LIV. I, CHAP. VI, ACIDE ARSÉNIEUX
ACIDE ARSÉNIEUX AsO3 = 99 As203 = 198
245. Préparation. — On l'obtient en grand par le grillage des minerais arsenicaux et particulièrement de l’arséniure de fer et de cobalt. Les vapeurs d’acide arsénieux qui se produisent sont condensées dans de longues cheminées; on les sublime ensuite dans des vases en fer. On obtient ainsi de l’acide blanc vitreux que l’on connaît vulgaire^ ment sous le nom d'arsenic, de mort aux rats.
246. Propriétés. — L’acide arsénieux est un corps solide, blanc, inodore et presque sans saveur; toutefois un morceau de cet acide, appliqué quelque temps sur la langue, lui communique une saveur âcre et nauséabonde. Il se volatilise vers le rouge, sans fondre, en donnant une vapeur inodore dont la densité est de 13,85. On l’obtient néanmoins facilement sous forme de liquide incolore, en le chauffant dans des tubes fermés.
Récemment préparé, l’acide arsénieux est vitreux; mais peu à peu il devient opaque et ressemble tout à fait à la porcelaine. L’acide vitreux a pour densité 3,758; il est trois fois plus soluble que l’acide opaque, dont la densité est 5,699 ; l’eau dissout à froid 1/25 du poids de ce dernier et 1/10 environ à la température d’ébullition. L’acide vitreux, dissous dans l’acide chlorhydrique bouillant, laisse déposer par refroidissement des cristaux octaédriques, et la production de chacun d’eux est accompagnée d’un dégagement de lumière. Ges cristaux redissous et l’acide porcelanique ou opaque cristallisent par refroidissement dans l’acide chlorhydrique sans reproduire aucunement cet effet.
L’acide vitreux résulte d’un arrangement moléculaire stable à une température voisine de celle du point de volatilisation de l’acide arsénieux; c’est pourquoi l’acide porcelanique, chauffé vers ce point pendant quelque temps, se transforme en acide vitreux. L’acide opaque ou l’acide cristallisé en octaèdres correspond à un autre arrangement moléculaire stable à la température ordinaire. Le passage de l’état vitreux à l’état opaque ou cristallisé s’effectue en donnant lieu à une certaine quantité de chaleur latente dégagée d’ordinaire avec une telle lenteur, qu’elle est nécessairement inappréciable, mais qu’on rend sensible en dissolvant l’acide vitreux dans l’acide chlorhydrique, parce qu’alors cette chaleur soudainement dégagée au moment où se forme chaque
CHIMIE INORGANIQUE
cristal octaédrique produit la lumière observée dans ce phénomène. L’opacité de l’acide arsénieux lentement transformé est la conséquence de la cristallisation confuse qui se produit lors de ce changement dans toute la masse primitivement vitreuse.
La forme octaédrique n’est point la seule forme cristalline que puisse alfecter l’acide arsénieux, on peut aussi l’obtenir en prismes droits rhomboïdaux. C’est donc un corps dimorphe.
L’acide arsénieux sublimé lentement et condensé sur des parois froides constitue des octaèdres réguliers; on l’obtient également sous cette forme, en dissolvant un acide arsénieux quelconque dans l’eau pure ou mieux acidulée par l’acide chlorhydrique, ou enfin en exposant à l’air une dissolution d’acide arsénieux dans l’ammoniaque; à mesure que le gaz ammoniac se dégage, l’acide arsénieux se dépose en octaèdres souvent très volumineux1.
L’acide prismatique a été trouvé pour la première fois par Wôhler dans une cheminée de condensation d’acide arsénieux; plus tard, M. Pasteur, en dissolvant dans la potasse bouillante un excès d’acide arsénieux, a obtenu par refroidissement des cristaux microscopiques d’acide prismatique. La cristallisation lente de l’acide arsénieux en excès dans une dissolution étendue d’acide sulfurique donne de beaux cristaux prismatiques (Henri Sainte-Claire Deville et Debray). On peut encore obtenir ces prismes en condensant la vapeur d’acide arsénieux sur des parois maintenues à une température d’environ 250°. Une dissolution très concentrée d’acide arsénieux dans l’eau faite en vase clos vers 250°, laisse déposer, au-dessus de 200°, de petits cristaux prismatiques, puis des cristaux octaédriques seulement, au-dessous de cette température. Il semble donc que les deux formes cristallines de l’acide arsénieux correspondent à deux états moléculaires stables à deux températures différentes (Debray); nous verrons bientôt le meme fait pour le soufre (259).
247. Propriétés chimiques. — L’acide arsénieux est un acide faible ; les oxydants le transforment en acide arsénique ; les réducteurs (charbon, hydrogène), en arsenic. Introduit dans un appareil à hydrogène, il est transformé en hydrogène arsénié. Une lame de cuivre trempée dans sa dissolution se recouvre d’une couche d’arséniure de cuivre
1 L’acide arsénieux du commerce contient ordinairement un peu d'oxyde d’antimoine, que l’on en sépare facilement par l’ammoniaque, qui ne dissout pas l’oxyde d’antimoine.