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MV. III, CHAP. XVI, ÉTAIN

sans qu’il soit nécessaire de le recuire; le plomb est, avec l’étain, le seul métal possédant cette propriété ; tous les autres s’écrouissent par le travail, c’est-à-dire deviennent durs et cassants, et il faut les recuire de lemps en temps pour pouvoir continuer le martelage ou le laminage. L’étain est un peu plus tenace que le plomb (545).

L’étain fond à 228°. C’est donc le plus fusible des métaux communs; aussi peut-on le fondre sur une feuille de papier qu’on place sur une plaque de tôle chauffée doucement avec une lampe à alcool. Il n’est pas volatil. L’étain peut cristalliser par un refroidissement lent; mais on obtient plus facilement des cristaux de ce métal en versant avec précaution une couche d’eau sur une dissolution concentrée de protochlorure d’étain, et en mettant une lame d’étain dans le liquide ; de grands prismes brillants se déposent sur la lame au point de contact des surfaces des deux liquides. Une portion de l’étain de la lame se dissout à la place des cristaux.

1277. Propriétés chimiques. — L'étain s’altère peu à l’air à la température ordinaire, mais quand on le chauffe, il s’oxyde avec facilité. Aussi, toutes les fois qu’on fond de l’étain, on voit sa surface se recouvrir d’une matière grisâtre , qui est un mélange de protoxyde et de bioxyde susceptible de se transformer en bioxyde par l’action prolongée de l’air. A une haute température, il peut m^me s’enflammer, il brûle alors comme l’antimoine, en donnant de l’acide stannique blanc qui se sublime.

L étain se combine directement avec la plupart des métalloïdes. Il décompose l’eau au rouge et se transforme en bioxyde d’étain. Il se dissout dans les acides sul'iirique et chlorhydrique avec dégagement de gaz hydrogène, mais la dissolution s’opère avec lenteur, et seulement quand les acides ont un certain degré de concentration. L’acide chlorhydrique concentré et chaud le dissout assez rapidement, en donnant du protochlorure d’étain. L’acide azotique attaque toujours l’étain, mais les produits de la réaction varient avec l’état de concentration de l’acide. Si l’acide marque 12 à 15° à l aréomètre de Baumé, l’étain se dissout sans dégagement de gaz, en s’oxydant aux dépens de l’eau et de l’acide; il se forme alors de l’azotate de protoxyde d’étain et d’ammoniaque. Si, au contraire, l’acide est concentré et si l’on opère à la température d’ébullition, il se dégage du bioxyde d’azote, et l’étain passe â l’état de bioxyde, SnO2 ; toutefois, il se forme encore un peu d’azotate d’ammoniaque. L’acide monohvdraté pur n’exerce aucune action sur l’étain.

L'étain se dissout dans les dissolutions concentrées de potasse ou de soude, à cause de l’affinité de ses oxydes pour les alcalis; il peut même, grâce à cette propriété, se dissoudre dans les dissolutions concentrées de certains sels, tels que le sulfate de potasse, l’alun et le chlorhydrate d’ammoniaque.

1278. Usages. — L’étain, s’altérant peu au contact de l’air et des acides et ne donnant en outre que des sels non vénéneux à petite dose, est naturellement employé à la confection d’ustensiles destinés à contenir les matières alimentaires; on en fait des couverts, des plats, des mesures de capacité pour les boissons, etc. L’étain en feuilles minces sert à envelopper le chocolat, le thé; mais sa fusibilité ne permet point d’en fabriquer les casseroles ou autres vases destinés à la cuisson des aliments; on tourne heureusement cette difficulté par l’étamage, qui consiste à recouvrir d’une mince couche d’étain l’intérieur des casseroles de fer ou de cuivre. De cette manière, le vase, tout en possédant les propriétés de l’étain à l’intérieur, conserve l’infusibilité de la matière étamée. Voici comment on effectue L’étamage du cuivre. On saupoudre la pièce à étamer de sel ammoniacal, on la chauffe et on la frotte vivement avec un tampon d étoupe, pour étendre le sel sur toute sa surface et la décaper ; lorsqu’elle est devenue très-brillante, on met une quantité d’étain convenable sur cette pièce, que l’on maintient sur le feu; lorsque l’étain est fondu, on l’étend sur la surface de cuivre avec un morceau d’étoupe. Pour obtenir une couche plus épaisse on allie souvent l’étain à 1/10 de plomb et quelquefois à une plus forte proportion de ce métal. L’emploi de ces alliages n’est pas sans danger à cause des propriétés toxiques du plomb. On reconnaît facilement la présence de ce métal dans un étamage, en touchant la surface étamée avec une baguette trempée dans de l’acide nitrique pur. 11 se produit à froid une oxydation de l’alliage avec formation de bioxyde d’étain et d’azotate de plomb. On chauffe légèrement au bout de quelques minutes pour faire disparaître toute trace d’acide et l’on touche la tache pulvérulente avec un tube trempé dans une solution à 5 p. 0/0 d’iodure de potassium, qui donne de l’iodure de plomb jaune. On constate ainsi par le changement de teinte de la tache l’existence dans l’éta mage de quantités de plomb qui ne dépassent même pas un centième.

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