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DES RÉSINES

Les résines sont des principes solides, secs à la température ordinaire, facilement fusibles et rudes au toucher après leur fusion, insolubles dans l’eau, solubles dans l’alcool. Leur dissolution

I alcoolique, mélangée avec de l’eau, devient laiteuse.

Les gommes-résines, dont il vient d’être question, sont fournies le plus souvent par des végétaux herbacés qui croissent dans les pays chauds; les résines sont généralement produites par des végétaux ligneux.

Les résines ne conduisent pas l’électricité, et prennent par le frottement l’électricité dite négative ou résineuse.

Ces produits sont souvent mêlés à des matières étrangères. Beaucoup donnent de l’odeur et offrent une saveur prononcée.

(1) Euphorbia sylvatica\.\nn. (Tithymalus sylvaticus Lam .).

(2) Euphorbia Gerardiana Jacq. (Tithymalus rupestris Lam).

(3) Euphorbia Cyparissias Liijd.).

Les résines sont très-répandues dans les végétaux; tantôt elles s’écoulent naturellement à travers le tissu des organes, tantôt on facilite leur sortie par des incisionsplusou moins profondes. Dans certains cas, on les extrait dans le laboraloire, d’après deux procédés généraux. Le premier opère sur les térébenthines (mélange de résine et d'essence) déjà isolées des végétaux. On chasse l’essence au moyen de la chaleur. La matière mise dansl’eau en ébullition y demeure jusqu’à ce qu’elle ait perdu la presque totalité de son huile volatile et qu’elle ait pris une assez forte consistance. On se sert d’une bassine découverte, quand l’essence, qui se dégage, n’a pas beaucoup de valeur, et on laisse se dissiper cette dernière. On se sert d’un alambic, quand celte essence est précieuse et qu’on veut la conserver. Le second procédé opère sur des gommes-résines (mélange de résine et de gomme) ou sur le tissu même des plantes. On épuise ces gommes-résines ou ces tissus par de l’alcool à 80°, et l’on distille. On jette sur le résidu de l’eau distillée bouillante. On recueille le dépôt résineux qui se forme ; on le lave dans l’eau chaude, et on le laisse à l’étuve jusqu’à ce qu’il soit devenu sec et cassant (Soubeiran).

Les principales résines employées en médecine sont : 1° les résines des Abiétinées, 2° les résines des Térébinthaeées, 3° le sangdragon, 4° la résine animé, o° le ladanum, 6° le rocou.

g I. — Iles résines des Abiétinées.

t° Plantes. — Les Abiétinées ou Conifères [ex parie ) qui donnent des résines sont : 1° les Sapins ( Picea ), 2° les Mélèzes ( Larix ), 3° les Pins ( Pimts ).

Ces genres nous présentent : 1° le Mélèze ordinaire (1), qui se trouve sur les montagnes élevées, particulièrement sur les Alpes; 2° le Sapin élevé (2), qui croît aussi sur les hautes montagnes;3° le Sapin en peigne, des mêmes localités (3); 4° le Pin maritime (4), qui habite les provinces méridionales, principalement dans les Landes, entre Cordeaux et Bayonne.

Caractères. — Voici les caractères qui distinguent ces arbres :

Mélèze. — Feuilles disposées en grand nombre par fascicules. Cônes à écailles minces, non épaissies au sommet.

(1) Larix Europœa Ilort. Par. ( Pinus Larix Linn., Abies Larix Lam.).

(2) Abies excelsa Poir. (voy. p. 159).

(3) Abies pectinata DC. [Pinus Picea Linn., P. pectinata Lam.).

(4) Pinus P master Sol and. [Pinus maritima Lam.).

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Sapin. — Feuilles disliques pectinées. Cônes à écailles minces, non épaissies au sommet, larges, caduques (1).

Pin. — Feuilles fasciculées, ordinairement par deux ou trois. Cônes à écailles terminées par un épaississement rhomboïdal, mucroné ou ombiliqué au cenlre.

2° Résines. — Les résines des conifères sont au nombre de six : t° la poix de Bourgogne, 2° le galipot, 3° la colophone, 4° la poixrésine, 5° la poix noire, 6° le goudron.

