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LIV. I, CMP. V, ACIDE PHOSPHORIQUE

un équivalent de base réelle; mais alors l’eau qui reste joue le rôle de base, tout aussi bien que la potasse ou la soude. Prenons une dissolution de phosphate de soude du commerce, 2Na0,H0,Ph03H-24H0, et versons-y une dissolution d’azotate d’argent ; il se produira un précipité jaune de phosphate d’argent, 5Ag0,Ph03, identique à celui que l’on aurait obtenu avec le phosphate de soude, 5Na0,Ph03, dans les mêmes circonstances. On voit donc que le phosphate de soude du commerce contient de l’eau à deux titres différents ; il y a un équivalent d’eau qui joue le rôle de base et que nous appellerons eau de constitution , et 24 équivalents d’eau qui n’interviennent pas dans les réactions chimiques, et qui sont de l’eau de cristallisation. Aussi, si l’on chauffe, doucement d’abord, le phosphate de soude et qu’on achève ensuite de le dessécher vers 200°, on chassera les 24 équivalents d’eau d’hydratation ; mais l’eau de constitution restera : les propriétés chimiques ne seront pas changées. Si nous portons la matière au rouge, l’eau de constitution sera chassée, comme le serait toute base volatile à cette haute température, et nous obtiendrons du pyrophosphate de soude. En effet, ce sel dissous dans l’eau, et traité par l’azotate d’argent, donne un précipité de phosphate blanc d’argent, dont la formule est 2Ag0,Ph05. Par conséquent, le phosphate de soude du commerce est un phosphate tribasique tout aussi bien que le phosphate jaune d’argent, tandis que le produit de sa calcination n’est plus qu’un phosphate bibasique identique à celui que l’on obtiendrait en saturant l’acide pyrophosphorique par la soude.

L’acide phosphorique tribasique peut même donner des sels dans lesquels il existe deux équivalents d’eau basique, et qui ont par conséquent pour formule :

R0,2H0,Ph05 -f Aq.

Le sel, que l’on appelle improprement phosphate acide de chaux, a précisément cette formule ; on reconnaît facilement que c’est un sel tribasique, en le traitant par l’azotate d’argent, parce qu’il donne alors un précipité jaune de phosphate d’argent :

3AgO,PhO\

Si l’on calcine au rouge le phosphate de soude,

Na0,2H0,Pli03,

CHIMIE INORGANIQUE

on obtient le métaphosphate de soude1,

NaO,Ph05.

En le dissolvant dans l’eau et ajoutant à sa dissolution de l’azotate d'argent, on obtient un précipité blanc de phosphate d’argent, ayant pour composition :

AgO,Ph03.

En résumé, il y a donc trois genres de phosphates correspondant à trois acides différents; on peut représenter tous les sels qu’ils comprennent par le tableau suivant :

ACIDE PIIOSPHORIQUE TR1BASIQUE.

Ph03,5H0.

ACIDE PYROPIIOSPHORIQUE.

Ph05,21I0.

ACIDE MÉTAPIIOSPHORIQUE.

Ph03,H0.

PHOSPHATES TRIBASIQUES.

3R0,Ph03.

2R0,H0,Ph03.

R0,2H0,Ph03.

PHOSPHATES B1BASIQUES.

2RÔ,PliOj.

R0,H0,Pli03.

PHOSPHATE MONOBASIQUE.

R0,Ph03.

On constate de plus quelques différences dans les propriétés des acides libres.

Ainsi, l’acide métaphosphorique en dissolution coagule l’albumine et précipite le chlorure de baryum en blanc; la dissolution des deux autres acides dissout, au contraire, l’albumine coagulée. On les distinguera d’ailleurs l’un de l’autre par l’azotate d’argent que l’on devra verser dans la dissolution après l’avoir neutralisée par une base : l’acide pyrophosphorique donnera un précipité blanc, l’acide ordinaire un précipité jaune.

