LIV. I, CHAP. XV, ACIDE CARBONIQUE
qu’une portion de l’acide se trouve solidifiée. Aussi voit-on le jet d’acide carbonique produire une épaisse fumée en arrivant dans l’air. On recueille cette fumée, ou plutôt cette neige d’acide carbonique, dans une boîte circulaire, dont chaque moitié porte, suivant l’axe, un manche
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creux, et qui possède en outre une ouverture tangentielle (fig. 155). C’est par cette ouverture qu’on fait pénétrer le jet de gaz. Il tournoie d’abord dans la boîte et s’échappe par les deux ouvertures pratiquées suivant l’axe, après avoir déposé dans l’appareil la plus grande partie de l’acide qu’il contient. On ouvre de temps en temps la boite, et on fait tomber la neige qu’elle contient dans un vase à parois peu conductrices, en bois par exemple. L’acide carbonique solide peut se conserver quelque temps à cet état ; aussi peut-il servir à produire des expériences très intéressantes.
Quelques flocons de cette neige, posés sur la main, n’y produisent qu’une médiocre sensation de froid ; cela tient à ce quelle ne touche pas la peau; mais, si on la comprimait entre les doigts, on éprouverait une sensation de froid extrêmement douloureuse. En ajoutant de l’éther à la neige d’acide carbonique, on lui permet de mouiller les corps et
CHIMIE INORGANIQUE
l’on obtient un mélange tellement froid, qu’on peut y congeler en quelques instants de notables quantités de mercure, et amener ce métal à un état tel, qu’il peut être martelé, pendant quelques instants, avec des outils en bois qui conduisent mal la chaleur. Le mercure possède alors la malléabilité des métaux ordinaires. Le froid produit par ce mélange très volatil est de — 90°. En le plaçant sous le récipient de la machine pneumatique et en faisant le vide, on produit un froid de — 110°, qui a permis de liquéfier et de solidifier la plupart des gaz. 11 n’en est en effet que cinq qui aient résisté à l’action simultanée de ce froid excessif et d’une pression même considérable : ce sont l’oxygène, l’azote, l’hydrogène, l’oxyde de carbone et le bioxyde d’azole.
On obtient facilement l’acide carbonique liquide en emprisonnant dans des tubes très résistants et bien fermés, une quantité suffisante de neige d’acide carbonique qui fond peu à peu, en donnant naissance à un liquide très fluide et d’une tension de vapeur considérable, même à de basses températures, comme le fait voir le tableau
suivant :
Températures.
Tensions en atmosphères.
Températures.
Tensions en atmosphères.
En refroidissant, dans le mélange d'acide carbonique solide et d’éther, un tube contenant l’acide liquide, on peut obtenir une masse transparente solide ou même cristallisée, qui est à l’acide carbonique liquide ce que la glace est à l’eau ordinaire. Cette masse fond à — 65°.
M. Loir et C. Drion ont liquéfié l’acide carbonique, en faisant arriver le gaz sec dans un tube en U entouré d’ammoniaque liquide que l’on faisait évaporer dans le vide de la machine pneumatique; en opérant sous la pression de o ou 4 atmosphères, l’acide carbonique se congèle en une masse transparente qui se divise sous la pression d’une baguette de verre en cristaux d’apparence cubique, ayant 5 à 4 millimètres de côté.
Le coefficient de dilatation de l’acide carbonique liquide est bien supérieur à celui du gaz et croît très rapidement avec la température. On trouve en effet que la densité de l’acide carbonique est :