L1V. I, CHAI». VII, SOUFRE
l’évaporation spontanée, laisse déposer des cristaux octaédriques, d’une beile couleur jaune et d’une transparence parfaite. Ces cristaux Ifig 82), identiques à ceux que l’on trouve dans la nature, appartiennent au système du prisme droit à base rhombe; ils se conservent indéfiniment, sans altération, à la température ordinaire.
Si l’on fait cristalliser du soufre en le fondant et le laissant lentement refroidir, on obtient de longues aiguilles transparentes, qui dérivent d’un prisme oblique à base rhombe [fig. 83) ; ces aiguilles perdent bientôt leur transparence, et si on les examine au microscope, on voit qu’elles se sont transformées en un chapelet d’octaèdre, dont l’ensemble conserve la forme extérieure du cristal primitif. Ce changement dans la forme est accompagné d’un changement de densité. Le soufre octaédrique a pour densité 2,03 ; le soufre prismatique, 1 ,97 ; par conséquent, à mesure que sa transformation s’effectue, la densité de ce dernier augmente jusqu’à devenir égale à 2,03; à ce moment, la transformation est complète. Ce passage d’un état moléculaire à l’autre est très
lent; il n’est complet souvent qu’après plusieurs années : mais on peut le produire instantanément en humectant les cristaux prismatiques de sulfure de carbone; la transformation a lieu alors avec un léger dégagement de chaleur, qui n’est naturellement pas apparent dans le cas ordinaire.
Si l’on maintient pendant quelque temps des cristaux octaédriques à une température voisine de 110°, ên les chauffant dans de l’eau bouillante, ou mieux dans une dissolution saline bouillant vers le point de fusion du soufre, on voit ces cristaux perdre leur transparence, diminuer de densité, se transformer, en un mot, en soufre prismatique. Par conséquent, il existe pour le soufre cristallisé deux arrangements moléculaires différents, qui correspondent à des températures également différentes. Vers 110°, les molécules se grouperont de manière à produire le prisme oblique; à la température ordinaire, leur arrangement conduira à l’oclaèdre.
CHIMIE INORGANIQUE
Si ces considérations sont vraies, le soufre déposé de ses dissolutions pourra affecterl’une ou l’autre de ces deux formes, suivant que le dépôt aura lieu à une température basse ou élevée. Ch. Sainte-Claire Deville a démontré, en effet, que la dissolution du soufre dans la benzine laisse déposer, entre $0° et 23°, des prismes d’abord, puis des octaèdres. On peut démontrer l’influence prépondérante de la température dans cette circonstance, en chauffant en vase clos du sulfure de carbone avec un excès de soufre au-dessus de 100°. La liqueur donne d’abord, en se refroidissant, des cristaux prismatiques, quoique le sulfure de carbone ait, à la température ordinaire, la propriété de transformer immédiatement ces cristaux en octaèdres rhombiques (H. Debray).. Seulement*, dans ce dernier cas, la transformation des prismes en octaèdres s’effectue rapidement, aussitôt que la température s’abaisse.
Cependant, les deux formes cristallines peuvent être obtenues à la même température en opérant ainsi : On dissout du soufre dans la benzine et la solution saturée est amenée à 15°; elle est sursaturée. Si on projette dans le liquide un cristal prismatique, il se forme des cristaux prismatiques; au contact d’un cristal octaédrique, ce sont des cristaux octaédriques qui se développent (Gernez).
260. Soufre fondu. — Nous retrouvons des particularités du même genre dans le soufre fondu, dont les propriétés se trouvent modifiées par la température plus ou moins élevée à laquelle on le porte.
Vers 114°, le soufre fond sans passer par l’état pâteux et donne un liquide transparent, de couleur jaune, assez semblable aux huiles pour la fluidité. Si l’on chauffe ce liquide, on le voit brunir et s’épaissir de 140° à 150°; à 220°, il est tellement épais, qu’on peut presque renverser le vase qui le contient sans l’en faire sortir, ou plutôt il peut couler, mais comme le ferait le goudron le plus épais ; au-dessus de 220°, il reprend un peu de fluidité, sans perdre sa couleur brun foncé ; il la conserve jusqu’à 440°, température à laquelle il distille. Si on le laisse refroidir, il passe de nouveau par'ces divers états intermédiaires, et se solidifie à 1 1 4°-l 1 7°, avec sa couleur et son aspect habituels. En suivant les progrès de son refroidissement à l’aide d’un thermomètre plongé dans une masse un peu considérable de soufre fondu, on voit que la température décroît d’une manière fort irrégulière. Cette variation dans la vitesse de refroidissement du soufre liquide correspond nécessairement à des changements dans l’état de ce corps, accompagnés, comme tous les changements d’état, d’un dégagement de chaleur dont l’effet est de ralentir le refroidissement.