LIV. I, CH AP. VII, SOUFRE
261. Soufre mou. — Coulons dans de l’eau froide, et en filet aussi mince que possible, du soufre fondu, porté vers la température de 230", nous obtiendrons du soufre trempé , de couleur brunâtre, qui possédera pendant quelquodemps une élasticité comparable à celle du caoutchouc. Cet état dure peu ; quelques heures, quelques jours au plus, suffisent pour le transformer en soufre ordinaire. On peut aussi changer en quelques instants le soufre mou en soufre ordinaire. Comme l’a montré Régnault, il suffit de le chaufier dans une étuve, au-dessus de 90°; à un moment donné, la transformation a lieu avec un dégagement de chaleur tellement sensible, qu’un thermomètre, plongé dans la masse de soufre mou, accuse subitement une élévation de température de 10 à 20°.
262. Soufre iiisoluMe. — Si l’on dissout du soufre mou dans du sulfure de carbone, on trouve qu’il reste toujours un certain résidu insoluble constitué par une poudre amorphe d’une couleur plus ou moins foncée, suivant la teinte du soufre mou employé. Ch. Sainte- Claire Deville, à qui l’on doit la découverte du soufre amorphe, a fait voir, en outre, que tous les soufres qui ont subi l’action de la chaleur et qui par conséquent ont subi, en se refroidissant dans l’air, une trempe plus ou moins énergique, contiennent une quantité plus ou moins notable de ce soufre (soufre en canons, soufre en fleurs). D’après M. Berthelot, le soufre ordinaire ne donne une quantité notable de soufre insoluble que s’il a été chauffé au-dessus de 155°; la quantité de soufre insoluble produit est maximum à 170°. Il existe également en quantités variables, mais souvent considérables, dans le soufre obtenu par réaction chimique ou par la décomposition des composés du soufre à l’aide de la pile.
Le soufre nous offre donc l’exemple d’un corps qui peut affecter divers états moléculaires correspondant à des propriétés physiques différentes; mais presque toutes ces variétés de soufre peuvent être ramenées facilement à la variété octaédrique, en dégageant des quantités variables de chaleur.
265. Point de fusion du soufre. — Nous n’avons pu préciser jusqu’ici le point de fusion du soufre. Il varie en effet avec son état moléculaire.
Brodie avait annoncé que le soufre prismatique ne fond qu’à 120°, tandis que le soufre octaédrique fond à 114,5. Plus récemment M. Gernez a déterminé avec une grande précision, la température de solidification des diverses variétés de soufre fondues.
CHIMIE INORGANIQUE
Pour le soufre insoluble, la solidification se produit à 114°, 3 quelle que soit la température à laquelle on l’ait fondu.
Le soufre octaédrique fondu à 121° se solidifie à I I 7°, 4; maintenu liquide à 144% il ne se solidifie plus qu’à 113°, 4; la solidification se fait à 112°, 2 pour le soufre maintenu 5 minutes à 170° et à 114°, 4 pour le soufre porté aux diverses températures comprises entre 200° et 447°. Cette dernière température de solidification est celle du soufre insoluble.
Quant au soufre prismatique, sa température de solidification dépend de son état antérieur. Ainsi, même après plusieurs fusions et solidifications successives, on retrouve dans le soufre fondu la trace de ses diverses modifications moléculaires.
264. Densité de vapeur <iu soufre. — Le soufre en vapeur présente aussi une particularité très remarquable. Sa densité, observée, à 500° par M. Dumas, est de 6,654, tandis que, prise à la température de 1000°, elle est de 2,22, c’est-à-dire le tiers de la précédente, d’après les expériences plus récentes de H. Sainte-Claire Deville et de M. Troost-
La densité 6,6 correspondrait, pour l’équivalent 16, à un volume anormal 1/3 ; la densité 2,22 correspond à un volume égal à 1 comme celui de l’oxygène.
265. Propriétés chimiques. — Le soufre, chauffé dans l’air, brûle à 250° ; le produit de sa combustion est de l’acide sulfureux.
Le soufre est donc un combustible vis-à-vis de l’oxygène; il agit de même vis-à-vis du chlore, du brome et de l’iode; c’est, au contraire, un comburant énergique pour la plupart des autres corps. On aura une idée très exacte de ses propriétés chimiques en le comparant à l’oxygène.
266. Usages du soufre. — Ses usages sont nombreux et importants. 11 sert à fabriquer l’acide sulfurique exempt d’arsenic ; il entre dans la composition de la poudre à canon. On l’emploie dans la fabrication des allumettes, pour le traitement des maladies de peau, le soufrage de la vigne; on scelle très souvent le fer dans la pierre avec le soufre; on en fait des moules pour médailles, etc. Nous donnerons une idée de son importance par le chiffre de sa consommation annuelle, qui s’élève, pour la France seulement, à 26 millions de kilogrammes.
267. Extraction du soufre. — On trouve le soufre dans le voisinage des volcans [solfatares], ordinairement mélangé avec des matières terreuses. Mais les gîtes les plus puissants ( solfares ) se rencontrent dans des couches appartenant à la formation tertiaire (Sicile, Silésie), et si quelques-uns de ces gîtes se rencontrent dans les régions volca-