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LIV, III, CH AK VIII, ALUMINE

potasse. L’alumine ainsi préparée retient toujours une certaine quantité de carbonate et de sulfate de potasse ; pour l’obtenir dans un plus grand état de pureté, on redissout le précipité dans l’acide chlorhydrique et l’on précipite de nouveau par l’ammoniaque ; on obtient ainsi une masse volumineuse et gélatineuse, qui est de l’alumine hydratée (AP03,5H0). Pour obtenir l’alumine anhydre, on peut calciner son hydrate, mais il est plus simple de décomposer par la chaleur l’alun ammoniacal (AzIP,H0,S03H- Al205,oS03-i- 24HO), qui donne de l’alumine pure du premier coup. Ajoutons que l’aluminate de soude qui provient de la bauxite, traité par un acide, l’acide carbonique par exemple, peut donner de l’alumine parfaitement exempte de fer.

1026. Propriétés. — L’alumine pure est blanche; elle constitue une poudre légère, sans odeur ni saveur, qui happe à la langue; elle n’est fusible qu’au chalumeau à hydrogène et oxygène, mais on ne peut l’étirer en fds, comme la silice, quand elle est fondue. Piefroidie, elle constitue une masse cristalline tellement dure, qu’elle peut facilement rayer et couper le verre.

L’alumine calcinée est absolument insoluble dans l’eau et sans affinité pour elle; mais elle condense l’humidité à un degré bien plus élevé que les autres terres, et il faut la chauffer au rouge pour l’en débarrasser. En la laissant ensuite refroidir dans un air très-humide, son poids peut augmenter de 15 pour 100. Cette propriété de retenir aussi énergiquement l’eau dans ses pores est la cause de l’influence salutaire que l’argile exerce sur les terres cultivées; elle leur permet de mieux résister à la sécheresse de Pair et de conserver l’eau nécessaire a l’entretien de la végétation.

L’alumine hydratée obtenue en précipitant le chlorure d’alumine par l’ammoniaque est blanche à l’état humide ; elle devient translucide en se desséchant et quelquefois jaunâtre, si elle a été précipitée en présence de matières organiques; dans ce cas, elle noircit dès qu’on la calcine, par suite de la décomposition de ces matières. Cette affinité de l’alumine pour les matières organiques est si considérable, qu’il suffit de la mettre au contact de matières colorantes pour qu’elle en absorbe peu à peu la couleur. On le démontre en chauffant une décoction de cochenille avec de l’alumine en gelée. L’alumine prend alors la couleur rouge de la cochenille.

Ces composés insolubles d’alumine et de matière colorante constituent les matières connues sous le nom de laques , utilisées dans la peinture et l’impression des papiers de tenture. C’est cette propriété qui fait em-

ployer, comme nous le verrons plus tard, les divers composés de l’alumine dans la teinture.

L’alumine calcinée est difficilement soluble dans les acides; son meilleur dissolvant est alors l’acide sulfurique étendu de son poids d’eau ; elle se dissout, au contraire, facilement dans les acides très-étendus, quand elle est hydratée l’alumine des aluminates et celle qui a été maintenue longtemps en ébullition avec l’eau ne sont pas solubles dans l’acide acétique. Péan de Saint-Gilles, a fait voir qu’après vingt-quatre heures d’ébullition l’alumine (APO1 * * * 5, 3110) est transformée en un hydrate AP05.2H0, insoluble comme l’alumine calcinée dans les acides et les alcalis hydratés. L’acide carbonique ne se combine pas avec l’alumine, c’est un caractère commun aux sesquioxydes de fer, de chrome, qui explique pourquoi on peut précipiter ces oxydes de leurs dissolutions par les carbonates alcalins. L’acide sulfhydrique ne forme pas non plus de sulfure avec l’alumine. Les alcalis dissolvent facilement l’alu-, mine hydratée; il en est de même de la baryte et delà strontiane. L’alumine est donc le type de l’oxyde indifférent.

L’ammoniaque dissout une très-petite quantité d’alumine; il est préférable d’employer le carbonate ou lesulfhydrate d’ammoniaque pour précipiter cette base de ses sels.

