de loisir et d’y échapper par des sensations grossières. Heureux l’homme instruit et éclairé qui, aimant l’étude et la lecture, sait préférer le livre à la bouteille de vin ou d’alcool !
Enfin, par l’instruction on acquiert la justesse du jugement, le bon sens qui met à l’abri des erreurs pratiques, la prudence en un mot. L’homme prudent réfléchit avant d’agir, calcule et prévoit l’avenir, dirige ses affaires avec habileté, sert ses intérêts avec succès.
Mais ce n’est pas seulement à càuse des avantages qu elle procure qu’il faut aimer et rechercher l’instruc-