MERCURE
MERCURE, Hg=100.
1532. Propriétés. — C’est le seul métal liquide à la température ordinaire. Il se congèle à — 40° et cristallise en octaèdres ; on l’obtient instantanément sous cette forme en le refroidissant au moyen d’un mélange d’acide carbonique solide et d’éther : il constitue alors un métal facile à couper et aussi malléable que le plomb. Il bout à 350° du thermomètre à air, mais sa tension de vapeur décroît rapidement avec la température; à 100°, elle est de 0mm,745 et à 0° de 0min,02. On le distille néanmoins avec facilité bien au-dessous de sa température ordinaire d’ébullition dans un courant de vapeur d’eau. Sa densité est 15,596 à 0° (Régnault). Celle de sa vapeur 6,976 (Dumas).
1535. Diffusion de la vapeur de mercure. — Oll Croyait, jusque dans ces dernières années, que la vapeur émise par le mercure, aux températures ordinaires, formait une couche limitée à une épaisseur de quelques centimètres au-dessus de la surface de ce liquide. Cette opinion résultait d’une expérience, bien connue de Faraday, qui avait suspendu une feuille d’or dans un flacon contenant un peu de mercure ; au bout de quelques jours la lame d’or avait blanchi dans le voisinage du mercure et à quelques centimètres seulement de sa surface.
Des expériences récentes de M. Merget montrent que la vapeur de mercure ne fait pas exception aux lois ordinaires de la diffusion; elle se répand peu à peu dans tout l’espace qui lui est offert. On le constate en se servant d’un papier imprégné de dissolutions de chlorure de platine ou de ses congénères, ou bien encore d’azotate d’argent ammoniacal, que la vapeur de mercure colore en noir, en réduisant le métal. ■Cette réaction donne ainsi une teinture indélébile, car rien ne peut err-
lever le platine ou l’iridium réduit sans détruire en même temps la matière organique du papier. La sensibilité de ce papier, lorsqu’il est légèrement humide, est extraordinaire ; non-seulement il noircit rapidement quand on le plonge dans un vase contenant du mercure, mais même quand on le place au-dessus d’une plaque de cuivre ou d’argent amalgamé. M. Merget a utilisé cette propriété pour obtenir des épreuves photographiques indélébiles.
Il place un positif sur verre au-dessus d’une plaque de cuivre amalgamée; la vapeur de mercure émise par celte plaque s’amalgame avec l’argent métallique de l’épreuve, qui devient capable à son tour d’agir sur un papier sensibilisé au platine, ou tout autre métal de cette famille, en reproduisant avec* une fidélité remarquable tous les détails de la photographie.
Une autre application tout aussi intéressante de cette diffusion est relative à des études de physiologie végétale. M. Merget place sur une plaque de cuivre amalgamée le limbe d’une feuille, et la recouvre d’un papier sensibilisé ; la vapeur mercurielle se diffuse à travers les stomates ouvérts au-dessus de la plaque, pénètre dans le parenchyme, dont elle sort par les stomates de la partie supérieure de la feuille. Les nervures qui ne possèdent pas de stomates se dessinent alors en clair sur le papier, et le parenchyme en noir, en reproduisant un dessin fidèle de la feuille employée. Nous n’avons pas à insister ici sur les conséquences physiologiques que l’on peut tirer de cette expérience que nous avons citée, surtout pour bien montrer la facilité avec laquelle se fait la diffusion du mercure dans les espaces vides qui lui sont offerts.
Les ouvriers employés à l’étamage des glaces sont donc soumis à l'action constante des vapeurs de mercure, et finissent par contracter, malgré toutes les précautions hygiéniques dont on les entoure, d’abord la salivation particulière à cette intoxication, puis le tremblement mercuriel. Ces accidents, que l’on combattrait avec succès, d’après M. Melsens, par l’emploi répété de faibles doses d'iodure de potassium, qui dissout peu à peu le mercure accumulé dans l’économie et l’entraîne hors de l’organisme, amènent souvent la mort des ouvriers après de longues et cruelles souffrances, aussi s’est-on préoccupé, dans ces derniers temps, de supprimer complètement le mercure dans l’étamage des glaces, et de le remplacer par l’argenture.
Le mercure exerce également une action délétère sur les plantes ; ainsi les feuilles des plantes confinées dans une atmosphère ou l’on a placé un vase ouvert contenant du mercure, se flétrissent, noircissent et toin-
LIY. III, CHAP. XXIV, PURIFICATION DU MERCURE, bent. M. Boussingault, qui avait fait cette observation antérieurement aux recherches de M. Merget, avait remarqué en outre que la présence simultanée du soufre empêcjie ces fâcheux effets du mercure dans l’atmosphère, probablement par suite de la production de sulfure de mercure, moins dangereux que le métal lui-même. Il se pourrait donc que le soufre pût être efficacement employé à l’assainissement des espaces confinés où l’on manie le mercure.