1° Poix de Bourgogne (2). — On la récolte principalement dans les Vosges, en pratiquant des incisionsaux troncs des arbres.

Elle est solidifiée par l’évaporation de son essence. On la détache avec une racloire. On la fait fondre dans une chaudière avec de l’eau; on la passe à travers une toile, et on l’enfermé dans des vessies.

La poix de Bourgogne est solide et cassante à froid et se ramollit par la chaleur de la peau ; elle est opaque, de couleur fauve assez foncée, d’une odeur un peu forte presque balsamique, et d’une saveur douce, parfumée, non amère (Guib.).

On la purifie ou la falsifie, et on la rend jaunâtre ou blanchâtre.

On en prépare des emplâtres.

2° Galipot (3). — Lorsqu’on cesse, verslafinde chaque année, la récoltedela térébenthine(4)surlesPins, lesdernières plaies coulent encore, mais lentement. La matière n’arrive plus jusqu’au pied de l’arbre, soit parce qu’elle n’est pas assez abondante, soit parce que la température n’est plus suffisamment élevée. Cette matière se dessèche à l’air et ne contient que peu d’huile essentielle.

Le galipot est formé de croûtes sèches, solides, demi-opaques, d’un blanc jaunâtre.

11 est entièrement soluble dans l’alcool.

11 a une odeur de térébenthine de Pin et une saveur amère.

3° Colophone. — Lorsqu’on fabrique l’essence de térébenthine, la distillation laisse une résine qui a été désignée sous le nom de colophone (5).

Le commerce en présente de deux sortes : 1° la colophone de galipot, 2° la colophone de térébenthine.

(1) Le Sapin en peigne diffère du Sapin élevé, par des feuilles déjetées sur deux rangs (et non éparses en tous sens) et par ses cônes diriges vers le ciel (et non vers la terre).

(S) Vulgairement, Poix des Vosges, Poix jaune, Poix blanche.

(3) Anciennement Garipot, vulgairement Barras.

(4) Voyez le chapitre suivant.

(5j Ou l'appelle aussi Brai sec, Arcanson, Colophane .

3 iO PRODUITS VÉGÉTAUX EMPLOYÉS EN MÉDECINE.

La colophone de galipot est obtenue en fondant et purifiant le galipot et en le faisant cuire dans une chaudière découverte. On lui enlève ainsi la plus grande partie de son essence.

Celle colophone est peu dure et fragile ; elle se ramollit avec le temps, tille est transparente et jaune. Elle donne beaucoup d’odeur quand on la pulvérise.

La colophone de térébenthine est celle qui est restée dans l’alambic, après la distillation de la térébenthine.

Cette colophone est solide, très-sèche, cassante, assez transparente et de couleur brune foncée. Son poids spécifique est de 1,07 (Briss.). Sa cassure paraît vitreuse. Elle se \olatilise à 200° sous l’influence d’un courant de vapeur d’eau; elle est très-soluble dans l’alcool. Elle n’a pas d’odeur.

Elle est la base de l 'onguent basilicum.

4° Poix résine. — Dans la fabrication de la colophone , on soutire la matière et on la fait couler lentement dans une rainure creusée dans le sable ou dans un moule. Si au lieu d’employer ces précautions, on la brasse fortement avec de l’eau, ce résidu perd sa transparence et devient d’un jaune sale. Il en résulte cette résine généralement connue sous le nom de poix-résine ou de résine jaune.

5° Poix noire. — Celte autre résine s’obtient en brûlant les filtres de paille qui ont servi à la purification de la térébenthine et du galipot, et les éclats de bois retirés des entailles faites aux troncs.

On place ces matières dans un grand fourneau sans courant d’air. On les allume par le haut. La chaleur fait fondre la résine, qui descend vers le bas, et qui est reçue, au moyeu d’un tuyau, dans une cuve à demi pleine d’eau. Là elle se sépare en deux parties. l’huile de poix ( pisselœou ), qui est liquide, et la poix, qui otfre déjà un peu de densité. Cette poix est retirée et mise dans une chaudière de fonte où on la fait bouillir jusqu’à ce qu’elle soit suffisamment épaissie.

