LIV. I, CHAP. II, AIR
On aura delà même manière pour le poids y d’acide carbonique con-
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tenu dans 10 000 parties d air, y = - - — -.
114. Méthode de M. Pettenkofer. — Les méthodes précédentes exigent des pesées délicates qui ne peuvent s’effectuer que dans un laboratoire. M. Pettenkofer a modifié la méthode de Thénard de manière à substituer aux pesées un simple dosage volumétrique. Il agite un volume déterminé d’air (4 à 5 lit.) avec un volume connu d’eau de baryte dont le titre est déterminé à l’avance. L’acide carbonique de Pair précipite une partie de la baryte et on détermine, au moyen d’une solution étendue et titrée d’acide oxalique, ce qu’il en reste dans la liqueur; la différence donne la base précipitée et il est facile d’en déduire la quantité d’acide carbonique correspondante.
115. Méthode de M. Reiset. — Avec d’aussi petites quantités d’air, il faut une grande habileté pour déterminer la proportion si minime d’acide carbonique contenue dans l’air; l’étude de ses variations, à plus forte raison, serait incertaine. Aussi M. Reiset, dans les nombreuses et importantes expériences qu’il a faites sur ce sujet, se servait d’un aspirateur de 7 à 800 litres de capacité, qui lui servait à faire passer ce volume d’air dans une solution de baryte dont le ti re était, comme dans la méthode précédente, déterminé sur un même volume, avant et après l’expérience.
La solution de baryte était contenue dans un barbotteur formé par un long tube, divisé en trois compartiments, par des plaques de platine percées d’un grand nombre de petits trous, que l’air traverse en se divisant en bulles très petites ; l’acide carbonique était entièrement absorbé dans les deux premiers compartiments. M. Reiset déterminait également l’eau contenue dans l’air au moyen de tubes à ponce sulfurique, mais alors l’air desséché, en traversant l’eau de baryte, déterminait l’évaporafion d’une certaine quantité de liquide. Il fallait en ajoutant de l’eau d-istillée, ramener la solution de baryte à son volume primitif afin d’en effectuer le titrage.
Cet appareil, porté sur un chariot mobile, pouvait être facilement transporté dans les champs, pour étudier l’influence de la végétation et le dosage par les liqueurs titrées n’exigeait pas l’installation compliquée d’un laboratoire de précision.
116. Résultats. — Des nombreuses expériences deM. Reiset, qui sont d’accord avec celles que M. Boussingault a effectuées sur de grands volumes d’air (500 litres au moins), et avec celles de plusieurs chi-
CHIMIE INORGANIQUE
mistes allemands, donnent pour le volume d’acide carbonique contenu dans l’air un nombre toujours voisin de 3 dix millièmes. Cette proportion paraît être un peu plus grande pendant la nuit que pendant le jour1; elle ne semble pas dépendre de la saison.
117. Autres matières contenues dans l’air. — On trouve également dans l’air, d’une manière constante des traces d’ozone (95), de petites quantités d’acide sulfhydrique et d’ammoniaque, provenant de la décomposition incessante des matières organisées, des composés oxygénés de l’azote, du moins à certaines époques de l’année, une très petite quantité d’un principe hydro-carboné, dont l’existence, signalée autrefois par de Saussure, a été confirmée depuis par M. Boussingault2. Enfin, dans l’air flottent constamment des myriades de corpuscules visibles quand les rayons du soleil pénètrent par une petite ouverture dans un endroit obscur. Ce ne sont pas seulement des poussières minérales soulevées de la terre par le vent, et maintenues en suspension dans l’air par le mouvement incessant de ce fluide, mais ce sont aussi des êtres organisés, parmi lesquels on trouve tous les germes des moisissures qui se produisent dans les liquides altérables exposés au contact de l’air. L'existence de ces germes, démontrée par les expériences de M. Pasteur, a mis à néant l’hypothèse des générations spontanées.
En nous bornant aux principes gazeux dont le mélange constitue, à proprement parler, l’air atmosphérique, nous pouvons trouver, au premier abord, qu’ils sont bien nombreux; mais un peu de réflexion nous fait voir qu’il en existe probablement encore d’autres qui nous ont échappé jusqu’ici, à cause de leur rareté. Les phénomènes naturels qui s’accomplissent à chaque instant à la surface et dans la pro-
1 MM. Boussingault et B. Levvy avaient trouvé 3,19 d’acide carbonique pour 10,000 parties d’air à Paris et 2,98 à Montmorency, les nombres de M. Reiset ont varié, dans les circonstances les plus diverses, de 3,16 à 2.83.
2 On démontre l’existence de ces divers corps dans l’atmosphère par les expériences suivantes. Si l’on fait passer un volume d’air considérable à travers des tubes de Liebig contenant de l’acide chlorhydrique, il se produira à la longue du chlorhydrate d’ammoniaque ; si les tubes contenaient de la potasse, il se formerait de l’azotate de potasse ; pour l’acide sulfhydrique, il suffit de remarquer que toutes les peintures au blanc de plomb noiroissent au contact de l’air par suite de la formation de sulfure de plomb. Enfin, si l’on fait arriver de l’air dépouillé d’bumidilé et d’acide carbonique dans un tube de porcelaine chauffé au rouge, il se forme une petite quantité d’eau et d’acide carbonique, ce qui ne peut s’expliquer qu’en admettant dans l’air un principe hydrocarboné (peut-être un mélange d’hydrogène carboné et d’oxyde de carbone?).