CHAPITRE PREMIER
DES LEPTOMITES.
Agardh a créé le genre Leptomite (Leptomitus) (I). Ce genrecomprend des plantes caractérisées par un amas de filaments articulés, rameux, atténués au sommet. Les articulations sont creuses et comme marginées. Les spores sont latérales, rarement dans les interstices, et entourées d’une enveloppe transparente.
Les auteurs en ont signalé six espèces, malheureusement mal connues pour la plupart. Ce sont : \°\e Leptomite urophile, 2° celui de Hannovcr, 3° \' épidermique, 4° Yutéricole, 3° Y utérin, 6° Y oculaire.
(1) De Xîiîtôç, mince, et juto;, fil.
LEPT0M1TES.
1° Le Leptomite uropbile (1). — Découvert par M. Rayer.
Description. — Parasite formant de petite touffes, hautes de 2 millimètres, épaisses de 3, hémisphériques, gélatineuses, à filaments hyalins. Ces filaments semblent naître et s’irradier d’un point central. Ils sont très-rameux dès leur base, épars, à peine épais de 0mm,0075. Les rameaux sont plus ou moins divisés et à branches ouvertes. Les articles sont à peu près aussi longs que larges ou une fois et demie plus longs.
Action sur l’homme. — Ce Leptomite a été trouvé dans une urine malade rendue avec des poils (Rayer).
Fig. 128. — Leptomite? de Hannover. Fig. 129. — Leptomite ? épidermique.
2° Le Leptomite? de Hannoveu (2). — Découvert par M. Ad. Hannover.
Description (fig. 128). — Filaments déliés, droits et très-ramifiés, les uns transparents, les autres louches et comme grenus. Les ramifications sont tantôt d’un seul côté, tantôt de deux. Elles ne paraissent pas plus minces que le tronc. Leurs extrémités sont quelquefois un peu renflées.
Action sur l’homme. — Cette espèce a été trouvée dans une sorte de bouillie qui tapissait le commencement de l’œsophage, lequel offrait des excoriations. On l’a rencontrée aussi dans des cas de typhus (Hannover).
3° Le Leptomite? épidermique (3). C’est à M. Gubler que la science est redevable de cette espèce. 11 en a fait une description détaillée, qu’il a communiquée à M. Ch. Robin. Ce savant micrographe l’a publiée avec une figure dessinée par M. Montagne.
Description (fig. 129). — Qu’on se représente des filaments bys-
(1) Leptomilus urophilus Mont.
(2) Leptomitus Hannoverii Ch. Rob.
(3) Leptomitus ? epidermidis Kiich. ( Leptomitus ? de l’épiderme Ch. Rob.).
484 DES PARASITES INTERIEURS, OU ENTOPHYTES.
soldes analogues à ceux du muguet. Ces filaments sont longs, plusieurs fois divisés, peu distinctement articulés et peu diaphanes. Leurs cloisons sont beaucoup plus rapprochées dans les blanches secondaires et vers les extrémitésterminales des filaments primitifs. Les rameaux naissent souvent d’un seul côté et se détachent à angles plusou moins aigus en s’incurvant du côté de l’axe principal.
Les sporidies nagent librement dans l’eau. Elles sont ellipsoïdes, droites ou légèrement courbes et coupées transversalement par une cloison qui les partage ainsi en deux cellules ou cavités (Gubler).
Action sur l’homme. — Cette Algue a été observée sur la main d’un jeune homme qui avait été percée par une balle, après que le membre eut été soumis quelque temps à l'irrigation continue. Vers le cinquième jour, il se manifesta, sur la face dorsale de la main et des doigts, quelques petits boutons blancs, qui augmentèrent en nombre et en volume; ils s’accompagnèrent d’une douleur prurigineuse peu vive, mais néanmoins insupportable.
Ces boutons étaient formés par des amas de Leptomites épidermiques (Gubler).
4° Le Leptomite? utéricoi.e (t) (fig. 130). — Celte Algue a été découverte par M. Lebeiten 1830, lequel en communiqua une figure à M. Ch. Robin.