1027. Alumine soluble. — On obtient, l’alumine ^soluble par la dialyse du chlorure d’aluminium, tenant en dissolution un excès d’alumine (Graham), ou bien en chauffant dans l’eau bouillante (pendant 10 jours et 10 nuits) une solution étendue de biacétate d’alumine (1 d’alumine pour 200 d’eau) contenue dans un vase bouché. La solution a perdu la saveur astringente des sels d’alumine et pris celle de l’acide acétique,

1 Supposons que l’on mette un mélange de chlorure de sodium et de caramel en dissolution dans un vase cylindrique dont le fond soit fermé par du papier parchemin,

et que l’on fasse plonger le fond du vase dans un cristallisoir rempli d’eau pure,

le sel marin traversera facilement la membrane, pour aller dans l’eau pure, tandis que le caramel restera presque en entier dans le vase cylindrique. On pourra donc effectuer ainsi d’une manière presque complète la séparation de ces deux corps. Tous les corps cristallisables (cristalloïdes) se comportent comme le sel marin, les corps incristallisables (colloïdes), comme le caramel. Leur séparation par l’intermédiaire d’une membrane est le phénomène que Graham a désigné sous le nom de Dialyse.

Les oxydes métalliques solubles appartiennent à la classe des colloïdes, les sels ordinaires à la classe des cristalloïdes.

La dialyse a reçu d’autres applications importantes que la préparation des oxydes ou des acides métalliques, nous en citerons ici, une relative à la recherche des poisons cristallins. Lorsqu’on met dans le dialvseur un liquide. organique contenant de l’acide arsénieux, de l’émétique, de la strychnine, de la digitaline, on retrouve la plus grande partie de ces corps dans l’eau pure, séparée de la majeure partie des matières organiques qui masquent leurs réactions-.

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Si l’on fait bouillir cette dissolution, étendue de son volume d’eau, pendant une heure et demie, en remplaçant l’eau qui s’évapore, tout l’acide acétique est chassé et l’on obtient une liqueur à peu près transparente, sans saveur, et qui prend une consistance gommeuse lorsqu’on la concentre (Walter Crum).

L’alumine obtenue par la dialyse a une réaction légèrement alcaline, elle constitue un mordant ; l’alumine de l’acétate ne possède pas ces caractères, aussi Graliam, appelle-t-il la première alumine soluble et la seconde métalumine. Sous ces deux modifications, l’alumine soluble est coagulée par une petite quantité d’alcali ou d’acide; elle se redissoul dans un excès de ces corps. Dè très-petites quantités d’une matière saline suffisent pour déterminer la coagulation de l’alumine soluble. « Ainsi une dissolution contenant 2 à 5 p. 100 d’alumine est coagulée par quelques gouttes d’eau de puits, et ne peut être transvasée d’un verre dans un autre sans se prendre en gelée, à moins que les verres ne soient lavés à plusieurs reprises avec de l’eau distillée (Graliam). »

On comprend alors pourquoi l’alumine soluble ne se forme pas quand on précipite par une base une solution d’un sel d’alumine.

L’alumine n’est point le seul oxyde que l’on puisse obtenir sous la forme soluble, nous retrouverons cette propriété pour le sesquioxyde de fer, l’oxyde d’étain, les acides tungstique et molybdique, etc.

1028. État naturel. > — L’alumine à l'état de pureté est assez rare dans la nature. Quand elle est cristallisée et incolore, elle constitue la pierre précieuse connue sous le nom de corindon; mais le plus souvent elle est colorée par quelques oxydes étrangers et porte le nom de rubis, quand elle est rouge de feu; de topaze orientale , quand elle est jaune; le saphir oriental est bleu, Y améthyste orientale a une teinte pourpre.

Dans tous les cas, elle cristallise dans le système rhomboédrique ; sa densité est de 4 environ, et c’est, après le bore et le diamant, la substance la plus dure que nous connaissions.

V émeri est de l’alumine cristallisée mélangée à de l’oxyde de fer; cette substance sert, à cause de sa dureté, à user et polir, le fer, les cristaux naturels, le verre, les glaces, l’acier, etc. ; le papier de verre est du papier imprégné de colle forte et saupoudré d’émeri.

L’alumine hydratée existe dans la nature à l’état d’hydrates (la yibsite A1"203,5II0 et le diaspore Al205110), qui possèdent la propriété d’éclater en une multitude de parcelles quand on les fait chauffer. Le diaspore se réduit même en poussière dans ces circonstances. C’est de là que lui est venu le nom qu’il porle.

Nous avons indiqué, à propos des oxydes, diverses méthodes qui ont permis de reproduire l’alumine et les aluminates naturels; nous ajouterons que de Sénarmont, en chauffant en vase clos une dissolution d’azotate d’alumine, a obtenu l’alumine anhydre cristallisée.

Aluminates.

1029. L’alumine forme des combinaisons naturelles avec les oxydes de magnésium, de zinc et de fer ou de manganèse. Toutes sont cristallisées en octaèdres réguliers. La plus importante est le rubis spinelle , Mg0,AL205, pierre précieuse fort estimée.

