LIV. I, CHAP. XVI, GAZ D'ÉCLAIRAGE
partie antérieure A de la cornue, qui est fermée par une plaque mobile, mais qu’on peut fixer solidement à la cornue au moyen de vis de pression pendant l’opération. La cornue porte latéralement une tubulure qui sert à la sortie du gaz et le conduit dans le barillet.
C’est un cylindre B placé en avant du fourneau ; il est à moitié rempli par de l’eau dans laquelle plonge, d’un centimètre environ, l’extrémité de la tubulure de la cornue. Son usage principal est de séparer l’intérieur de la cornue du reste des appareils, de sorte que si une cornue vient à se rompre, le gaz contenu au delà du barillet ne peut ni s’enflammer, ni se perdre, ni se mélanger à l’air. Déplus, le gaz y laisse condenser une partie de l’eau et du goudron (carbures d’hydrogène semi-liquides et liquides) qu’il contient et se rend dans les épurateurs. Il faut donc, pour que le barillet ne puisse pas trop se remplir, le munir d’un trop-plein qui permettra d’y maintenir l’eau à un niveau constant.
Épuration physique du gaz. — Au sortir du barillet, le gaz se rend dans une série de tubes ayant la forme d’U renversés; les extrémités inférieures de ces tubes sont fixées au fond supérieur d’une caisse C que le gaz traverse pour se rendre d’un tube à l’autre. Cet appareil porte le nom de réfrigérant. On le refroidit, en effet, pendant l’été, en l’arrosant avec de l’eau froide; en hiver, le contact de l’air suffit. C’est là que le gaz dépose sa vapeur d’eau, ses sels ammoniacaux et la plus grande partie de son- goudron. O11 ajoute même à cet appareil un cylindre de fonte F séparé en deux compartiments et rempli de coke. Le gaz, qui arrive par la partie supérieure de l’un des compartiments, doit filtrer à travers les interstices et les pores du coke, pour gagner la tubulure de sortie de l'autre compartiment. Le contact, sur une grande surface, avec une matière solide, permet au gaz de se dépouiller des vapeurs globulaires, goudronneuses et ammoniacales qu’il contient encore au sortir du réfrigérant.
Épuration chimique. — Le gaz renferme encore de l’acide sulfhydrique, du sulfhydrate d’ammoniaque et même du carbonate d’ammoniaque dont il faut le débarrasser. Autrefois, on le faisait passer à travers de la chaux éteinte et pulvérulente qui absorbait les acides, mais il y restait toujours un peu de sulfhydrate d’ammoniaque et de l’ammoniaque mise en liberté par la chaux. On peut remédier à cet inconvénient en faisant d’abord passer le gaz à travers une solution de chlorure de manganèse que l’on obtient comme résidu de la préparation du chlore. Il se produit alors du carbonate et du sulfure de manganèse
CHIMIE INORGANIQUE
insolubles, en même temps que du chlorhydrate d’ammoniaque, qui reste dissous ; l’acide sulfhydrique mis en liberté est facilement absorbé par la chaux. Ce procédé, indiqué par M. Mallet, donne de bons résultats; mais, dans les grandes usines, on emploie aujourd’hui le moyen suivant :
On fait passer le gaz de l’éclairage dans des caisses II où sont déposées des claies superposées que l’on recouvre d’un mélange de plâtre et de sesquioxyde de fer, obtenu en précipitant une solution concentrée de sulfate de fer par une quantité équivalente de chaux et exposant la maiière à l’air; on divise en outre avec de la sciure de bois. L’ammoniaque du carbonate est retenue à l’état de sulfate d’ammoniaque; quant au sesquioxyde de fer hydraté, il est réduit partiellement par l’acide sulfhydrique ; il se dépose du soufre en même temps qu’il se produit un peu de sulfure de fer. Le lavage de cette matière permet d’enlever le sulfate d’ammoniaque; il suffît ensuite d’exposer le résidu à l’air pour le revivifier, le sulfure de fer passant à l’état de sesquioxyde.
A sa sortie des épurateurs, le gaz se rend dans le gazomètre G, où il est conservé en attendant qu’on le distribue aux consommateurs. La planche III donne une idée des appareils des usines à gaz; on a seulement supprimé des dispositions qui ont pour but de régulariser la pression dans les diverses parties de l’appareil. Leur description n'entre pas dans le cadre de notre ouvrage.
Voici la composition d’un gaz d’éclairage de bonne qualité préparé à Manchester et analysé par M. R. Bunsen :
Hydrogène 45,58
Gaz des marais . 34,96
Carbures divers 6,46
Hydrogène sulfuré 0.29
Azote . 2,40
Acide carbonique . . 3,67
Oxyde de carbone. . 6,64
Les carbures divers qui entrent dans la composition de ce gaz dans la proportion de 6,46 pour 100 sont l’éthylène et ses homologues, l’acétylène (553), de la vapeur de benzine, de la naphtaline C2UH8.
Les cristaux de naphtaline se condensant dans les conduites de gaz, surtout pendant les froids de l’hiver, peuvent les obstruer. Enfin,