Description (fig. 130). — C’est un amas de tubes plus ou moins longs, non cloisonnés, sans granulations intérieures, pâles et ramifiés, et d’autres tubes un peu plus larges, articulés, cloisonnés, à cellules de longueur variable, terminés par des spores granuleuses, à différents degrés de développement. Ces spores sont représentées par une cellule allongée, o\oïde ou globuleuse, granuleuse, contenant uneou deux gouttes claires, quelutéricote. quefois terminée par un prolongement étroit
plus ou moins pointu. Ce prolongement communique avec la cellule ou en est séparé par une cloison. Dans certains cas, il est formé de plusieurs petites cellules bout à bout, constituant un tube très-mince cloisonné (Ch. Robin).
La dernière cellule des tubes, portant la spore, est ordinaire-
(I) Leptomilus ? utericola ( Leptomitus ? de l’utérus Ch. Rub., Lepl ? uteri Küch.)
LEPTOMITES.
ment un peu plus renflée que les autres et légèrement granuleuse. Elle est probablement destinée à former une spore nouvelle après la chute de la première (Ch. Hobin).
Les spores sont ovoïdes et terminées par le petit prolongement dont il vient d’élre question, mais séparées de lui par une cloison (Ch. Robin).
Action sur l’homme. — Ce Leptomite a été trouvé accolé à la muqueuse de quelques granulations enlevées par M. Gueneau de Mussy au col de l'utérus, sur une malade de l’hôpital de Lourcine.
5° Le Leptomite ? utérin (1). — Celte espèce a été découverte et décrite, en 1849, par M. Wilkinson.
Description. — Ce Leptomite se compose de filaments plus ou moins allongés et de corpuscules.
Les filaments sont primaires ou secondaires. Les primaires ont un diamètre de 1 /8000e à 1/24000° de millimètre. Les plus larges sont très-courts, tronqués à l’une de leurs extrémités et terminés à l’autre par un faisceau de 6 ou 7 filaments secondaires. Les plus étroits offrent plus de longueur et seulement de 2 à 4 filaments dans leur faisceau terminal. A l’extrémité tronquée, on remarque des renflements destinés probablement à renfermer les spores.
Les filaments secondaires sont de 2 à 0 fois plus étroits que les primaires, un peu recourbés, jamais enroulés ni onduleux. Leurs bords sont pâles; ils sont composés de cellules allongées, placées à la suite les unes des autres, plus apparentes par l’action de l’acide acétique. Ces filaments semblent provenir, pour la plupart, par rupture, des filaments primaires. Cependant, dans quelques-uns d’entre eux, on observe, vers leur extrémité, de nouvelles cellules en voie de développement.
Les corpuscules sont généralement ovoïdes, rarement sphériques. Ces derniers plus petits. L’acide acétique y fait souvent découvrir un noyau.
Action sur l’homme. — Ce Leptomite a été observé dans un écoulement morbide, d’aspect purulent, mais tout à fait dépourvu de globules de pus, provenant de l’utérus d’une femme âgée de soixante et dix-sept ans.
6° Le Leptomite? oculaire (2). — C’est à M. Helmbrecht que nous devons la connaissance de cette dernière espèce. Il l’a décrite, en 1842, dans un mémoire spécial.
(11 Leptomitus? uteri [Lorum uteri Wilkins, 1849 ; Leptomitus? du mucus utérin Ch. Rob., Lept. muci uterini Küch.) .
(2) Leptomitus ? ocuti Küch. ( Leplomitus ? de l’œil Ch. Rob.).
Description. — Algue filiforme, ramifiée, consistant en cylindres confervoïdes et en séries de spores disposées en chapelet.
Action sur l'homme. — Un prédicateur de quarante-deux ans, qui avait eu une inflammation rhumatismale des deux yeux, observa subitement dans le gauche un trouble en forme de fleur, avec des stries rayonnées. Plus tard il aperçut, dansle môme œil, sans cause apparente, des figures de forme constante, etdes mouches volantes irrégulières dansle droit. Helmbrecht pensa, avec Ivlencke, auquel il demanda conseil, que le corps vu par le malade se trouvait dans la chambre postérieure. Le patient ayant fait, plus tard, une chute de voiture, l’image se mouvait plus librement et nageait comme détachée en deux parties. L’opération de la paracentèse fut pratiquée au bord inférieur de la cornée. L’humeur aqueuse entraîna avec elle le Leptomite dont il vient d’ôtre question, et le malade fut guéri.