La poix ou poix noire est solide, lisse, d’un beau noir, cassante à froid, se ramollissant facilement à une très-faible chaleur et adhérant très-fortement aux doigts.

6° Goudron. — C’est une sorte de poix très-impure.

On le retire des troncs d’arbres épuisés. On abat ces troncs, on les divise en éclats, et on les laisse sécher pendant un an. Puison les place dans un four conique creusé en terre. On entasse les débris dans le four, et l’on met au-dessus une masse du même bois, formant un autre cône en sens contraire du premier. Le cône extérieur est recouvert de gazon. On allume. Au fur et à

RÉSINES DES TÉRÉRINTIIACÉES.

mesure que le bois se consume, la résine coule vers le bas du fourneau ; un petit canal la dirige vers un réservoir particulier.

L’huile qui surnage areçu le nom d 'huile de Cade (I).

Le goudron est granuleux, demi-liquide et d’un brun noir. 11 est chargé d’huile et de fumée. Il a une odeur Irès-forte suigeneris.

Propriétés .et usages. — On administre le goudron en fumigations, en sirop, en pilules. On compose aussi une eau de goudron et une pommade.

3° De quelques résines analogues très-peu employées. — 1° Résine d' Araucaria, retirée de l 'Araucaria imbriqué (2), bel arbre du Chili. — D’un blanc de lait.

2° Résines de Dammar , retirées du Dammar blanc (3), qui croît sur les montagnes d’Amboine, et du Dammar austral (4), qui se trouve dans la Nouvelle-Zélande. — La première (5) est d’abord molle, visqueuse et incolore, puis dure comme de la pierre et d’un jaune doré ; la seconde (6), presque blanche ou incolore, quelquefois d’un jaune foncé ou d’une couleur mordorée.

§ II. — lies résines des Térébinlhacées.

La famille des Térébinthacées est une des plus riches en résines ; elle fournit à la matière médicale : 1° le mastic, 2° la résine élémi, et plusieurs autres résines moins connues.

I» Du Mastic.

1° Plante. — Le Pistachier lentisque, (7), d’où l’on retire le mastic, est un arbrisseau de l’Europe australe, de l’Afrique boréale et de l’Orient.

Description. — Tronc haut de 2 à 3 mètres, à écorce brune ou rougeâtre. Rameaux nombreux et étendus. Feuilles à pétiole ailé,

(t) La plus estimée des huiles de Cade est celle du Juniperus Oxycedrus Linn. appelé vulgairement Cade.

(2) Araucaria imbricata Pav, [Dombeya Chilensis Lam.).

(3) Agathis alba ( Dammara alba Rumph., Dammara orientalis Lam., Abies Dammara Pair., Dammara loranthifolia Linlt, Agathis loranthifolia Salisb .) .

(4) Agathis australis Steud. ( Dammara australis Lamb.), vulgairemen£ Kauri, Kouri.

(5) Vulgairement Dammar ]iuti , Dammar battu.

(6) Vulgairement Ware, Cowdee gum, Kouri resin.

(7) Pistacia Lentiscus Linn., vulgairement Lentisque, Destencle. — Voy. p. 159, et le chapitre des Huiles.

composées sans impaire, portant 8 à 1 2 petites folioles ordinairement alternes, à l’exception des deux supérieures, ovales-lancéolées, obtuses, souvent mucronées, entières, glabres, coriaces, persistantes. Inflorescence en panicules axillaires. Fleurs souvent géminées, très-petites, purpurines, dioïques. Fruits très-petits, pisiformes, rougeâtres.

*2° Résine (1). — C’est surtoutdans I’île de Cbio qu’onexploite le Lentisque pour en obtenir la résine. Vers les mois d’août et de septembre, on pratique de légères incisions transversales à son tronc et à ses principales branches. La matière qui s’écoule de ces incisions se solidifie à l’air.

On connaît deux variétés de mastic : 1° le mastic commun, qui est en masses irrégulières; 2° le mastic en larmes , qui est en petits morceaux oblongs, irrégulièrement arrondis, ou môme aplatis, un peu mats, d’un jaune clair ambré, couverts d’une sorte de poussière blanchâtre.

