DES ÉCORCES
Toutes les plantes ne présentent pas une écorce parfaitement caractérisée. Cette enveloppe est tantôt mince, tantôt épaisse, suivant les végétaux. I.es Dicotylédones ligneuses seules possèdent une véritable écorce.
Les écorces employées en médecine sont assez nombreuses. Les principales sont : i° les Quinquinas , 2° la Cannelle, 3° la Cannelle blanche, 4° l’ écorce de Winter, 5°1 ’Angusture, 6° la Cascarille, 7° le Garou, 8° le Mussenna.
§ I. — Eforces «le Qiiiii<iuinas.
1° Histoire. — Le Quinquina était connu depuis longtemps des habitants du Pérou, avant l’arrivée des Européens en Amérique. On raconte qu’en 1638, la comtesse del Cinchon, femme du vice-roi de ce pays, était tourmentée depuis plusieurs mois par une fièvre intermittente. Un corrégidor de Loxa lui conseilla l’usage du Quinquina, dont un Indien lui avait révélé les propriétés. La comtesse guérit. Deux ans après elle revint en Espagne et rapporta la précieuse écorce ; elle la distribua réduite en poudre (poudre de la Comtesse). Je dois dire que plusieurs au-
(1) liubus frutieosus Lirm . , vulgairement Ronce commune.
(2) Calendula offieinalis Linn., vulgairement Souci des jardins.
(3) Calendula arvensis Linn.
teurs modernes regardent cette histoire comme apocryphe. Vers 1649, les jésuites de Rome reçurent une grande quantité de Quinquina, et le répandirent dans toute l’Italie. Le nouveau remède devint à la mode ; on l’appela poudre des Jésuites ; mais cette admirable poudre était restée inconnue, surtout en France, à la plupart des médecins. Enfin, en 1679, un Anglais, nommé Talbot, contemporain de Sydenham, vendit à Louis XIV le secret de la substance fébrifuge ( poudre de Talbot), et bientôt l’écorce du Pérou entra complètement et ouvertement dans le domaine de la thérapeutique.
On ignorait, cependant, la véritable origine du Quinquina, c’est-à-dire le végétal dont il était l’écorce. En 1730, le célèbre La Condamine fut envoyé au Pérou pour mesurer, dans plusieurs points des Cordillères, quelques degrés du méridien. A son retour, il publia dans les Mémoires de l’Académie des sciences (1738) une notice sur l’arbre qui produit le nouveau fébrifuge. Linné désignecet arbresouslenom de Cinchonaofficinalis.
Vers la fin du dernier siècle on connaissait trois sortes principales d 'écorces de Quinquina : 1° la rouge, 2° la jaune, 3° la blanche. Plus tard on a distingué: 1° la rouge, 2° l'orangée, 3° la jaune, 4° la grise, 5° la blanche. De nos jours, dans l'Amérique du Sud, on récolté sept variétés de Quinquinas : 1° le noirâtre ( negrilla ), 2° le roulé en petits tuyaux ( crespilla ), 3° le gris léopard foncé ( pardo-obscura ), 4° le gris léopard clair ( pardo-clara ), 5° Yargenté ( tagarligada ), 6° le cendré (cenizienta), 7° le très-blanc ( blan quisima). Les trois premières sont les plus estimées. On croit que ces divers Quinquinas appartiennent chacun à un végétal particulier, mais on est fort embarrassé pour la détermination de ces arbres. Dans ces derniers temps, l’histoire des écorces dont il s’agit, s’est singulièrement compliquée par la découverte d’un grand nombre d’espèces nouvelles et par les descriptions confuses des auteurs (Bouchardat). Plusieurs des Quinquinas du commerce sont probablement produits par le même végétal, et certains arbres, décrits sous des noms différents, ne doivent peut-être constituer qu’une seule et même espèce. M. YVeddell a constaté que l’on peut retirer du même pied des écorces rouges, jaunes et grises...
2° Plaintes. — Le genre Quinquina ( Cincliona ) appartient à la famille des Hubiacées. Il a pour caractères : Un calice adhérent 5-denlé, persistant. Une corolle gamopétale, régulière, infundibuliforme, à tube légèrement anguleux et à limbe 5-lobé avec des lobes oblongs. 5 étamines insérées sur le milieu du tube,
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incluses, à filaments courts, portant des anthères linéaires ; un style simple avec 2 stigmates lobés. Un fruit capsulaire, ovoïdeallongé, couronné par les dents du calice, biloculaire, contenant plusieurs graines dans chaque loge et s’ouvrant en deux valves. Des graines nombreuses, dressées, planes, offrant sur les bords une aile membraneuse plus ou moins dentieulée.