Nous indiquerons rapidement le mode de préparation de ces divers acides.

218. Acide pliospliorique ordinaire, Ph05,3II0 (PllQ4H5). — On chauffe dans une cornue, communiquant avec une allonge et un ballon (fig. 72),

1 On prépare ordinairement ce sel en fondant au rouge un mélange à équivalents égaux de phosphate de soude et de phosphate d’ammoniaque du commerce. La formule suivante, dans laquelle on a négligé l’eau d’hydratation, rend compte de la décomposition effectuée par la chaleur :

2Na0,H0,PH03 + 2(AzHs,H0),H0,Ph05 = 2(Na0,Ph03) -J- 2AzII3 + 4110.

LIY. I, CflAP. y, ACIDE PHOSPHORIQUE.

1 partie de phosphore et 12 ou 15 parties d’acide azotique, à 20° Baume, en ayant soin de remettre dans la cornue les premières parties du liquide qui ont passé à la distillation; c’est ce qu’on appelle cohober : on utilise ainsi tout l’acide nitrique qui distille au commencement de l’opération. Quand le phosphore est dissous, on évapore

dans une capsule de platine jusqu’à consistance sirupeuse l’acide phosphorique qui reste dans la cornue; mais cet acide renferme toujours une certaine quantité d’ammoniaque. On obtient par refroidissement des cristaux déliquescents qui contiennent trois équivalents d’eau :

rh05,5H0.

Ces cristaux sont des prismes droits à base rhombe qui fondent à 41°, 75. Chauffé à 212°, l’acide phosphorique se transforme en acide pyrophosphorique.

Les acides pyrophosphorique et métaphosphorique, se transformant rapidement dans l’eau en acide ordinaire, surtout quand on fait bouillir leurs dissolutions, ne peuvent évidemment pas se former dans ces circonstances.

Le perchlorure du phosphore est décomposé par un excès d’eau, en donnant de l’acide chlorhydrique et de l’acide phosphorique :

Pli Cl5 + 8110 = Ph05,5H0 + 5IIC1.

On fait bouillir le liquide pour chasser l’acide chlorhydrique. Mais on peut opérer plus simplement.

En présence du phosphore, le chlore décompose l’eau ; il se produit

de l’acide chlorhydrique et un composé oxygéné du phosphore. Si le chlore est en excès, c’est de l’acide phosphorique qui prend naissance. C’est ce que l’on réalise en faisant passer un courant de chlore dans du phosphore fondu sous l’eau.

219. Acide pyropiiosphorique, Ph05,21I0 (Ph2&7H4). — On prépare d’abord du pyrophosphate de plomb en mélangeant deux dissolutions de pyrophosphate de soude1 et d’acétate de plomb. Le sel de plomb, mis en suspension dans l’eau, est traité par l’hydrogène sulfuré ; il se produit du sulfure de plomb en même temps qu’il se forme de l’acide pyrophosphorique :

PhO*,2PbO '+ 2SH = 2PbS + Ph03,2H0.

La dissolution de cet acide, convenablement concentrée, peut donner, d’après M. Péligot, des cristaux dont la formule est

Pli05,2H0.

220. Acide mctapiiespiiorique, PhO%HO (PhOJH). — Si Ion chauffe fortement les acides précédents, on les transforme en acide métaphosphorique. Ordinairement on le prépare en calcinant au rouge, dans un creuset de platine, du phosphate d’ammoniaque du commerce (2AzïP0,110,Ph05). On obtient une masse vitreuse, volatile à une haute température, qui retient toujours un équivalent d’eau. C’est également cet acide qui prend naissance tout d’abord quand on dissout dans l’eau l’acide phosphorique anhydre.

L’acide métaphôsphorique ou acide phosphorique vitreux absorbe rapidement l’humidité; coulé en bâtons cylindriques ou en petites sphères, on l’emploie pour dessécher les gaz, à l’exclusion de l’acide phosphorique anhydre.

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