AMALGAMES
1586. Le mercure forme des amalgames avec la plupart des métaux, toutefois il est sans action directe sur les métaux réfractaires, fer, nickel, cobalt, platine et congénères, sur l’aluminium etle glucinium, mais il dissout facilement les autres métaux ; on peut néanmoins amalgamer le fe ret le platine en réduisant ces métaux par la pile, le mercure servant d électrode négative.
On obtient encore des amalgames par l’action d’un amalgame alcalin sur les solutions salines concentrées ou sur les métaux eux-mêmes. Ainsi, le fer, le platine, l’aluminium, s’amalgament superficiellement quand on les plonge dans l’amalgame d’ammonium ou de sodium, en présence de l’eau (Cailletet).
L’amalgamation des métaux produit tantôt de la chaleur ( potassium, sodium, cadmium), tantôt un abaissement de température (zinc, plomb, étain et fer, nickel et cobalt). Les amalgames formés avec dégagement de chaleur sont plus négatifs que les métaux seuls, les autres sont plus positifs. En d’autres termes, dans une pile qui serait formée de cadmium pur et de cadmium amalgamé, c’est le cadmium qui serait le pôle négatif de la pile ; dans l’élément zinc et zinc amalgamé, c’est le zinc pur qui serait le pôle positif (,L Regnauld).
Les amalgames les plus intéressants sont ceux d’étain, de bismuth, de cuivre et ceux des métaux précieux qui seront décrits plus loin.
1587. Amalgame d’étain. — Les amalgames d’étain sont brillants et inaltérables à l’air, ils ont servi pendant longtemps d’une façon exclusive à étamer les glaces.
Voici comment se fait cet étamage. On étend sur une table de fonte une feuille d’étain de la dimension de la glace, puis on imbibe cette feuille avec du mercure qu’on promène à sa surface ; on en verse ensuite de manière à former une couche de 5 à 6 millimètres d’épaisseur. On fait alors glisser la glace sur la feuille d’étain, de manière à pousser le mercure excédant, et quand les deux surfaces se recouvrent, sans interposition d’air, on charge la glace avec des poids et on les laisse ainsi au contact, sous pression pendant quelques jours ; au bout de ce
1 L’amalgamation de 101 7 grammes de mercure avec 207 grammes de plomb, 118 grammes d’étain et 284 grammes de bismuth, abaisse la température du mélange de -4-17° à —10°.
temps, la glace est placée verticalement pour laisser couler l’excès de mercure; elle est alors recouverte d’une pellicule très-adhérente contenant environ 4 parties d’étain pour 1 de mercure.
Aujourd’hui, pour la presque totalité des glaces, l’étamage est remplacé par l’argenture.
1588. Amalgame <ie hismutti. — L’amalgame formé de 1 partie de bismuth et de 4 parties de mercure a la propriété de mouiller et d’adhérer très-fortement au verre. C’est avec cet amalgame que l’on étame ordinairement les ballons ; on le verse dans un ballon bien sec et chaud et on le promène sur toute la surface du verre ; il se solidifie en refroidissant.
1589. Amalgame de cuivre. — Les amalgames formés de 30 à 45 parties de cuivre et de 70 à 55 de mercure possèdent la propriété, quand on les broie dans un mortier après les avoir chauffés jusqu’au moment où ils se recouvrent de gouttelettes de mercure, de se ramollir et de se pétrir comme de la cire à mouler. Ils prennent alors les empreintes avec une fidélité remarquable, et au bout d’un certain temps, de 1 2 à 24 heures, ils redeviennent très-durs, en prenant une texture cristalline à grain trèsfin. Cette propriété a fait employer l’amalgame à 50 p. 100 de cuivre, il y a vingt-cinq ou trente ans, par les dentistes pour le plombage des dents cariées. Son emploi n’était pas sans inconvénient; on l’a remplacé depuis dans cette application, par l’amalgame de palladium qui est beaucoup moins altérable.
L’amalgame de cuivre rendu plastique comme il a été dit, a souvent servi à obtenir au moyen d’une faible compression le moule d’objets délicats, que l’on pouvait après durcissement de l’amalgame reproduire, oi t en cire *, soit même galvaniquement. Lorsqu’on chauffe progressivement jusqu’au rouge dans une atmosphère d’hydrogène, une médaille obtenue avec un amalgame à 45 p. 100 de cuivre, en le comprimant lorsqu’il est mou, dans des moules en gutta-percha, le mercure se volatilise peu à peu, et les molécules de cuivre se rapprochent sans qu’il y ait fusion, de manière à donner une réduction fidèle exclusivement formée de cuivre métallique de la médaille primitive (II. Debray).
On prépare l’amalgame de cuivre, en broyant du cuivre précipité par le fer, avec une solution de nitrate mercureux ; on lave ensuite à l’eau
* Chaudct, dans son Art de l'Essayeur, désigne cet amalgame sous le nom d 'amalgame des Postes, sans donner l’origine de ce nom, dû sans doute à l’usage que l’on en faisait anciennement pour prendre l’empreinte fidèle des cachets des dépêches, que l’on voulait ouvrir sans éveiller l’attention des intéressés.