Les Quinquinas sont de grands arbres ou des arbrisseaux, à fleurs disposées en panicules thyrsiformes, blanches, rosées ou rougeûtres.
Les principales espèces sont : 1° le Quinquina Calisaya (1), 2° le Quinquina La Condamine (2), 3° le Quinquina à petites fleurs (3), 4° le Quinquina ovale (4). La première habite la Bolivie et le midi du Pérou ; la seconde, aux environs de Loxa et d’Ayacava ; la troisième et la quatrième se trouvent dans la Bolivie et dans le Pérou. Voici les caractères de ces quatre espèces :
1° Quinquina Calisaya (fig. 43). — Feuilles oblongues ou lancéolées-obovées, obtuses, glabres, luisantes, pubescentes en dessous et scrobiculées dans l’aisselle des nervures ; bractées elliptiques, très-obtuses ; dents du calice triangulaires; filaments des étamines beaucoup plus courts que la moitié de l’anthère; capsule égalant à peine la longueur de la fleur, de forme ovée ; graines ellip t ico-1 ancéolées, à bord fortement frangé denticulé.
2° Quinquina La Condamine (fig. 44). — Feuilles lancéolées, ovales ou à peu près arrondies, généralement aiguës, très-glabres et luisantes en dessus, scrobiculées en dessous dans l’aisselle des nervures ; bractées ovales, pointues ; dents du calice triangulaires-acuminées ou lancéolées; filaments des étamines égalant la moitié des anthères ou plus longs ; capsule beaucoup plus longue que la fleur, oblongue ou lancéolée; graines elliptiques-lancéolées, à bord denticulé.
3° Quinquina à petites fleuri (lig. 45). — Feuilles ovales ou obovées, un peu obtuses, membraneuses, glabres en dessus, trèslégèrement pubescentes en dessous, avec un peu de villosité sur les nervures ; bractées légèrement ovales, obtuses ; dents du calice courtes et acuminées ; filaments des étamines de la longueur des anthères ; capsule linéaire-lancéolée ; graines lancéolées, étroites, à bord denticulé.
4° Quinquina ovale { fig. 46). — Feuilles largement ovales, un
(1) Cinchona Calisaya Wedd.
(2) Cinchona Condaminea ICunth ( C . officinalis Linn.ex parte).
(3) Cinchona micrantha Ruiz et Pav.
(4) Cinchona ovaia Wedd.
peu aiguës, légèrement coriaces, glabres en dessus, pubescentes tomenteuses en dessous ; bractées ovales, un peu aiguës; dents du calice courtes, aiguës ; filaments des étamines beaucoup plus courts que les anthères ; capsule lancéolée-étroite ; graines lancéolées, à bord frangé-denticulé.
3° Écorces. — La récolte des ccorces des Quinquinas forme une branche d’industrie très-importanle ; elle a lieu dans les
mois de septembre, d’octobre et de novembre. On nomme cascarilleros les hommes chargés de cette exploitation. Pour s’assurer si la récolte d’une écorce est possible, on en détache un petit fragment ; s’il se colore en rouge par l’action de l’air, on regarde la branche comme mûre. On dénude ensuite les axes
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avec des couteaux bieu aiguisés. Ou pratique des incisions longitudinales, et l’on détache l’écorce avec le dos de la lame de l’instrument tranchant. On fait sécher au soleil les écorces détachées. Quand ces dernières sont minces, la chaleur les fait rouler sur elles-mêmes ; les plus épaisses se courbent légèrement.
M. Weddell a nommé, dans ces écorces, exoderme ou périderme, tou te la partie extérieure qui, ayant perdu sa vitalité première, persiste à la surface des couches vives et leur sert d’enveloppe protectrice, et il donne le nom de derme à l’ensemble des couches in-
Fig. U. — Quinquina La Coudamine.
térieures. Le derme est donc l’écorce, moins son exoderme. Cette distinction est importante pour caractériser plus nettement les différentes sortes de Quinquinas employés en médecine.
Les écorces des Quinquinas se rencontrent, dans le commerce, sous deux formes : 1° la forme roulée , 2° la forme plate.
1° L’écorce du Calisaya (I) est supérieure à toutes les autres.
