CHLORE, BROME, IODE, FLUOR
658. Les corps de cette famille forment avec l’hydrogène des hydracides puissants, dont le type est l’acide chlorhydrique. 1 volume d’hydrogène s’unit à 1 volume du métalloïde pour donner 2 volumes de gaz acide.
A ce caractère essentiel, on en peut joindre d’autres moins importants, il est vrai, mais qui montrent jusqu'où va la ressemblance des corps de cette famille.
Le chlore, le brome, l’iode, ont une odeur forte et caractéristique ; ils exercent sur les organes de la respiration une action très irritante; ils ont une certaine tendance à se dissoudre dans l’eau, et même à contracter des combinaisons avec elle; ainsi, nous connaissons un hydrate de chlore et un hydrate de brome; ce sont les seuls corps simples qui présentent ces propriétés.
Les acides chlorhydrique, bromhydrique et iodhydrique sont gazeux à la température ordinaire, fumants à l’air, extrêmement solubles dans l’eau, avec laquelle ils contractent des combinaisons définies. Leurs dissolutions constituent des acides énergiques, attaquant la plupart des métaux avec dégagement d’hydrogène.
Les composés qu’ils forment indirectement avec l’oxygène sont des acides peu stables; ils cèdent assez facilement leur oxygène, pour que quelques-uns d’entre eux possèdent, à raison de cette propriété, un
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pouvoir décolorant considérable. La composition de ces acides est d’ailleurs la même.
Les chlorures, bromures et iodures métalliques sont généralement isomorphes : tels sont les iodure, bromure et chlorure de potassium, qui cristallisent ensemble, en toutes proportions, sous forme de cubes; leurs ressemblances se manifestent dans la plupart de leurs propriétés; ainsi le chlorure d’argent est insoluble ; il en est de même du bromure et de l’iodure d’argent ; la lumière altère également ces trois composés; aussi les emploie-t-on tous trois dans l’art de la photographie. On se sert, pour dissoudre la partie non altérée, du même dissolvant, de l’hyposulfite de soude.
Nous avons dit qu'on avait joint à cette famille si naturelle le radical hypothétique des fluorures. L’acide fluorhydrique est en effet un gaz fumant comme l’acide chlorhydrique, éminemment soluble dans l’eau, et sa dissolution est un acide énergique ; il renferme comme lui la moitié de son volume d’hydrogène (434). Comme nous ne connaissons d’hydracides énergiques que ceux qui sont formés de 1 volume d’un radical et de 1 volume d’hydrogène, sans condensation, nous sommes naturellement conduit à attribuer à l’acide fluorhydrique la composition de l’acide chlorhydrique et à placer le fluor dans la famille du chlore. Ajoutons encore, comme analogie entre le fluor et le chlore, l’existence des chloro et fluophosphates isomorphes.
La stabilité des composés oxygénés des corps de cette famille varie à l’inverse des composés hydrogénés. C’est-à-dire qu’on ne connaît aucun composé oxygéné du fluor, que l’acide chlorique est moins stable que les acides bromique et iodique, tandis que l’acide fluorhydrique est au contraire le plus stable des hydracides de ce groupe de métalloïdes qu’on peut, au point de vue de ces deux ordres de propriétés, ranger dans l’ordre suivant : fluor, chlore, brome et iode .
Nous voyons, en effet, l’iode et le brome chasser le chlore de ses combinaisons oxygénées, tandis que le chlore décompose l’acide bromhydrique et plus facilement encore l’acide iodhydrique, que le brome peut également décomposer.
C’est aussi l’ordre des équivalents, en commençant par le plus léger ; c’est également l’ordre de volatilité, de densité, de coloration, etc.
Le tableau suivant met en évidence cette gradation de propriétés.