LIV. I, Cil AP. III, EAU
tuyau d’arrivage, 11e contient pas d’oxygène; le gaz qu’on en dégage par l’ébullition est formé exclusivement d’acide carbonique et d'azote.
Il existe donc, sous le rapport de la quantité d’acide carbonique, une différence profonde entre l’eau de pluie et l’eau ordinaire; c’est que l’acide carbonique existe à deux titres différents dans l’eau ordinaire : une portion y est seulement dissoute; l’autre, et c’est de beaucoup la plus considérable, y est à l’état de combinaison; elle forme des bicarbonates, et notamment du bicarbonate de chaux soluble. Aussi, toutes les fois qu’on fait bouillir de l’eau, le bicarbonate de chaux se décomposant en acide carbonique qui se dégage et en carbonate de chaux, on voit celui-ci se précipiter, à raison de son insolubilité, dans l’eau dépouillée d’acide carbonique.
148. Matières solides dissoutes dans l’eau. — Un litre d’eau de rivière ou de source donne, quand on l’évapore à siccité, un résidu solide dont le poids varie de 0g,',10 k 0gr,50. Ce résidu est composé ordinairement de carbonates de chaux et de magnésie, de sulfates de chaux et de magnésie, de chlorures de potassium et de sodium, de silice. On y trouve aussi des traces d’azotates et des matières organiques.
On reconnaît la présence des plus importantes de ces matières aux caractères suivants :
L’eau qui contient du carbonate de chaux et de magnésie se trouble et laisse déposer ces matières sous forme de précipité blanc, quand on la porte à l’ébullition. L’azotate de baryte en dissolution, versé dans une eau qui contient des sulfates, donne un précipité de sulfate de baryte insoluble dans les liqueurs acides. L’azotate d’argent donne, avec les chlorures, un précipité blanc caillebotté, noircissant à la lumière et soluble dans l’ammoniaque. La chaux est précipitée à l’état d’oxalate de chaux quand on verse dans l’eau qui en contient une dissolution d’oxalate d’ammoniaque.
L’eau distillée ne doit donc se troubler par aucun de ces réactifs et’ ne laisser aucun résidu quand on l’évapore sur une lame de platine.
149. Eaux potables. — Les eaux qui ne contiennent pas un poids de matières solides supérieur à celui que nous venons d’indiquer peuvent servir comme boisson, quand elles ont été suffisamment aérées, et, dans tous les cas, pour les usages domestiques. Telle est l’eau du puits de Grenelle; son résidu solide ne dépasse pas 0giyl30 par litre; mais elle ne contient pas d’oxygène à sa sortie du puits; il faut, donc l’exposer à 1 air pour qu’elle puisse prendre en dissolution la proportion de gaz que l’on trouve dans les eaux courantes; car une eau peu aérée est d’un
CHIMIE INORGANIQUE
goût fade et d’une digestion difficile. Mais si la proportion de matières solides dépasse notablement 0gr,50 par litre, l’eau doit, en général, être rejetée comme boisson; elle est lourde, c’est-à-dire d’une digestion difficile. Quand on trouve dans ces eaux une notable proportion de sulfate de chaux et de carbonate de chaux, il devient même impossible de les employer au savonnage et la cuisson des légumes.
Les eaux qui contiennent du sulfate de chaux (eaux des puits de Paris), sont dites séléniteuses. En présence de l’eau de savon, leur chaux se combine aux acides gras du savon et forme des grumeaux qui s’attachent au linge, après avoir entraîné toutes les impuretés tenues en suspension dans l’eau. Quand on veut y faire cuire des légumes, le principe azoté de ces substances se combine au sulfate de chaux et produit une matière dure, insoluble, qui rend ces aliments coriaces et peu digestibles. On peut cependant corriger ces défauts en ajoutant à une eau séléniteuse un peu de carbonate de soude pour en précipiter la chaux à l’état de carbonate de chaux. Cette matière déposée, on peut employer l’eau au savonnage, à la cuisson des aliments, mais il est nécessaire de rechercher une autre eau pour boisson habituelle.
Les eaux trop chargées de carbonate de chaux sont également impropres au savonnage ; toutefois, il est facile de les dépouiller de cette substance en les faisant bouillir, ou en y ajoutant un peu d’eau de chaux, de manière à neutraliser l’excès d’acide carbonique.
Mais on devra rejeter toutes les eaux contenant des matières organiques en quantité un peu notable, quelle que soit d’ailleurs la proportion de matières solides y existant, parce que ces eaux se corrompent facilement, prennent une odeur désagréable et peuvent provoquer des maladies très graves. On constate facilement la présence des matières organiques dans les eaux qui en contiennent en les faisant bouillir avec quelques gouttes de chlorure d’or. Les matières organiques, en réduisant l’or, communiquent à l’eau une teinte brune particulière.
En résumé, il faut rechercher comme boisson une eau bien aérée, contenant assez d’acide carbonique (10 à 15 centimètres cubes par litre au moins) pour tenir en dissolution une petite quantité de carbonate de chaux, et, en outre, la plus petite quantité de matières solides possible, et surtout de sulfate de chaux. Il est important de la maintenir fraîche pendant l’été, afin d’éviter qu’elle ne se corrompe, si elle contient quelques matières organiques, comme cela arrive nécessairement pour toutes les eaux des villes, qui sont rassemblées dans de vastes réservoirs, d’où elles se distribuent dans les habitations.
LLY. I, CIIAP. III, EAU OXYGÉNÉE.
150. Essai pratique «les eaux potables. — Les deux réactifs suivants permettront d’ailleurs déjuger d’une manière approximative de la potabilité d’une eau.
Quand on verse dans une eau potable quelques gouttes de teinture alcoolique de bois de Campêehe, elle se colore légèrement en bleu améthyste; mais si. la proportion de carbonate de chaux est considérable, l’eau prend une couleur violette intense.
Quelques gouttes d’une teinture alcoolique de savon1 déterminent dans une eau potable un léger trouble, sans production de grumeaux; ceux-ci, au contraire, se produisent dès que la chaux est en quantité un peu plus considérable qu’il ne convient.
151. Analyse «l'une eau potable. — Afin de donner une idée exacte de la composition complète d’une eau ordinaire, nous transcrivons cidessous le résultat d’une analyse de MM. Boutron et Henry faite sur l’eau de Seine prise au pont d’Ivry.