CHAPITRE XIX
NIOBIUM ET TANTALE
1509. Historique. — Le niobium et le tantale se rencontrent presque toujours associés dans les minéraux complexes qui les contiennent, et ils se ressemblent tellement qu’on les a souvent confondus et qu’il n’existe encore aujourd’hui aucune méthode rigoureuse de séparation de ces, deux matières.
En 1801 , Hatchett découvrit dans un minéral de Colombie (colombite), qui a la forme .cristalline du Wolfram (tungstate de fer et de manganèse) un acide particulier d’un métal auquel il donna le nom de colombium. L’année suivante, Ekeberg retira de deux minéraux inconnus jusqu’alors, l’un de Finlande, qu’il appela tantalite, l’autre d’Ytterby en Suède, auquel il donna le nom d’yttrotantalite, un acide qui lui paru! nouveau, l’acide tantalique. Le métal de cet acide reçut le nom de tantale, à cause de la propriété que possède son oxyde de ne pouvoir se dissoudre dans les acides, « par allusion à la fable de Tantale qui, plongé dans l’eau jusqu’au menton, ne pouvait se désaltérer L »
En 1809, Wollaston reprit l’étude de la colombite et démontra que les acides tantalique et colombique n’étaient pas distincts. Le nom de colombium disparut ensuite après les études de Berzélius sur les tantalites de Suède et l’acide qu’on en extrait, et le nom de Tantale resta seul dans la science pour désigner le métal de cet acide.
Les tantalites des différentes localités présentent des différences considérables de densité, et il en est de même des acides tantaliques que l’on en extrait. Ainsi la colombite (tantalite) du Groenland a pour densité 5,37, la tantalite de Kimito pèse 7,35. Ce fait observé déjà par Wollaston , et l’isomorphisme des tantalites cristallisées de 1 Amérique du Nord et de Bodenmais (Bavière) avec les tungstates de fer et de
1 Berzélius, Traité cle Chimie, 184G, t. Il, p. 548.
manganèse, signalés par G. Rose, engagèrent H. Rose à reprendre l’étude de ces minerais ; les résultats de ses recherches ont été publiés dans une longue suite de mémoires publiés de 1842 à 1862; il admit d’abord l’existence de trois acides distincts : l’acide tantalique, des tantalites de Suède et de Finlande, et les acides niobique et pélopique mélangés en diverses proportions dans la colombite de Bodenmais correspondant, l’acide niobique, à un chlorure blanc, l’acide pélopique, à un chlorure jaune.
Plus tard, Rose remarqua que les acides provenant de la décomposition des chlorures blanc et jaune par l’eau, transformés de nouveau en chlorures par l’action simultanée du chlore et du charbon, donnent le plus souvent un mélange des deux chlorures blanc et jaune, et fut conduit à admettre dans les deux acides l’existence d’un même métal «auquel il conserva le nom de niobium, capable de fournir deux acides distincts, l’acide niobique NbO2 et l’acide hyponiobique Nb205, de propriétés très-voisines. Toutefois, il était impossible de passer par oxydation ou par chloruration de l’acide Nb205 et du chlorure jaune Nb2Cl5, à l’acide et au chlorure niobiques. Quant à la formule de l’acide niobique NbO2, elle semble avoir été indiquée à H. Rose par l’association constante de l’acide stannique et de l’acide titanique aux minerais niobifères.
L’étude des fluorures doubles de tantale faite en 1864 par M. Marignac, a jeté un grand jour sur ce sujet difficile et jusqu’alors obscur. Cet habile chimiste en traitant par l’acide fluorhydrique les acides métalliques des tantalites, et additionnant la liqueur de fluorhydrate de fluorure de potassium, put séparer par des cristallisations successives un fluotanlajate de potasse pur, peu soluble dans l’eau froide du fluoxyniobate beaucoup plus soluble (1576). C’est encore aujourd’hui le procédé le plus exact de séparation des deux métaux.
Les acides tantalique et niobique sont donc bien distincts et M. M«arignac leur attribue la formule MO5, généralement admise aujourd’hui. Il existe en effet des fluoxyniobates, qui sont isomorphes des fluostannates correspondants 4, et des fluoniobates que l’on obtient en traitant les composés précédents par un excès d’acide fluorhydrique. Le.rapport des quantités de fluor existant dans ces deux espèces de composés, pour une même quantité de niobium et d’un même métal est celui de 5 à 7, ce qui s’explique naturellement quand on leur attribue les formules 2BFI ,Nb02Fl5et 2RFl,NbFI5. Les fluotantalates isomorphes des fluoniobates
1 Voir la note du paragraphe 1398.