‹ Eléments de chimie (volume 2)Chapitre 100 sur 379 · LIV. I, CHAP. Y, PHOSPHORE · texte numérisé non relu

LIV. I, CHAP. Y, PHOSPHORE

Il suffit alors de frotter ces allumettes pour qu'elles s’enflamment sans produire d’explosion. Le phosphore prend feu parle frottement, et la chaleur dégagée par sa combustion suffît pour enflammer le soufre, qui détermine en brûlant l’inflammation de l’allumette. Le soufre, en brûlant, donne du gaz acide sulfureux, très désagréable à respirer; aussi a-t-on essayé de lui substituer l’acide stéarique (cire). Les allumettes ont leur bout imprégné de cire et sont recouvertes de pâte phosphorée qui ne diffère essentiellement de la première que par l’introduction dans le mélange d’une certaine quantité de chlorate de potasse, destiné à activer la combustion du phosphore, car la cire est moins inflammable que le soufre. A la vérité, la cire est beaucoup plus chère ; mais il en faut dix fois moins. 11 serait donc possible que le soufre fût remplacé un jour par la cire dans la fabrication des allumettes.

La facilité avec laquelle les allumettes chimiques s’enflamment, les propriétés toxiques violentes de la pâte phosphorée qu’elles portent à leur extrémité, sont la cause de nombreux malheurs qu’il importe de prévenir. On peut y parvenir aujourd’hui par l’emploi des allumettes au phosphore rouge, qui est bien moins inflammable et qui n’est pas un poison comme le phosphore ordinaire. Nous dirons quelques mots de ces allumettes au phosphore amorphe , dont l’usage se répand de plus en plus.

Les allumettes, soufrées ou recouvertes de cire, reçoivent une pâte composée de :

Chlorate de potasse 1

Sulfure d’antimoine en poudre 5

Colle forte 1

le tout délayé dans un peu d’eau chaude.

On recouvre ensuite un carton de la composition suivante :

Phosphore amorphe en poudre 10

Bioxyde de manganèse ou sulfure d’antimoine 8

Colle forte 6

On voit que l’allumette ne peut s’enflammer par le frottement, puisqu’elle ne contient pas de phosphore; mais si on la frotte sur le carton, on en détache assez de phosphore pour qu’il détermine, en brûlant vivement, la chaleur nécessaire pour opérer la combustion du soufre ou de la cire ; on évite ainsi les risques d’incendie ou d’empoisonnement, trop fréquents avec les autres allumettes.

CHIMIE INORGANIQUE

214. Préparation industrielle du phosphore rouge. — Ce que nous venons de dire de l’emploi du phosphore rouge nous amène naturellement à indiquer les moyens dont on dispose pour l’obtenir facilement et à bon marché.

On chauffe directement un grand vase en fonte de fer contenant 200 kilogrammes de phosphore ordinaire, à la température de 240°, que l’on maintient autant que possible à ce terme pendant dix jours, en ayant soin de ne pas trop la dépasser. Le vase est muni d’un couvercle fermé par une vis de pression, et traversé d’un tube recourbé, que l’on peut fermer à l’aide d’un robinet. L’extrémité de ce tube plonge dans le mercure; il sert à empêcher le contact de l’air, tout en permettant aux gaz de sortir quand on commence à chauffer le vase. Quand l’opération est achevée, on ferme le robinet, afin que le mercure ne monte pas dans l’appareil pendant le refroidissement.

On détache le phosphore durci à coups de ciseau, on le broie dans l’eau et on le tamise. Cette poudre est ensuite traitée par le sulfure de carbone. On emploie aussi avec succès, d’après les expériences de M. Coignet, une solution de soude caustique qui dissout le phosphore ordinaire, en donnant de l’hypophosphite de soude et en dégageant de l’hydrogène phosphoré, sans altérer le phosphore rouge. L’opération est terminée quand le dégagement de gaz a cessé ; il ne reste plus qu’à laver le phosphore à grande eau pour lui enlever toute trace de soude.

On fabrique annuellement en France 60 000 kilogrammes de phosphore ordinaire et 2000 kilogrammes environ de phosphore rouge.

Page 1