EAU
110 = 9 2to1
Les propriétés physiques de l’eau sont étudiées avec détail dans tous les traités de physique; nous nous bornerons donc à rappeler les principales, en n’insistant que sur celles qui intéressent plus particulièrement les chimistes.
150. Propriétés physiques. — L’eau affecte constamment trois états dans la nature : elle existe toujours à l’état de glace dans les régions polaires ou sur le sommet des hautes montagnes, à l’état liquide dans les mers, les lacs profonds et les grandes rivières, même pendant les froids de l’hiver, enfin constamment à l’état de vapeur dans l’atmosphère.
Elle est toujours incolore sous une faible épaisseur, mais légèrement verdâtre quand on la voit en grande masse. Elle est inodore et peu agréable au goût si elle est parfaitement pure, mais nous ne trouvons
Fig. 44.
naturellement aucune saveur à celle que nous buvons habituellement. Sa densité maximum, à la température de 4°, a été prise pour unité. Elle se solidifie à 0°, en augmentant très sensiblement de volume, puisque 950 centimètres cubes d’eau à 4° peuvent donner en se congelant 1 litre de glace. Elle peut alors affecter la forme cristalline, et, si l’on opère sur une eau boueuse, on peut obtenir des cristaux nets et isolés qui ont la forme d’hexaèdres réguliers. On retrouve parfois dans le givre et dans la neige des assemblages de cristaux appartenant au système hexaédrique ou rhomboédrique (fig. 44).
CHIMIE INORGANIQUE
Elle se réduit en vapeur, au contact de l'air, à toutes les températures, mais elle entre en ébullition à 100°, dans les circonstances ordinaires de pression. Sa densité à l’état de vapeur est 0,622.
151. Dissolution des corps dans l’eau. — L’eau a la propriété de dissoudre un grand nombre de corps solides; nous avons déjà vu (17) tout le parti qu’on peut tirer de cette propriété pour obtenir les corps à l’état de cristaux. Nous reviendrons sur ce sujet à propos des sels.
Elle dissout également les gaz, et nous avons donné (p. 10) les coefficients de solubilité des principaux gaz dans l’eau.
152. Action de la chaleur. — La chaleur a pour premier effet de vaporiser l’eau; mais si on porte celle-ci à la température de fusion du platine, elle se décompose partiellement en ses deux éléments. Si l’on plonge dans l’eau, ainsi que l’a fait Grove, une boule de platine fortement chauffée, il se dégage tout autour de ce métal des bulles d’un mélange d’oxygène et d’hydrogène qu’on peut enflammer au moment où elles s’élèvent à la surface de l’eau. Comme nous savons que la combinaison de l’hydrogène et de l’oxygène développe une température capable de fondre le platine et des matières encore plus réfractaires, il paraîtra peut-être surprenant aujourd’hui que l’expérience de Grove n’ait pas conduit les chimistes à admettre la possibilité de décomposer un corps à une température plus basse que celle à laquelle il peut se former. Mais à cette époque des chimistes éminents, comme Berzelius, au lieu d’en tirer une conséquence, qui conduisit H. Sainte-Claire Deville à la découverte de la dissociation, attribuaient la décomposition de l’eau dans ces circonstances à la force catalytique du platine.
H. Deville a d’ailleurs démontré par des expériences directes la dissociation de l’eau à des températures moins élevées encore que celles employées par Grove.
1° On prend un appareil composé d’un tube de porcelaine vernissée, dans l’intérieur duquel se trouve un autre tube d’une autre substance poreuse (fig. 45) ; le système des deux tubes étant fortement chauffé, on fait arriver de la vapeur d’eau dans le tube intérieur en terre poreuse, et un courant d’acide carbonique dans l’espace annulaire compris entre le tube poreux et le tube de porcelaine ; on reçoit les gaz sortant de l’appareil sur une cuve contenant de la lessive de potasse dans des éprouvettes de 1 centimètre carré de large sur 1 mètre de haut pour arrêter l’acide carbonique. Lorsque le fourneau est en activité, on recueille un mélange gazeux fortement explosif et composé des élémenls de l’eau, hydrogène et oxygène. Ainsi une partie de la vapeur