L1V. I, CHAP. V, PHOSPHORE
plus d’énergie dans l’oxygène que dans l’air; mais le résultat est natu
Tellement le même : il se produit toujours de l’acide phosphorique. 11 n’en faudrait pas conclure qu’à froid l’action de l’oxygène sur le phosphore ordinaire est plus vive que celle de l’air. Si l’on introduit dans une éprouvette, contenant de l’oxygène à la pression de l’atmosphère ou à une pression peu différente, un bâton de phosphore, il ne se produit aucune action, tant que la température ne s’élève pas au-dessus de 50°. On le reconnaît à la constance du niveau du mercure dans l’éprouvette. Si l’on fait l’expérience dans l’obscurité, on n’aperçoit autour du bâton aucune auréole brillante. Il n’en serait plus de même dans l’oxvgène raréfié ; c’est ce que l’on démontre en faisant arriver dans la chambre d’un baromètre un petit fragment de phosphore, puis quelques bulles d'oxygène : le phosphore devient phosphorescent et absorbe peu à peu le gaz. En mélangeant l’oxygène avec des gaz inertes, on arrive au même résultat, parce que l’on diminue ainsi la pression qu’il exerce en augmentant le volume qu’il occupe. Il suffit que le mélange soit fait dans la proportion de 4 volumes d’oxygène et 5 d’azole pour que l’absorption commence à avoir lieu; on comprend donc qu’elle se produise facilement dans l’air. Au-dessus de 50°, dans l’oxygène pur et à la pression ordinaire, le phosphore s’enflamme vivement.
210. Phénomène de la phosphorescence. — Ce phénomène se produit lorsque le .phosphore est placé dans un gaz qui contient de l’oxygène. La difficulté de préparer des gaz absolument exempts d’air a fait croire que le phosphore pouvait luire dans l’azote et l'hydrogène purs,
était dû à une vaporisation du phosphore. Mais si l’on met du phosphore dans un ballon contenant de l’air que l’on ferme après y avoir fait
terminée par suite de l’absorption complète de l’oxygène, il est impossible de la reproduire en faisant varier la température du ballon, ce qui détermine cependant une vaporisation nouvelle du phosphore. Toutefois la phosphorescence présente des particularités singulières. Elle est plus brillante dans un mélange contenant de l’azote que dans un mélange qui n’en contient pas. Les gaz, chlore, bicarbure d’hydrogène, acide sulfhydrique, acide sulfureux, les vapeurs de sulfure de carbone, d’éther, d’alcool, d’essence de térébenthine, etc., mélangés eu petite proportion à l’air, empêchent le phosphore d’y luire et en même temps d’absorber l’oj£ygène qui y est contenu ; tandis que des corps analogues, la vapeur de brome, l’acide chlorhydrique, le camphre, ne produisent aucun effet.
ainsi que dans le vide barométrique, et l’on pensait que ce phénomène
incomplètement le vide, on constate que la phosphorescence une fois
CHIMIE INORGANIQUE
D’après Graham, le phosphore ne s’enflamme pas meme à 100° dans de l’air mélangé de son volume d’hydrogène bicarboné. A la température ordinaire, il suffit de 1/450 de ce gaz pour empêcher la phosphorescence dans l’air à la pression ordinaire; mais, dans l’air raréfié, il faut une proportion plus forte.
211. Action de l’acide azotique. — Le phosphore rouge est lentement attaqué par l’acide azotique; il n’en est pas de même du phosphore ordinaire. Si l’acide est concentré, la réaction est des plus vives: il se dégage du protoxyde d’azote et de l’azote; le phosphore passe à l’état d’acide phosphorique. Si l’acide est étendu, le phosphore rouge n’est plus attaqué; mais le phosphore ordinaire se transforme régulièrement en acide phosphorique, l’acide azotique est ramené à l’état de bioxyde d’azote. Il se forme en outre, comme dans la dissolution des métaux par l’acide azotique étendu, une certaine quantité d’azotate d’ammoniaque.
212. État naturel. — Le phosphore est assez abondant dans la nature, surtout à l’état de phosphate de chaux, que l’on extrait aujourd’hui dans beaucoup de localités pour les besoins de l’agriculture. Il constitue la majeure partie des os: le cerveau des animaux, la laitance des poissons, en contiennent une proportion notable. Nous avons dit qu’on en trouvait dans l’urine.
215. Usages. — On emploie principalement le phosphore pour la fabrication des allumettes chimiques; elle en absorbe environ 56 000 kilogrammes par an pour la France seulement.
On fabrique les allumettes chimiques ordinaires de la manière suivante : on commence d’abord par soufrer le bout des allumettes, en les plongeant par paquets dans un bain de soufre porté à 125 ou 150°; on garnit ensuite de pâte inflammable l’extrémité soufrée de l’allumette : pour cela, il suffit de la poser un seul instant sur une table de marbre recouverte, sur une épaisseur de 5 millimètres, d’une pâte phosphorée demi-fluide, dont nous indiquons ici la composition :
Phosphore 2,5
Colle forte. 2
Eau 4,5
Sable fin 2
Ocre 0,5
Vermillon ou bleu de Prusse 0,1
On porte ensuite les allumettes dans une étuve, où elles sont séchées en quelques heures.