1534. Action des métalloïdes. — Le mercure s’altère peu à l’air à la température ordinaire ; cependant le mercure des cuves des laboratoires se recouvre à la longue d’une pellicule grisâtre d’oxyde, qui se dissout partiellement dans ce métal ; mais l'oxydation du mercure ne se produit nettement qu’à la température de l’ébullition.
Le chlore attaque le mercure même à froid ; le soufre se combine facilement avec ce métal à une température peu élevée ; l’azote, le phosphore, le silicium, le bore et le carbone ne se combinent pas directement avec lui.
1535. Action des acides. — Les acides étendus sont sans action sur le mercure ; l’acide chlorhydrique concentré ne l’attaque même pas à chaud, à moins que l’air n’intervienne, auquel cas il se produit de l’eau et du chlorure de mercure ; mais l’acide sulfurique concentré produit dans ces circonstances de l’acide sulfureux et du sulfate de mercure; l’acide azotique moyennement concentré donne du bioxyde d’azote pur et de l’azotate de mercure.
1536. Purification du mercure. — Le mercure du commerce peut contenir une petite quantité de métaux étrangers, dont on ne peut pas toujours le séparer par la distillation, parce que la vapeur de mercure les entraîne ; il vaut mieux traiter le mercure par l’acide azotique, en chauffant le mélange vers 50 ou 60 1 ; une portion du mercure se dissout ; mais comme les métaux ordinaires précipitent tous le mercure de ses dissolutions, aucun d’eux ne peut rester dans le mercure dès qu’il s’est produit une certaine quantité d’azotate de ce métal. On lave ensuite le mercure à l’eau distillée et on le sèche.
Si le mercure est simplement sali par de l’oxyde, on peut le purifier en le filtrant à travers un entonnoir très-effilé ; la pellicule d’oxyde reste attachée aux parois de l’entonnoir.
Le mercure souillé par des métaux étrangers ou par de l’oxyde perd la propriété de se rassembler en globules sphériques; quand on le projette sur une assiette, il donne des globules irréguliers, il mouille le verre et la porcelaine ; c’est ce que l’on entend quand on dit que le mern. 35
cure fait la queue. Il suffit d’amalgamer t/4000 de plomb à du mercure pour qu’il forme dans les tubes de verre une surface plane.
La distillation du mercure s’opère généralement dans les bouteilles en fer qui servent au transport de ce métal. On y adapte un canon de fusil recourbé dont l’extrémité libre, entourée d’un linge mouillé, touche la surface d’un bain d’eau où la vapeur se condense; on évite de plonger celte extrémité dans l’eau, afin d’éviter les absorptions, qui seraient très-dangereuses.
1537. Usages. — On s’en sert pour la construction des thermomètres et des baromètres, la préparation du cinabre et des chlorures de mercure , l’étamage des glaces, la dorure et principalement l’extraction de l’or et de l’argent. On l’emploie aussi en médecine, ordinairement trèsdivisé dans l’axonge (onguent mercuriel).
Oxydes de mercure.
1538. Le mercure possède deux oxydes salifiables, assez difficiles à classer ; on donne au premier la formule Hg20, au second la formule IlgO, en s’appuyant sur les considérations des chaleurs spécifiques (676) et sur l’insolubilité du sous-chlorure de mercure Hg2Cl, ce qui le rapproche du sous-chlorure de cuivre.
1539. Oxyduie de mercure IIg20. — On dissout le mercure dans l’açide azotique froid et étendu, afin qu’il ne se produise que de l’azotate de sous-oxyde de mercure ; on précipite ensuite ce sel par la potasse. On obtient une poudre noir-verdâtre très-instable, que la lumière solaire ou une température de 100° décompose en mercure métallique et protoxyde de mercure.
1540. Oxyde de mercure IlgO. — On préparait autrefois l’oxyde rouge de mercure en chauffant le métal à l’ébullition dans un grand matras contenant de l’air; une partie de la vapeur de mercure se condensait sur les parois supérieures du ballon, et retombait dans le liquide en ébullition ; mais une autre partie de la vapeur se transformait peu à peu en écailles cristallines et transparentes d’un beau rouge foncé, comme dans l’expérience de Lavoisier. Cette matière portait le nom de précipité per se. On prépare aujourd’hui l’oxyde de mercure en décomposant par la chaleur l’azotate de protoxyde de mercure dans un creuset de terre. Il faut chauffer modérément jusqu’au moment où il ne se dégage plus de vapeurs nitreuses, car l’oxyde de mercure se décompose rapidement au rouge. On l’obtient également en précipitant le sublimé