(1) Vulgairement, en Amérique, Cascarilla colisaya, culisaya , calisaya. — Coli signifie rouge, et saya veut dire sorte ou forme.
La forme roulée présente un exoderme assez épais, rugueux, inégal, marqué de distance en distance de scissures annulaires, et, dans l'espace intermédiaire, de crevasses transversales et longitudinales plus ou moins rapprochées, souvent anastomosées, et à
Fig. 45. — Quinquina à petites fleurs.
bords épais et relevés, d’un blanc argenté, matou grisâtre, ou à bordsd’un brun noirâtre ou un peu ardoisé, avec des marbrures blanches. Dermelisse extérieurement ou plus souvent marqué de petites impressions linéaires anastomosées ou punctiformes, répondant aux scissures et aux crevasses de l’exoderme, d’unecouleur fauve, obscure ou violacée ; face interne finement fibreuse, d’un
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jaune : fauve; fracture transversale assez neüe, largement résineuse extérieurement, à fibres peu saillantes en dedans (Wedd.).
Fig. 46. — Quinquina ovale.
La forme plate (\) est généralement constituée parle liber seul quelquefois d’une épaisseur de 10 à 15 millimètres, d’une assez grande densité, et, en général, d’une texture parfaitement uniforme. Surface extérieure irrégulière, marquée de sillons Iongitudinauxconfluents à fond fibreux, eide crêtes saillantes d’un jaune fauve u n peu brunâtre, fréquemmen t parsemé de taches d’un rouge
] (0 Vulgairement, en Bolivie, Colisaya amarilla, C. dorada, C. anaranjada.
noirâtre. Surface interne très-nettement fibreuse, à grain souvent ondulé, d’un jaune fauve, quelquefois un peu orangé, surtout si l’écorce est fraîche. Fracture transversale purement fibreuse, à fibres très-courtes, se détachant au moindre effort. Fracture longitudinale sans esquilles, à surface parsemée de points brillants; couleur uniforme dans toute l’épaisseur de l’écorce (Wedd.).
L’écorce de Calisaya présente deux variétés moins connues : t°le Calisaya Zamba (1), 2° le Calisaya blanc (2).
La première est remarquable par la nuance foncée de la face externe, qui est souvent en entier d’un noir vineux.
La secondeoffre une surface moins inégale, quelquefois demicelluleuse et de couleur plus pâle.
2° L’écorce du Quinquina La Condamine est généralement connue sous le nom de Quinquina gris (3).
La forme roulée offre un exoderme mince, adhérent, marqué de stries ou fissures linéaires transversales et assez rapprochées, à bords àpeine relevés, d’un gris plus ou moins blanchâtre ou brunâtre et à marbrures peu nombreuses. Derme presque lisse extérieurement, d’un fauve brunâtre. Fracture transversale assez fibreuse, à cercle résineux peu prononcé (Wedd.).
La forme plate est composée par le liber et par une couche plus ou moins épaisse de la tunique cellulaire, souvent revêtue d’une lame d’exoderme. Derme presque lisse extérieurement, ou présentant çà et là quelques anfractuosités au fond desquelles leliber est à nu. Face interne à fibres assez marquées et parallèles, d’un fauve clair rougeâtre ou un peu orangé. Fracture transversale généralement subéreuse dans le quart extérieur de l'épaisseur de l 'écorce, plus ou moins filandreuse vers sa partie interne, plus rarement entièrement fibreuse. Surface de la fracture longitudinale assez chatoyante (Wedd.).
3° L’écorce du Quinquina à petites fleurs n’est pas'rare dans le commerce ; elle est connue sous le nom de Huanuco.
La forme roulée présente un exoderme très-mince, assez adhérent, un peu ridé longitudinalement ou très-légèrement verruqueux, d’un gris brunâtre assez clair, avec quelques marbrures plus foncées. Derme presque lisse extérieurement, finement fibreux en dedans, et d’un fauve orangé clair. Fracture transversale assez nette en dehors, fibreuse à la partie interne (Wedd.).
(1) Vulgairement, en Amérique, Colisaya Zamba , C. negra , C. macha,
(2) Vulgairement, en Amérique, Colisaya blanca.
(3) On l’appelle aussi Quinquina gris brun de Loxa, Quinquina Carthagène spongieux, Quinquina orangé ( Quina anaranjada), Quinquina Pitaya , Pitaywi.
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