UV. III, CH AP. IX, MÉTAUX DE LA CÉRITE
qu'en 1859, où Mosander montra qu’elle contenait trois métaux, le cérium, le lanthane et le didyme1. Ces deux métaux accompagnent également le cérium dans beaucoup d’autres minéraux, mais avec des proportions variables ; les gadolinites renferment plus de lanthane , les orthites des environs de Stockholm contiennent plus de didyme.
1079. Extraction de l’oxyde de cérium impur. — Les sulfates de Ces terres sont beaucoup moins solubles à chaud qu’à froid ; ils sont totalement insolubles dans une dissolution saturée de sulfate de potasse. M. Marignac, en s’appuyant sur ces deux propriétés, extrait cet oxyde, la cérite, de la manière suivante. Le minerai bien pulvérisé est mélangé dans une capsule de porcelaine avec de l’acide sulfurique, de manière à en faire une pâte épaisse. Une vive réaction se produit quand on chauffe ce mélange; la masse s’échauffe beaucoup et blanchit, une partie de l’acide sulfurique se réduit en vapeurs et au bout de quelques minutes il ne reste plus qu’une poudre blanche et sèche. On l’introduit dans un creuset de terre que l’on chauffe longtemps au-dessous du rouge pour chasser la majeure partie de l’acide sulfurique en excès, et après refroidissement on délaye cette poudre dans l’eau froide, en ayant soin de ne l’y ajouter que par petites portions à la fois et en agitant l’eau continuellement pour éviter qu’elle ne s’échauffe et que la poudre ne s’agglomère point. Les sulfates se dissolvent, et il reste un résidu de silice coloré en rouge par du sesquioxyde de fer.
11 suffit de faire bouillir la dissolution filtrée pour en précipiter la majeure partie des sulfates de cérium, de lanthane et de didyme qui sont très-peu solubles à chaud. On les purifie en les dissolvant de nouveau à froid et faisant bouillir la liqueur. En ajoutant du sulfate de potasse à l’eau mère, on en précipite à l’état de sels doubles le peu de terres qui y restait en dissolution.
Pour retirer les terres des sulfates, on les dissout dans l’eau froide et on les précipite par l’oxalate d’ammoniaque. On calcine fortement cet oxalate.
1080. Séparation des oxydes de la cérite. — Oll ll’a aucun moyen de séparation absolue pour ces trois corps. Pour obtenir l’oxyde de cérium pur on dissout les trois oxydes dans l’acide azotique, on évapore à siccité et on calcine le mélange des azotates. On reprend alors par de l’acide azotique étendu de 100 fois son poids d’eau qui dissout les oxydes de lanthane et de didyme. On fait ensuite digérer le* résidu avec de
1 I anthane de vôàvstv (être caché) et Didyme de SiSvy.oi, jumeaux.
l’acide concentré qui enlève les dernières traces de lanthane et de didyme avec un peu de cérium. Il reste de l’oxyde de cérium assez pur que l’on purifie en redissolvant dans l’acide sulfurique, précipitant par l’oxalate d’ammoniaque, calcinant et soumettant l’oxyde à de nouveaux traitements à l’acide azotique.
On obtient finalement un oxyde d’un jaune pâle et qui est brun rougeâtre tant qu’il contient des autres terres.
1081. Séparation des oxydes de didyme et de lanthane. — La Solution des azotates est amenée à sec et calcinée, on la reprend par de l’acide azotique étendu de 200 fois son volume d’eau afin d’éliminer la petite quantité d’oxyde de cérium qui a pu se dissoudre dans les premières opérations et qui reste insoluble dans cet acide très-dilué. Pour séparer le lanthane du didyme, Mosander utilisait la différence de solubilité des sulfates à diverses températures. Il transformait les nitrates en sulfates, très-solubles à 5 ou 6°, et chauffait leur dissolution concentrée vers 50°. Le sulfate de lanthane se précipite déjà au-dessous de cette température en petits cristaux incolores au milieu d’une dissolution rose de sulfate de didyme.
1082. Purification de l’oxyde de lanthane. — Les Cristaux de sulfate de lanthane qui se déposent dans l’opération précédente contiennent encore un peu de didyme; pour les purifier, on les lave avec un peu d’eau, on les calcine de nouveau et on les redissout dans l’eau bien froide; la dissolution chauffée vers 40° laisse déposer du sulfate de lanthane plus pur que le précédent. On continue ainsi jusqu’à ce que l’eau mère resle incolore. Il est d’ailleurs très-facile aujourd’hui de s’assurer que le lanthane est bien exempt de didyme, car les dissolutions de ce dernier métal donnent un spectre d’absorption caractéristique dont il sera parlé au chapitre de l’analyse spectrale à la fin de l’histoire des métaux1.
1085. Purification de l’oxyde de didyme. — Il est moins facile de s’assurer si le didyme retient encore du lanthane. On le retire de l’eaumère où a cristallisé le sulfate de lanthane (de 50 à 40°). On l’évapore lentement à une température de 50° environ. Il se produit des cristaux assez gros, d’un rose vif, mélangés d’une grande quantité de petits cris-
1 Une dissolution étendue d’acétate de lanthane précipitée par l’ammoniaque donne urî précipité mucilagincux, qui lavé plusieurs fois à l’eau Iroide sur un filtre, prend par l’iode, la coloration de l’empois d’amidon (M. Damour). Les autres oxydes de la cérite, ceux de l’yttria, ne présentent pas ce singulier caractère qui ne se manifeste d’ailleurs que pour l’oxyde de lanthane précipité de l’acétate.