La cassure du mastic est brillante et vitreuse. Son poids spécifique est de 1 ,074 (Briss.). La chaleur rend le mastic ductile. 11 est composé de deux résines, l’une soluble dansl’alcool froid, l’autre, moins abondante, ne s’y dissolvant qu’à chaud. Il y a aussi un peu d’huile volatile.

3® Propriétés et usages. — Le mastic présente une odeur suave et une saveur légèrement astringente âcre et aromatique.

En Grèce et dans une partie de l’Orient, on mâche celte résine (d’où lui est venu le nom de mastic ) pour se fortifier lesgencives. pour se blanchir les dents et pour se parfumer la bouche.

Le mastic passe pour tonique, stomachique et stimulant. Onl’a recommandé dans les catarrhes anciens, dans la diarrhée chronique, dans les rhumatismes.

On l’administre en teinture et en fumigations. C’est un des éléments du mastic de Jannota. Dissous dans l’essence de térébenthine, il produit un beau vernis quel’on applique sur les tableaux, sur les bois et sur les étiquettes.

2° De la Résine élémi.

1° Plante. — Linné croyait que la résine élémi était fournie par le Balsamier élémifère (2); mais le célèbre naturaliste suédois avait confondu sous ce nom deux plantes différentes, le Ptelea à

(1) Ofûciu., Mastix seu résina Lentisci , vulgairement Mastic , Mastiche .

(2) Amyris demi fer a Liun.

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trois feuilles (I), et un arbre que De Candolle a nommé Balsamier de Plumier (2).

Il est reconnu aujourd’hui que la résine dont il s’agit provient de VIciquier icicariba (3), arbre du Brésil.

Description. — VIciquier icicariba est un arbre élevé. Ses feuilles sont pinnées, avec impaire ; elles ont de 3 à 5 folioles péliolu lées, oblongues et acuminées. Ses fleurs sont axillaires, rapprochées, presque sessiles,

2° Résine. — On pratique des incisions au tronc des lciquiers, et la résine élémi (4) en découle abondamment.

Cette résine nous est apportée du Brésil dans des caisses de 100 à ISO kilogrammes. Elle est en masses plus ou moins volumineuses, ordinairement molles, grasses et onctueuses, surlout lorsqu’elles sont récenles. L’ancienneté ou le froid la rendent sèche et cassante. Elle est blanchâtre, jaunâtre ou verdâtre uniformément, ou parsemée de points verts ; elle jaunit en vieillissant. Elle paraît un peu transparente.

Geoffroy distinguait une autre résine élémi (5) qu’il supposait mal à propos originaire d’Ethiopie, mais qui paraît venir du Mexique, de la Colombie et de la Guyane ; elle ressemble à la précédente. Elle est due probablement à une autre espèce à’1ciquier. Celle-ci est en masses triangulaires, aplaties ou cylindriques, du poids de 50 à 100 grammes, enveloppées de feuilles de Roseau ou de Palmier. Elle est plus homogène, plus transparente, et d’une teinte verdâtre plus uniforme (Guib.).

3° Propriétés et usages. — La résine élémi offre une odeur forte, agréable, qu’on a comparée à celle du fenouil. Sa saveur est parfumée, douce d’abord, tenant un peu de l’encens et du fenouil; elle devient ensuite amère.

Celte matière n’est guère employée qu’à l’extérieur. Elle entre dans les onguents de styrax et à'Arcœus, dans le baume de Fioravanti, dans la composition du sparadrap et dans celle du papier à cautères.

(1) Pielea trifoliata Linn.

(2) Amyris Plumieri DC.

(3) Icica Icicariba DC., vulgairement, au Brésil, Icicariba , Pison et Marcgrav.

(4) Officin., Gummi elemi, Résine élémi fausse ou d' Amérique, Geoffr. ; Résine icica , Élémi du Brésil.

(5) Résine élémi vraie ou d* Ethiopie, Geoffr.; Résine élémi en pains , Guib.

3° De plusieurs autres Résines de Térébinthacées très-peu

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