EMPLOYÉES
Je me bornerai à dire quelques mois des autres résines fournies par la môme famille.
1° Résine alouchi, retirée probablement de Ylciquier aracouchini (I), de la Guyane. — Opaque, d’un gris noirâtre, avec des larmes blanchâtres entremêlées qui font paraître sa cassure comme marbrée.
2° Résine du Bengale, de provenance inconnue ; retirée de quelque Balsamier ou Canari? — Molle et blanchâlre, devenant, par la dessiccalion, friable et jaune; elle est contenue dans des morceaux de tiges de Bambou.
3° Élémi canarine (2), retirée d’une variété du Canari vulgaire (3), des Indes orientales. — D’abord liquide, visqueuse, blanche, puis dure comme la cire, et jaune.
4° Élémi du Mexique (4) retiré de YElapkrie élémifère (3). — D’abord mou, transparent et d’un gris verdâtre, devenant, avec le temps, dur, sec et friable. Sans amertume.
3° Résine de Gomart (6), retirée du Gomart porte-gomme (7), grand arbre de la Guyane, du Mexique et des Antilles. — D’abord blanche, puis brunâtre et aromatique.
Des résines analogues sont fournies par des espèces de genres voisins, particulièrement par la Marignie à feuilles obtuses (8), par la C olophonie paniculée (9), et par l’ Hedwigie porte-baume (10).
6° Résine tacamaque ou tamahaca, retirée de plusieurs Iciguiers d’Amérique, particulièrement des Iciguiers décandre (11), à cinq feuilles (12), de la Guyane (13) et tamahaca (14). — Solide,
(1) Iciea Aracouchini Aubl. (Amyris heterophy lia Willd., Icica heterophy lia DC.).
(2) Résine canarine, Iîumph.
(3) Canarium commune Linn. p, Zephyrinum DC.
(4) Vulgairement au Mexique, Copal.
(5) Elaphrium elemi ferurn Itoyle.
(6) Ofticin., Résine chibou , Cahicbou.
(7) Bursera gnmmifera Linn.
(8) Marignia obtusi folia DC. ( Bursera obtusifolia Lam.), vulgairement Colophane bâtarde.
(9) Colophonia paniculata (Bursera paniculata Lam ., Colophonia Mauritiana DC).
(10) Herlwigia balsamifera Sw. (Bursera balsamifera Pers.).
(H) Icica decandra Aubl., vulgairement Chipa.
(12) Icica heptaphylla Aubl., vulgairement Encens.
(13) Icica Guianensis Aubl., vulgairement Bois d’encens.
(14) Icica Tamahaca Kunth.
RÉSINES. — SANG-DlUGON. 345
assez transparente, jaunltre, quelquefois marbrée, à cassure brillante. — Odeur et saveur fortes.
11 existe une tacamaque rougeâtre, produite probablement par 1 ’Elaphrie tomenteme (t), et une tacamaque verdâtre (2), fournie par le Calophylle tacamahaca (Guttifère) (3).
g 111. — I>u Sang-dragon.
On désigne, sous le nom de sang-dragon (4), une résine dure, fragile, friable, opaque ou trés-pcu transparente, d’une couleur rouge assez vive. Son poids spécifique est de 1,204 (Briss.).
Le sang-dragon est soluble presque en entier dans l'alcool et donne à la dissolution une teinte d’un beau rouge. 11 se dissout aussi dans les huiles.
Le sang-dragon est inodore et insipide. Quand il est échauffé, il exhale une odeur analogue à celle du styrax.
11 contient une matière grasse, de l’oxalate et du phosphate de chaux, de l’acide benzoïque et de la résine purifiée, ou draconin (Herberger). La quantité d’acide benzoïque qui s’y trouve est trop faible pour qu’on puisse regarder ce produit comme un baume.
Il jouit de propriétés astringentes styptiques. On l’a conseillé contre les hémorrhagies, contre la blennorrhagie et contre la dyssenterie. Anciennement, on s’en servait dans les ulcères. On l’emploie encore pour fortifier les gencives.
On l’administre en poudre et en pilules. On en prépare une teinture. On sait qu’il entre dans la composition du vernis rouge avec lequel on colore les coffres et les boîtes de la Chine, et qu’il donne au marbre une belle nuance qui le fait ressembler au granit.
Le sang-dragon est produit par des végétaux très- différents, surtout : 1° par un Palmier, le Rotang dragon (3), 2Ü par une Asparaginée, le Dragonnier à feuilles de Yucca (6), 3° par une Légumineuse, le Ptérocarpe dragon (7).
Il est à peine besoin de dire que la résine dont il s’agit, varie
(1) Elaphrium tomentosum Jacq. ( Fagara octandra Linn.).
(2) Vulgairement Baumevert, Baume Marie , Tacamaque de Bourbon.
(3) Calophyllum Tacamahaca Willd.
(4) Otficin., Sanguis draconis, Draconlhetna.
(3) Calamus Braco Willd. — On en retire encore des Calamus petrœus Lour., rudentum Lour. et vécus Lour.
Dracœna Braco Linn.
(7) Pterocarpus Braco Linn. [Pt. of/icinalis Jacq., Pt. hemiptera Gærtn.), vulgairement Palmier-jonc.
suivant sa provenance, et qu’il existe par conséquent (rois sortes de sang-dragon.
1° Sang-dragon de Rotang.
t° Plante. — Le Rotang dragon est une plante des Indes orientales, d’un port particulier.
Description. — Tiges cylindriques, longuement articulées, d’un jaune plus ou moins clair, armées d’aiguillons droits et appliqués. Feuilles pétiolées, ailées, à folioles allernes, linéaires, aiguës, munies de quelques poils rares, rétrécis à leur base. Pétioles garnis d’aiguillons droits, ouverts et aigus. Spadices droits, rameux, composés de petites grappes courtes. Fruits de la grosseur d’une noisette, ovoïdes, à pointe obtuse, recouverts d’un péricarpe écailleux. Graine unique, ovoïde, lisse.
2° Résine. — Suivant Rumphius, il suffit de secouer les fruits de ce Palmier dans un sac de toile rude, pour en obtenir le sang-dragon. La résine passe en poussière à travers le tissu du sac. On la fond à une douce chaleur et on la met en petites masses ovoïdes ou arrondies de la grosseur d’une piune, dures, d’un rouge brun, à cassure peu brillante. On leseriveloppe de feuilles sèches d cLicuale épineuse (1). Ces petites masses sont souvent réunies en chapelet [sang-dragon en olives ou en globules). Quelquefois on les façonne en cylindres ( sang-dragon en baguettes). C’est la première qualité.
On obtient encore cette résine en exposant les fruits à la vapeur de l’eau bouillante, qui les ramollit et en fait sortir une matière qui surnage, ou bien en les concassant et en les faisant cuire dans l’eau. On en forme des masses plus ou moins grandes, qu’on recouvre aussi de feuilles. On l’appelle sang-dragon en masses, quand les pains sont très-volumineux (de 20 à 30 centimètres, et sang-dragon en galettes, quand les pains sont orbiculaires et plats (de 5 à 10 centimètres). C’est la seconde sorte de sang-dragon; elle est moins pure que la première.
2° Sang-dragon de Dragonnier.
1° Plante. — Le Dragonnier est un arbre des îles Canaries qui acquiert quelquefois des dimensions gigantesques. Il en existe un pied célèbre, dans la vallée de l’Orolava, qui a plus de 15 mètres
(1) Licuala spinosa Thunb.