Les principales combinaisons qu’elle forme avec les alcalis sont Valuminate de potasse KO, APCE, 5110, que M. Fremy a obtenu en* cristaux durs et brillants en évaporant sous le récipient de la machine pneumatique une dissolution d’alumine dans la potasse, Yaluminatede soude 3Na0.AP03 (1022) qui est très-soluble dans l’eau mais incristallisable ; Yaluminate de baryte (Ba0,AP05-t- 4110) obtenu en chauffant l’alumine avec la baryte, reprenant par l’eau, et ajoutant de l’alcool pour précipiter l’aluminate qui se dépose en cristaux hydratés très-altérables à l’air (H. Deville). Ebelmen avait obtenu l’aluminate de baryte anhydre par la méthode qui lui a permis de reproduire les aluminates naturels, et ceux de chaux, de cobalt et de cérium.

Chlorure d’aluminium, APCE.

1050. Préparation. — On mélange intimement 100 parties d’alumine obtenue en calcinant l’alun ammoniacal et 40 parties de charbon, et l’on y ajoute assez d’huile pour en faire une pâte consistante. Celte pâte, calcinée au rouge vif dans un creuset fermé, pour décomposer l’huile, donne une masse cohérente que l’on brise en petits fragments. On les introduit par le col dans une cornue tabulée, munie d’un tube deporce laine qui descend jusqu’au fond de la panse de la cornue. C’est par ce tube que l’on fait arriver dans la cornue portée au rouge un courant de chlore desséché; pour recueillir le chlorure d’aluminium, on adapte au col de la cornue un entonnoir en porcelaine à l’ouverture duquel est li itée une cloche à douille. C’est dans cet entonnoir et dans la cloche que se dépose le chlorure sous forme de croûtes cristallines, qu’on brise avec facilité quand U opération est*terminée.

1031. Propriétés. — On obtient ainsi une masse cristalline incolore et transparente, formée de prismes hexagonaux qui paraissent réguliers; ce corps est très-fusible et très-volatil, déliquescent; il dégage beaucoup

LIV. III, CHAIL VIII, FLUORURES D’ALUMINIUM. 271 de chaleur en se dissolvant dans l’eau. On 11e peut évaporer à siccité sa dissolution, il se décompose alors en acide chlorhydrique et alumine; mais si l’on refroidit sa dissolution concentrée on obtient des prismes hexagonaux réguliers de chlorure hydraté (APC13 12HO). La densité de vapeur est 9,55. Il a perdu presque toute son importance depuis qu’on prépare F aluminium au moyen du chlorure double d’aluminium et de sodium.

1052. chlorure» double» d'aluminium. — Le chlorure double d’ aluminium se combine aux chlorures alcalins et forme avec eux de véritables spinelles chlorés,

MCI + A12C15.

Ces corps sont fusibles vers 200°, ils se volatilisent au rouge. Ils sont bien moins altérables que le chlorure simple; c’est pour cela qu’ils servent dans la préparation de l’aluminium.

Lorsqu’on dissout ces sels dans l’eau, ils se dédoublent en chlorure alcalin et en chlorure d’aluminium.

Bromure et iodure d’aluminium .

1055. O11 les prépare en faisant passer du brome ou de l’iode en vapeur sur de l’aluminium chauffé dans un tube de verre au rouge naissant. O11 purifie le produit en faisant passer sa vapeur sur de l’aluminium.

Le bromure est incolore et cristallisé. Il fond à 95°, éprouve très-nettement le phénomène de la surfusion et se volatilise à 260°. Sa densité à l’état solide est de 2,54; à l’état de vapeurs, 18,62.

L’iodure ressemble beaucoup au précédent, il fond à 150°, bout à 550°; au-dessus de cette température, sa vapeur mélangée à l’air, détone en produisant de l’aluminium et de l’iode. O11 doit donc le distiller dans un gaz inerte. Sa densité à l’état solide est 2*65; à l’état de vapeurs* 27.

fluorures d’aluminium.

1054. Fluorure d’aluminium, A12F1J. — On prépare ce corps eil traitant l’alumine calcinée par un excès d’acide fluorbydrique ; on dessèche le produit et on le distille dans un tube en charbon de cornue, dans un courant d’hydrogène. O11 obtient ainsi une substance cristallisée en cubes et en trémies volumineuses, insolubles dans l’eau et inattaquable même par l’acide sulfurique concentré et bouillant. On ne peut Latia-

quer que par le carbonate de soude fondu. Nous avons dit comment cette substance et d’autres fluorures (597) avaient été utilisés pour la préparation des oxydes naturels et de quelques silicates.

1035. Combinaisons du fluorure d’aluminium. — L’alumilie, traitée par un excès d’acide fluorliydrique, donne un liquide acide qui, traité par l’alcool concentré, donne un liquide huileux qui se concrète en cristallisant. Ces cristaux sont formés par un acide hydrofluoalumique,

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