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OPIUM

J’ai déjà décrit ce végétal dans le chapitre des Fruits (i).

2° Opium (2). — On obtient Y opium de différentes manières :

1° On fait aux capsules encore vertes, lorsque les pétales viennent de tomber, le malin, après l’évaporation de la rosée, des incisions transversales ou spirales avec un petit instrument tranchant, ou simplement un canif ou un couteau. On emploie aussi une.espôcede scarificateur à trois ou quatre lames, lequel, d’un seul coup, produit plusieurs incisions parallèles. Ces incisions ne doivent pas pénétrer dans l’intérieur du fruit (l)ioscoride). On peut les pratiquer dans les trois sens, vertical, horizontal ou oblique, ou seulement obliquement (Reveil).

Le suc qui coule est d’abord blanc; bientôt il jaunit en s’épaississant, puis il brunit et forme des larmes presque solides. On recueille ces larmes, le lendemain, avec le doigt ou avec un petit racloir, dans une coquille ou dans un vase; on y retourne peu de temps a près pour ramasser le nouveau suc écoulé. On rassemble ces larmes et on les mêle dans un mortier en les pilant et les malaxant, et l’on en forme des Irochisques ou des pains arrondis ou irréguliers, souvent aplatis, qu’on entoure de feuilles de Pavot ou de fruits de Rumex. Chaque tête ne donne de Yopium qu’une fois, et seulement quelques centigrammes. C’est là Yopium en larmes , le moins amer, le moins vireux, le moins âcre et le plus estimé.

2° On pile les capsules et la partie supérieure des liges. On en sépare le suc qu’on fait évaporer lentement; on en forme des pains arrondis, déprimés, du poids de 125 à 500 grammes, qu’on enveloppe dans des feuilles de Pavot , de Tabac ou de Rumex. C’est là Yopium du commerce ( méconium des anciens). Cette seconde méthode d’extraction est la plus usitée.

3° On se sert de l’eau bouillante, et l'on extrait Yopium nonseulement des capsules et des parties supérieures des tiges, mais encore des feuilles. Cet opium est appelé poust ; c’est la plus mauvaise qualité.

On retire principalement Yopium de l’Anatolie et de l’Égypte. On en reçoit aussi de la Perse et de l’Inde. Dans le commerce, on en trouve trois sortes : 1° Yopium de Smyrne , 2° celui de Constantinople, 3° celui d'Égypte.

I Yopium de Smyrne est le meilleur et le plus recherché; il est ordinairement recouvert de fruits de Rumex.

Celui de Constantinople est moins mou, mais plus mucilagi-

(1) Voy. page 259.

(2) Officin., Opium Thebaicum, Méconium.

neux; il est formé de petites larmes de couleur plus foncée. Il est tantôt en gros pains, tantôt en pelils pains (Guib.), recouverts de feuilles de Pavot.

Celui à' Égypte n’est pas grenu; sa couleur est rousse et son odeur moins forte, tirant sur le moisi. Il se ramollit à l'air libre, au lieu de s’y dessécher.

On a eu l'idée de cultiver en Europe et en France le Pavot somnifère, et d’en extraire Y opium. C’est Pierre Belon (du Mans), qui, le premier, a conseillé cette culture et celte préparation. Un certain nombre d’industriels ont essayé et plus ou moins réussi. Dans le nombre, on doit citer surtout MM. Petit, Lamarque et Aubergieren France, Hardy et Simon en Algérie, Covvley et Staines en Angleterre, Young en Écosse... V opium indigène a été désigné sous le nom d’affium (Aubergier). Il est en petits pains arrondis, lisses, d’un brun noir un peu rougeâtre, non recouverts de feuilles ni de fruits.

L’opium est une matière solide, un peu cassante, à cassure brillante et résineuse, d’un brun clair ou d’un brun noir. Il se ramollit entre les doigts; il s’enflamme sur les charbons ardents ; il est soluble dans l’eau et dans l’alcool .

Un grand nombre de chimistes ont étudié la composition de Yopium. On y a découvert six principes azotés et plus ou moins alcalins, susceptibles de cristalliser. Ce sont : la morphine (Sertuerner), la codéine, la pseudo-morphine, la paramorphine ou thébaïne, la narcoline et la narcéine ; un autre non azoté, également cristallisable, la méconine ; deux acides, le méconique et l’acétique ; une huile fixe, une huile volatile, une résine, du caoutchouc, de la gomme, du sulfate de chaux et du sulfate de potasse...

La richesse en morphine des divers opiums variede 2 à 15pour 100. Elle dépend de la variété d ePavot, du momentde la récolte, du mode de préparation et de la pureté du produit. Un opium de bonne qualité doit en donner tO pour 100. L’opium de Smyrne est celui qui en contient le plus.

3° Propriétés et usages. — L'opium présente une odeur forte et vireuse ; il teint la salive en vert. Sa saveur est amère, âcre et nauséeuse.

C’est un des médicaments lesplusprécieux. Il agitsurlesystème nerveux à faible dose, apaise la douleur, calme l’excitation et provoque le sommeil. A forte dose, il jette dans une stupeur plus ou moins profonde, ou dans un état de narcotisme effrayant. Dans certains cas, il exalte toutes les fonctions et amène une sorte de délire et d’aliénation mentale. Enfin, il peut occasionner la

LACTUCARIUM.

morl (A.Rich.). Les Orientaux mangent ou fument Y opium, clans le but, soit d’échapper aux peines physiques et morales, soit de rechercher, au détriment de leur santé, une ivresse voluptueuse et un bonheur factice.

On l’administre en poudre, en extraits, en sirop, en teinture, en vin, en vinaigre, en collyre, en cérat, en Uniment. 11 entre dans un grand nombre de préparations. Il forme la base des laudanums de Sydenham et de Rousseau. Il fait partie de la thériaque, du diascordium, de Y élixir parégorique, des gouttes noires ( blac/c drops) et de la liqueur du docteur Porter. Tous les médecins connaissent les acétate, sulfate, nitrate et chlorhydrate de morphine. On administre la morphine en pilules, en sirop, en potions et en pommade. Avec la codéine on prépare un sirop.

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